L’université qui fait pousser des entreprises
Photo : Michel Caron - UdeS
Comment l’incubation artisanale d’une bactérie dans un pot de sauce tomate a pu devenir une entreprise financée à hauteur de 1,4 million de dollars? Simple : à l’Université de Sherbrooke (UdeS), on n’ignore pas une idée étudiante qui a le potentiel de devenir une jeune pousse florissante.
Dès les premiers échanges, on sent le lien spécial qui unit le professeur Patrick Vermette et ses deux anciens étudiants : « Jay et Vince sont deux personnes de grande qualité. On a travaillé longtemps ensemble. Je suis fier de voir où ils sont aujourd’hui. »
Ceux dont il parle, ce sont Jérémie Chaussé et Vincent-Daniel Girard, les jeunes cofondateurs d’AxCell Labs, une entreprise biomédicale qui a le vent dans les voiles. Installée sur la rue King à Sherbrooke, elle se spécialise dans les implants régénératifs et les membranes chirurgicales à base de cellulose bactérienne.
L’Université de Sherbrooke, c’est un beau milieu pour les start-ups. Son écosystème est extraordinaire pour ça.
Professeur Patrick Vermette, Département de génie chimique et de génie biotechnologique, Faculté de génie, UdeS
Repérer le talent dès le baccalauréat
Le trio fait connaissance en 2019. Jérémie et Vincent étudient alors au premier cycle en génie biotechnologique. C’est dans le cours Systèmes réactionnels et bioréacteurs que le duo fait une découverte fortuite qui change le cours de leurs études universitaires.
Photo : Michel Caron - UdeS
« Nous devions faire un travail de session sur la synthèse d’une bactérie, se remémore Jérémie. Vincent et moi avions tardé à nous procurer une souche bactérienne pour le travail pratique, en laboratoire. La veille, on a fait un appel à tous sur Facebook. »
Photo : Fournie
Leur initiative improvisée paie : ils mettent la main sur quatre mères de kombucha, aussi appelée SCOBY (symbiotic culture of bacteria and yeast), qu’ils transportent dans des pots de sauce tomate. « On les a incubées toute la nuit sur le comptoir de cuisine chez Vincent », se rappelle Jérémie, sourire en coin.
Le lendemain, ils rapportent à la Faculté de génie la bactérie qu’ils ont réussi à isoler. Comme le veut le travail pratique, ils utilisent un fermenteur pour la synthétiser.
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Lorsqu’ils présentent leurs résultats à la classe, le professeur Vermette jubile intérieurement. Deux étudiants audacieux, une idée qui peut aller loin, et tout ce qu’il faut à l’UdeS pour les guider solidement vers un projet d’entreprise.
L’enseignant prend Jérémie et Vincent sous son aile et devient leur mentor. « Je permets depuis quelques années à mes étudiants et étudiantes au baccalauréat de mener leur propre projet entrepreneurial », confie-t-il.
Faire croître ces sacrées bonnes idées
Dès le départ, celui qui baigne lui-même dans le milieu des affaires offre un soutien personnalisé à ses deux protégés. « Les jeunes ont de sacrées bonnes idées, mais ils ont besoin de coaching, confie le professeur Vermette. À l’UdeS, on les aide à éviter des erreurs et à démarrer leur projet d’entreprise en force. »
Jérémie et Vincent reçoivent ainsi des conseils sur mesure pour perfectionner leur produit afin de susciter l’intérêt d’investisseurs potentiels. « J’ai aussi vu avec eux les aspects légaux et ce qui touche la propriété intellectuelle », relate le professeur Vermette.
À la fin du baccalauréat, les deux étudiants ont le privilège de rencontrer des médecins par l’entremise de leur professeur. « Partout dans la littérature scientifique, on disait que la cellulose bactérienne était un matériau prometteur, mais personne ne l’avait encore réellement utilisée », explique Jérémie.
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Leur produit attire l’attention de quelques chirurgiens du CHUS, dont Christian Iorio-Morin, aussi professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) de l’UdeS. Une première application en neurochirurgie est envisagée : réduire les complications à la suite d’une craniotomie en insérant de la cellulose bactérienne entre les implants métalliques et la peau pour réduire le frottement.
On y croyait, à leur idée. C’était dans la poche? Presque. Il manquait un élément essentiel : du financement.
Semer 21 000 $, récolter 1,4 M$
En 2020, Jérémie et Vincent décrochent 21 000 $ de bourses au concours Créatek, une des ressources entrepreneuriales vers laquelle se tournent les étudiantes et étudiants pour renforcer la crédibilité de leur projet d’entreprise.
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C’est une véritable rampe de lancement pour nos deux entrepreneurs, puisqu’avec ces fonds en poche, ils se qualifient pour une subvention Mitacs d’une valeur de 120 000 $.
En 2021, ils commencent une maîtrise de type recherche sous la supervision du professeur Vermette. « Pour amener leur projet à un autre niveau », précise le professeur et ingénieur.
Leur projet de recherche appliquée progresse lentement. Jérémie et Vincent collaborent avec le CIUSSS de l’Estrie – CHUS (maintenant Santé Québec Estrie ─ CHUS) pour effectuer les premiers tests précliniques. Des mois s’écoulent avant qu’ils réussissent à démontrer que leur produit est biocompatible.
En 2023, le duo décroche le prix Coup de cœur régional « Étudiant Créateur d’entreprise » au défi OSEntreprendre. Il fait appel à toute l’aide disponible, dont l’Accélérateur de création d'entreprises technologiques (ACET) et l’Accompagnateur entrepreneurial Desjardins (AED).
L’argent qu’ils reçoivent sous forme de prix, de bourses ou de subventions est chaque fois réinvesti dans l’entreprise. Cette approche judicieuse est bénéfique pour la jeune pousse, qui aménage son premier laboratoire en 2024.
« Récemment, ils sont allés chercher 1,4 M$ de financement, ce n’est pas rien! », affirme fièrement le professeur Vermette. Ce financement montre combien l’on croit au projet. « Il provient de partenaires comme Entreprendre Sherbrooke et AQC Capital, explique Jérémie. Et beaucoup de love money qui vient d’amis et de membres de la famille. » Des médecins investissent aussi dans l’entreprise. « Un cadeau inespéré », s’exclame Jérémie, reconnaissant que l’aspect novateur de leur idée suscite autant d’intérêt.
Produit révolutionnaire en chirurgie
AxCell Labs emploie aujourd’hui quatre personnes. L’entreprise poursuit ses collaborations avec des cliniciens du CHUS, dont le Dr Julien Dallaire, oto-rhino-laryngologiste et professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) de l’UdeS :
« On travaille sur un protocole pour développer un produit novateur et à faible coût pour la réparation de tympans perforés. J’agis comme médecin-conseil auprès de l’entreprise. C’est très stimulant de collaborer sur une innovation comme celle-là. »
AxCell Labs se concentre aussi sur un produit injectable dermique. « On veut en faire notre produit principal, affirme Jérémie. Il est utilisé pour donner du volume aux tissus, en chirurgie esthétique ou en clinique. Nos premiers résultats sont excellents, j’ose même dire révolutionnaires. »
Photo : Michel Caron - UdeS
On n’aurait jamais pu réussir tout cela sans le soutien d'un professeur comme Patrick Vermette.
Jérémie Chaussé, diplômé de l’UdeS et cofondateur d’AxCell Labs
Le professeur Vermette a bien l’intention de continuer à encourager ce genre de projet étudiant :
« À l’UdeS, on a un vice-rectorat qui touche à l’entrepreneuriat, ça lance un signal vraiment fort. Je trouve ça tellement important pour la société, surtout en génie. »
Et du personnel enseignant comme lui, à l’UdeS, c’est l’abondance. De quoi faire pousser encore tout plein de jeunes entreprises.
Informations complémentaires
- Découvrez l'accompagnement riche et personnalisé qu’offre l’UdeS en entrepreneuriat
- Étudier en génie chimique et génie biotechnologique à l’UdeS
- Visitez le site Web de l’entreprise vedette dans cet article, AxCell Labs
- (Le Devoir) Une « start-up » biomédicale de Sherbrooke en effervescence grâce au kombucha
- (Radio-Canada) Et si le kombucha pouvait contribuer à la régénération de tissus humains?
