L’UdeS se démarque au plus grand exercice de cyberguerre d’Europe
Photo : fournie
Dans un contexte géopolitique marqué par des tensions internationales croissantes et une numérisation accélérée des infrastructures critiques, les cyberattaques occupent désormais une place centrale dans les stratégies de sécurité des États. Réseaux énergétiques, systèmes financiers, transports, communications ou encore institutions démocratiques sont devenus des cibles potentielles dans des conflits qui se jouent désormais aussi dans l’espace numérique.
La cyberguerre ne se limite plus à des attaques informatiques isolées. Elle combine aujourd’hui plusieurs dimensions : intrusions dans les systèmes informatiques, sabotage d’infrastructures numériques, vol d’informations stratégiques et opérations de désinformation visant à influencer l’opinion publique ou les processus démocratiques. Ces formes de conflits hybrides nécessitent des spécialistes capables de comprendre à la fois les enjeux technologiques, stratégiques et sociétaux.
C’est dans cette perspective que des universités et des institutions publiques mettent en place des exercices immersifs, offrant aux étudiantes et étudiants l’occasion de s'entraîner sur des scénarios réalistes inspirés de menaces contemporaines.
Le Pôle d’expertises en cybersécurité Intact de l’UdeS s’illustre au plus grand exercice universitaire de cyberguerre en Europe
C’est ainsi que six personnes étudiantes de l’Université de Sherbrooke ont récemment participé au Cyber Humanum Est, l’un des exercices universitaires de cyberguerre les plus exigeants en Europe. Organisé par l’Université de Lorraine (Nancy-France) et le Commandement de la cyberdéfense du ministère des Armées français, l’événement plonge les participants dans une simulation immersive de conflit cyber mêlant attaques informatiques, stratégie géopolitique et guerre informationnelle.
Pour cette édition, l’UdeS était la seule université nord-américaine invitée à prendre part à l’exercice.
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Une performance remarquable
La délégation sherbrookoise s’est particulièrement illustrée grâce à Julien Champoux, étudiant au baccalauréat en informatique. À l’issue de la simulation, un expert de l’entreprise française Géoïde Crypto & Com, responsable de lancer des défis aux équipes, l’a qualifié de :
plus brillant étudiant attaquant observé au Cyber Humanum Est à ce jour.
Comme membre de l’équipe d’attaque, Julien avait pour mission d’identifier et d’exploiter les vulnérabilités des systèmes adverses afin d’atteindre divers objectifs stratégiques, allant de l’extraction d’informations sensibles à des opérations de déstabilisation informationnelle.
Dans une entrevue accordée à l’émission À vivement le retour, sur les ondes de Radio-Canada, Julien décrit une expérience marquante : « c’était une opportunité importante pour peaufiner mes talents en cybersécurité dans un nouvel environnement hors de ma zone de confort. Je pense que d’être dans une zone militaire et à l’autre bout du monde a clairement réussit à le faire. Je n’ai pas l’habitude de faire ces ça sous autant de pression combinée au manque de sommeil. »
Comme attaquant, son rôle consistait à analyser les systèmes adverses, repérer des vulnérabilités et les exploiter dans le bût d’atteindre divers objectifs allant de l’extraction de documents sensibles à la propagande.
Enfin, il souligne que la cybersécurité est un domaine dont les répercussions sont bien réelles pour la société. La multiplication des fraudes, des vols d’identité et des compromissions d’organisations montre à quel point ces enjeux touchent désormais l’ensemble de la population et des entreprises. Dans un contexte où les technologies facilitent l’exécution d’attaques de plus en plus sophistiquées, il estime qu’il est essentiel de former davantage de spécialistes capables de protéger les systèmes et les infrastructures numériques.
Une simulation de cyberguerre grandeur nature
Pendant plusieurs jours d’opérations continues, les équipes étudiantes ont été plongées dans un scénario géopolitique fictif opposant plusieurs États rivaux dans un archipel stratégique. Les participants devaient défendre ou attaquer des infrastructures critiques tels que des ports, des réseaux ferroviaires et des systèmes énergétiques tout en menant des opérations d’influence dans un contexte électoral simulé.
L’exercice reproduit les conditions d’un cyber conflit réel : pression constante, prise de décision rapide et coordination stratégique entre équipes offensives et défensives.
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Une délégation sélectionnée parmi les meilleurs
La participation au Cyber Humanum Est a suscité un fort intérêt à l’Université de Sherbrooke : 32 candidatures étudiantes ont été reçues. Après une sélection rigoureuse basée sur les résultats académiques et les motivations, six personnes étudiantes ont été retenues :
Julien Champoux, Cathicia Rabenjamina, Vivianne Ouellet, Benjamin Courchesne, Hugo Lamoureux et Maude Sabourin.
La délégation se distinguait également par une représentation parfaitement paritaire, composée de trois femmes dont une étudiante internationale et de trois hommes. Le Pôle d’expertises en cybersécurité Intact se réjouit particulièrement de cette représentation équilibrée, la présence des femmes en cybersécurité demeurant un enjeu important pour le développement du domaine.
Un projet rendu possible grâce à la Banque Nationale du Canada
La participation de la délégation sherbrookoise a été rendue possible grâce au soutien de la Banque Nationale du Canada, qui a contribué à financer le déplacement et l’hébergement des étudiants.
Cette initiative s’inscrit dans la mission du Pôle d’expertises en cybersécurité Intact, qui vise à former une relève capable de répondre aux défis croissants de la cybersécurité.
Et maintenant…un exercice de cyberguerre à Sherbrooke
Fort de cette expérience, le Pôle d’expertises en cybersécurité Intact souhaite organiser un exercice similaire à l’Université de Sherbrooke dès 2027.
Inspiré du Cyber Humanum Est, cet événement réunirait des étudiantes et étudiants provenant de plusieurs disciplines, afin de reproduire les différentes dimensions d’un cyber conflit contemporain. En plus des spécialistes en informatique et en cybersécurité, l’exercice pourrait mobiliser des personnes étudiantes en droit, science politique, communication, gestion et relations internationales, appelés à intervenir dans des rôles liés à la gouvernance de crise, aux enjeux juridiques, aux décisions stratégiques et aux opérations d’influence. Cette approche interdisciplinaire permettrait de recréer un environnement réaliste où les enjeux technologiques, politiques, économiques et sociétaux sont étroitement liés.
L’objectif est de développer un exercice immersif qui permettrait à l’Université de Sherbrooke de devenir la première université nord-américaine à organiser une simulation universitaire de cyberguerre de cette envergure, tout en contribuant à former une relève capable de comprendre et de gérer la complexité des cyber conflits modernes.