Parcours de diplômée
Mélanie Noël : de la comptabilité à l’écriture, un parcours atypique mais sans regret
Photo : UdeS - Michel Caron
Toute petite déjà, Mélanie, diplômée du baccalauréat et de la maîtrise en comptabilité de l’UdeS (1998, 1999), se posait beaucoup de questions. Sur la vie, sur les gens. Des questions qu’elle verbalisait, d’autres qu’elle gardait enfouies. C’est pour mettre des mots sur ces réalités souvent belles, parfois obscures, mais toujours fascinantes qui l’entourent qu’à 27 ans, elle a délaissé le métier de comptable et les chiffres pour prendre la plume et écrire. Pour raconter des histoires, celles des autres, celles de sa région, celles que l’on aurait enterrées si elle ne les avait portées au grand jour. Son livre à paraître sous peu, La mort des autres, tente d’apprivoiser une réalité qui la hantait particulièrement : la finitude de toute chose, à commencer par celle de chaque être humain. En un mot : la mort.
Bien que la mort soit un sujet qui l’interpelle, il n’y a qu’à lui parler cinq minutes pour réaliser que Mélanie Noël est une femme pleine de vie. La vie, elle veut la vivre à cent à l’heure, car elle n’en a qu’une, et elle a 1000 projets. C’est pourquoi l’idée de la mort l’a toujours préoccupée plus que la moyenne. Ce désir de réaliser ses rêves pendant qu’il en était encore temps est d’ailleurs à l’origine de son parcours atypique où le regret n’a pas sa place.
Étudier en comptabilité à l’UdeS : une évidence
Photo : Fournie
Le parcours de Mélanie semblait tout tracé d’avance. Son père, Roger Noël, a été professeur puis doyen de la Faculté d’administration de l’UdeS (maintenant l’École de gestion), une institution qui a toujours fait partie de la vie de Mélanie. Dès 18 ans, sur son conseil, elle entame des études à cette même faculté avec l’espoir d’une carrière fructueuse.
Au départ, tout m’intéressait et je ne savais pas quel programme choisir, se souvient-elle. Et même si je devais plus tard changer de carrière, je ne regrette pas mes années en administration. Les chiffres, les statistiques m’offrent une rectitude, une certitude que je trouve satisfaisante. Mes connaissances en affaires m’ont donné une assurance et une lecture du monde qui me servent encore aujourd’hui. Et puis ces années à l’UdeS m’ont beaucoup apporté en général.
De comptable à journaliste : le saut dans le vide
Mélanie travaillait déjà comme comptable agréée chez Deloitte quand elle obtient le titre d’expert en évaluation d’entreprises. Bientôt, son rôle exige qu’elle réalise des entrevues avec des dirigeants d’entreprise en vue de rédiger des rapports. Expérience qui rallume en elle son goût pour l’écriture.
Je ressentais très fortement ce besoin d’écrire, de créer. D’aller à la rencontre des gens, de leur poser des questions et de mettre des mots sur leur histoire. Et je me disais que la vie était trop courte pour attendre avant de réaliser mes rêves.
Mélanie a 27 ans quand l’appel des mots devient criant, voire viscéral. « Je me croyais trop vieille pour amorcer un changement de carrière, se rappelle-t-elle en riant. Mais mon désir a été le plus fort et j’ai décidé de faire un saut dans le vide. » Elle écrit d’abord à Stéphane Laporte, chroniqueur, auteur et concepteur, et lui envoie certains textes en lui demandant son avis. « Le lendemain, Stéphane me répondait qu’il les adorait! C’était jusque-là le plus beau jour de ma vie. Après une rencontre, il m’a offert un contrat. Finalement, mon audace a compensé mon manque de formation dans le domaine. »
À la suite de ce contrat de six mois, c’est comme journaliste au quotidien La Tribune de Sherbrooke qu’elle va poursuivre sa carrière, soit de 2005 à 2022. Travail qui la passionne. « J’ai rencontré des gens de partout en Estrie, mais aussi d’ailleurs, et de tous les domaines, raconte-t-elle.
Raconter leur histoire a été un privilège de même qu’une source d’inspiration pour mes projets d’écriture. Et bien sûr cela a contribué à m’enraciner encore davantage dans ma région, cette terre si accueillante et dynamique.
Photo : Fournie
Mélanie a d’ailleurs été la première journaliste estrienne à recevoir, en 2015, le prix Judith-Jasmin récompensant les meilleures œuvres journalistiques au Québec, pour son reportage « CHSLD : Des dames âgées victimes d’attouchements ». Cette reconnaissance a été suivie de plusieurs autres : Prix du CALQ-Artiste de l’année en Estrie 2023, hommages à la Chambre des communes en 2024, Médaille du couronnement du roi Charles III en 2025 pour l’ensemble de sa carrière... « Ces reconnaissances m’ont permis de mettre de côté le syndrome de l’imposteur et de me sentir pleinement à ma place dans le milieu journalistique et littéraire », affirme Mélanie avec gratitude.
Écrire pour vivre pleinement
Si le journalisme la passionne, l’écriture de poésie, chansons et romans demeure pour elle une grande source de joie. Alors qu’elle était toujours à La Tribune, elle se gardait chaque semaine une ou deux journées pour la création artistique. Elle a aussi pris une année sabbatique pendant la pandémie pour se consacrer entièrement à ses projets d’écriture. Ses mots ont notamment accompagné l’exposition Les futurs disparus, un projet initié par Richard Séguin et rendant hommage aux paysages et aux gens des Cantons-de-l’Est.
La mort, sœur jumelle de la vie
Celle qui a aussi une vie familiale bien remplie et s’implique dans divers conseils d’administration a pourtant réussi à se créer un espace pour un nouveau projet qui lui tenait à cœur : côtoyer et aider les gens en fin de vie. « J’ai interrogé des tas de personnes pendant ma carrière, mais il me restait une grande question : comment appréhender la mort? J’ai donc décidé de faire du bénévolat à la Maison Aube-Lumière pour apprivoiser cette réalité qui nous concerne tous. »
Pendant un an, Mélanie s’est rendue régulièrement à cette maison de soins palliatifs, d’abord pour travailler à l’accueil, puis directement auprès des personnes en fin de vie et de leurs proches. « Ce que j’en retiens, c’est la compassion, la douceur, l’attention à l’autre dont les gens de la Maison Aube-Lumière font preuve. Cela a fait de moi une personne plus patiente, plus douce, plus empathique. Accompagner une personne jusqu’à la mort est un privilège, car tout ce qui est superflu, superficiel, s’efface, pour laisser entièrement place à l’essentiel, à la relation vraie. »
Son dernier projet : La mort des autres
Photo : Fournie
Dès son premier jour de bénévolat, une amie l’incite à coucher sur papier son vécu parfois difficile, souvent lumineux. Elle écrira pendant un an. De là est sorti le projet d’écriture La mort des autres, qui sera lancé le 31 mars à Sherbrooke. En plus de son expérience personnelle, ce livre est aussi le fruit de discussions sur la fin de vie qu’elle a eues avec différentes personnes, notamment Jean Desclos, ancien doyen de la Faculté de théologie et auteur d’un livre sur l’aide médicale à mourir, et la professeure Diane Guay, titulaire de la Chaire de recherche en sciences de la compassion de l’UdeS.
Autant comme journaliste qu’autrice, je me réfère souvent à l’expertise développée à l’UdeS, excellente source de connaissances et de crédibilité.
La mort des autres fera d’ailleurs l’objet d’un spectacle lecture et musique avec la comédienne Pascale Buissières et la pianiste Fannie Gaudette au Congrès international francophone en soins palliatifs qui aura lieu en mai à Sherbrooke.
Et l’avenir? Bien qu’elle se montre discrète sur le sujet, Mélanie indique avoir encore bien des projets en tête et vouloir tenir la plume aussi longtemps que la vie le lui permettra.