Renaître après la vague : le voyage touchant d’une diplômée en Thaïlande 20 ans après le tsunami
Photo : Fournie
Le 26 décembre 2004, un tsunami dévastateur, causé par un tremblement de terre sous-marin de magnitude 9,1, au large de Sumatra, a frappé les côtes de l'océan Indien. Parmi les régions les plus touchées, la Thaïlande a subi des pertes humaines et matérielles considérables. Vingt ans plus tard, Marie-France Tessier, diplômée du Baccalauréat en génie civil (2006) de l’UdeS, est retournée sur les lieux où sa vie a basculé.
Le jour où tout a changé
À l’époque, Marie-France Tessier était étudiante à l’Université de Sherbrooke. Partie passer les fêtes en Thaïlande avec sa famille, elle ne se doutait pas que ses vacances prendraient un tournant tragique. Alors que ses parents retournaient au Québec pour Noël, Marie-France restait seule sur l’île de Kho Phi Phi. Quelques jours avant le séisme, un maître plongeur local l’avait convaincue de suivre une certification de plongée en eau profonde.
Lors du tsunami, elle se trouvait à 30 mètres sous l’eau sur un site de plongée à une heure de la côte…
Heureusement que nous étions attachés à une corde reliée à une bouée flottante. La force du courant nous a tirés vers le haut de la corde », raconte-t-elle. « On a dû replonger pour faire nos paliers de décompression avant de regagner la surface et retourner sur le bateau. Tout le monde était secoué.
Ce n’est qu’à son retour vers Kho Phi Phi, l'une des zones les plus touchées, qu’elle réalise l’ampleur des dégâts. Le port avait disparu et les personnes survivantes devaient attendre avant de pouvoir atteindre la terre ferme. Pendant trois jours, Marie-France a aidé les rescapés, confrontée à des scènes d’horreur qu’elle n’oubliera jamais.
Le retour à Sherbrooke : entre soutien et guérison
De retour au Québec, Marie-France est confrontée à des souvenirs traumatisants qui hantent ses nuits. Heureusement, l’Université de Sherbrooke lui offre un précieux soutien, notamment en allégeant ses charges académiques.
Mon cerveau était en mode survie sur place, mais dès que j’ai quitté l’île, l’ampleur de l’horreur m’a submergée.
Pour surmonter son stress post-traumatique et sa culpabilité de survivante, elle entreprend une thérapie d’hypnose.
Le soutien de la communauté universitaire a été exceptionnel. J’ai pu guérir en parlant ouvertement de mes émotions, et cela m’a permis d’avancer.
Pour partager son vécu et amorcer sa guérison, Marie-France choisit également de donner une entrevue au journal Liaison de l’UdeS. Elle y décrit la ténacité, l’entraide et la solidarité qui l’ont marquée au cœur de la tragédie. À ce moment-là, elle envisage même de changer de carrière pour se consacrer à l’aide humanitaire.
Reconstruction et résilience
Vingt ans plus tard, Marie-France est devenue mère de deux enfants et ingénieure civile à Saint-Jérôme, où elle travaille sur des projets liés à la gestion des eaux. Bien que sa carrière n’ait pas pris la voie de l’aide humanitaire, les valeurs de solidarité et de résilience continuent de guider ses décisions.
Photo : Fournie
Pour marquer le 20e anniversaire de la tragédie, elle retourne à Kho Phi Phi avec sa famille. Le trajet en bateau vers l’île est chargé d’émotion, mais Marie-France savoure ce moment de mémoire et de gratitude.
Revenir ici avec mes enfants a été une expérience marquante. Cela m’a permis de leur transmettre l’importance de la résilience et de l’entraide.
Ce qui l’a le plus touchée, c’est de voir à quel point les lieux avaient changé. Elle cherchait des repères visuels, des lieux qui l’avaient marquée. Seul l’hôtel où ils avaient choisi de résider durant leur séjour était toujours debout.
Je l’avais justement choisi parce que c’était l’un des rares en béton qui n’avaient pas cédé durant le tsunami. Aujourd’hui, je constate que le tourisme de masse a eu quelque peu raison de la beauté des lieux. C’est toujours magnifique, mais la densité des constructions laisse peu de place à la nature et je ne reconnaissais pas tant de choses par rapport à mes souvenirs.
Photo : Fournie
Grâce à la plateforme Facebook, elle a gardé contact avec le maître plongeur à qui elle doit la vie. Ils s’étaient donné rendez-vous pour assister ensemble à une cérémonie commémorative sur la plage. Il a quitté son métier d’ingénieur mécanique pour devenir ambulancier à la suite de cet évènement mémorable qui lui a fait comprendre que c’était sa vocation.
Si je n’avais pas été en plongée ce jour-là, je serais assurément allée sur la plage, emportée comme les autres victimes.
Après les cérémonies, Marie-France et sa famille font leur première plongée en eau ouverte. Toute la famille a su apprécier ce moment zen, calme et apaisant des profondeurs. Les enfants ont d’ailleurs adoré leur expérience et souhaitent plonger à nouveau.
Un message d'espoir
Aujourd’hui, Kho Phi Phi est mieux préparée : des panneaux indiquent les points de rassemblement, des systèmes d’alerte veillent, et la mémoire des disparus inspire des mesures pour protéger l’avenir.
Malgré les épreuves, Marie-France Tessier tire de cette expérience une profonde leçon de vie :
Le tsunami m’a montré combien la vie est fragile, mais aussi à quel point nous avons une incroyable capacité à nous relever.
À travers son voyage et son témoignage, elle souhaite rappeler à chacun l’importance de la solidarité, de la résilience et de la bienveillance envers autrui. Son parcours nous invite à chérir chaque instant, à bâtir un monde plus humain et à trouver la force de transformer l’adversité en espoir.