Une percée majeure pour le traitement de la neurofibromatose de type I
Photo : Émilie Pelletier (à gauche) et Mathieu Lanthier - UdeS (à droite)
Une percée sherbrookoise majeure ravive l’espoir de plus d’un million de personnes atteintes de la neurofibromatose de type 1 (NF1), une maladie génétique toujours sans traitement curatif. Pour la première fois, le professeur‑chercheur Jean‑Philippe Brosseau et son équipe de recherche de l’Institut de recherche sur le cancer de l’Université de Sherbrooke (IRCUS) démontrent qu’il est possible de faire régresser des tumeurs déjà formées grâce à une thérapie génique restaurant le gène NF1.
La neurofibromatose de type 1 (NF1) est une maladie génétique qui touche environ une personne sur 3 000 dans le monde. Elle se caractérise par le développement de neurofibromes plexiformes, des tumeurs bénignes des nerfs qui peuvent se former dans tout le corps et affecter profondément la qualité de vie. Les options de traitement demeurent limitées : la chirurgie n’est pas toujours possible, notamment lorsque les tumeurs sont nombreuses ou situées à proximité d’organes vitaux.
Les personnes atteintes de la NF1 présentent un risque accru de certains cancers. Environ 10 % d’entre elles développeront un sarcome agressif des nerfs (MPNST), à la suite de la transformation maligne d’un neurofibrome plexiforme.
Photo : Caroline Thibault
Une preuve de concept essentielle
En théorie, la maladie NF1 se prête bien à la thérapie génique, qui consiste à fournir une copie fonctionnelle d’un gène faisant défaut, puisqu’un seul gène est en cause. Toutefois, on ignorait jusqu’à présent si restaurer l’expression du gène NF1 dans des tumeurs déjà établies suffisait pour provoquer leur régression. Cette preuve de concept était donc essentielle, souligne le Pr Brosseau, professeur-chercheur à l'IRCUS et à la FMSS.
Des modèles novateurs pour développer un traitement curatif
Afin de répondre à cette question clé, l’équipe du Pr Philippe Brosseau, dont fait partie le postdoctorant Dhanushka Hewa Bostanthirige, premier auteur de l’article publié dans la revue Communications Biology, a développé des modèles précliniques novateurs permettant d’activer ou d’inactiver de façon contrôlée l’expression du gène NF1 directement dans les cellules tumorales. Pour la toute première fois, ces modèles ont rendu possible l’évaluation directe de l’impact de la réintroduction de NF1 dans des tumeurs déjà formées.
Des résultats remarquables
Les résultats se sont révélés remarquables. Dans deux modèles distincts de la maladie, la réexpression du gène NF1 a entraîné une réduction significative de la taille des tumeurs présentes. En l’espace d’un mois, la majorité des nerfs traités ne présentaient plus de signes de neurofibrome, alors que la présence de tumeurs persistait chez les modèles témoins, confirmant le fort potentiel thérapeutique de cette approche.
Une stratégie thérapeutique transposable en clinique
Soucieuse d’ouvrir la voie à une application chez les patients, l’équipe dirigée par le Pr Brosseau a testé une approche visant à réintroduire une version fonctionnelle du gène NF1 directement dans les zones où les tumeurs se développent dans le système nerveux. Cette stratégie s’appuie sur des lentivirus, des vecteurs déjà bien établis en médecine et utilisés notamment dans des traitements innovants permettant d’augmenter l’efficacité du système immunitaire à combattre le cancer.
Des résultats encourageants avec une seule intervention
Concrètement, l’équipe a administré le gène NF1 à des modèles animaux précliniques à l’aide d’une seule injection ciblée. Les résultats sont particulièrement encourageants : cette seule intervention a permis de réduire de façon marquée les signes de neurofibromes. « Il s’agit d’une étape clé. Nos résultats confirment à la fois le potentiel réel de la thérapie génique et une façon concrète de l’administrer. », souligne le Pr Brosseau.
Une prouesse technologique
Cette étude répond à un défi de longue date posé à la recherche sur la maladie NF1. Les modèles précliniques existants reposaient jusqu’ici sur une inactivation permanente du gène NF1, empêchant toute évaluation de sa restauration. En développant des modèles à expression réversible, l’équipe de l’Université de Sherbrooke signe une véritable prouesse technologique.
Vivre avec la NF1 : entre douleurs et incertitude
La directrice générale de l’Association de la neurofibromatose du Québec (ANFQ), Gabrielle Labonté, souligne que pour les personnes atteintes de la NF1 et leurs proches, vivre avec la maladie signifie souvent composer avec l’incertitude, les complications médicales, les douleurs physiques, les impacts psychologiques et le regard des autres. Derrière chaque diagnostic se trouve une réalité humaine complexe, parfois invisible, qui affecte profondément la qualité de vie des personnes atteintes et de leurs familles.
Vivre avec la NF1 pour moi signifie d’avancer avec la peur et l’anxiété de la prochaine mauvaise nouvelle, entre douleurs, suivis médicaux et incertitudes. Ce traitement semble attaquer la source même de la maladie, contrairement à d’autres traitements qui ne font que simplement gérer les symptômes de la maladie. C’est pourquoi cette recherche représente une véritable lueur d’espoir pour les personnes atteintes et leurs proches. Une percée comme celle-ci me donne une source d’optimisme qui est très rare dans ma situation qui peut parfois être très démoralisante en raison de son énorme impact physique et psychologique. », Marie-Ève Bordeleau.
Photo : Caroline Thibault
Vers une future thérapie génique
Bien que ces résultats soient très prometteurs, des travaux supplémentaires seront nécessaires avant de pouvoir réaliser une première étude clinique chez des personnes atteintes de la NF1. Les prochaines étapes viseront notamment à optimiser les vecteurs de thérapie génique, les doses et la durée des traitements, ainsi qu’à évaluer l’efficacité à long terme dans d’autres modèles précliniques de la NF1.
« La thérapie génique pour la NF1 en est encore à ses débuts, mais cette étude fournit enfin la preuve de principe qu'il manquait : la restauration du gène NF1 peut inverser le développement tumoral. Elle ouvre la voie à des traitements qui s’attaquent directement à la cause de la maladie, plutôt que de se limiter à en gérer les symptômes. », conclut le Pr Brosseau.
Une recherche essentielle et porteuse d’espoir
L'Association de la neurofibromatose du Québec (ANFQ), accompagne quotidiennement des familles qui vivent avec cette réalité et qui gardent espoir de voir la recherche faire une réelle différence dans leur avenir.
Des avancées comme celle réalisée par l’équipe du Pr Jean-Philippe Brosseau représentent beaucoup plus qu’une découverte scientifique : elles apportent un immense sentiment d’espoir à une communauté qui, depuis longtemps, attend des traitements capables de s’attaquer directement à la cause de la maladie. Bien que plusieurs étapes demeurent nécessaires avant qu’une thérapie puisse être accessible aux patients, cette percée rappelle à quel point la recherche est essentielle et porteuse d’espoir pour les générations actuelles et futures vivant avec la NF1.
Gabrielle Labonté, directrice générale de l'Association de la neurofibromatose du Québec (ANFQ).
Ces travaux de recherche menés à l’IRCUS, en collaboration avec de nombreux partenaires nationaux et internationaux, ont été rendus possibles grâce au soutien de la Société de recherche sur le cancer, de l’Association de la neurofibromatose du Québec et du Grand défi Pierre Lavoie.
À propos de Jean-Philippe Brosseau
– Professeur-chercheur au Département de biochimie et de génomique fonctionnelle de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke
– Professeur-chercheur à l'Institut de recherche sur le cancer de l'Université de Sherbrooke (IRCUS)
– Chercheur au Centre de recherche du CHUS (CRCHUS)