L’apport du savoir expérientiel des personnes usagères à la formation en travail social

Favoriser l’implication des personnes usagères et des proches dans la formation est une orientation de l’École de travail social de l’Université de Sherbrooke depuis l’automne 2015. Cet apport du savoir d’expérience des usagers et des proches a été jugé essentiel et prioritaire de manière collective par différentes parties prenantes de la formation (professeurs, chargés de cours, étudiants, praticiens entraîneurs, professionnels).

Cette orientation s’appuie sur deux constats majeurs recensés dans la littérature : a) l’implication des personnes usagères et des proches constitue un ajout significatif dans la formation, produisant de meilleures travailleuses sociales, de meilleurs travailleurs sociaux, et b) l’implication des usagers et des proches favorise leur pouvoir d’agir et s’inscrit de ce fait dans les valeurs de base de la profession en travail social.

Nous avons ainsi mis sur pied, en novembre 2015, un comité d’implication des personnes usagères et de leurs proches, rassemblant les différentes parties prenantes nommées ci-dessus, mais plus encore, des usagers et des proches impliqués dans notre formation. Ce comité est construit sur le principe d’une « communauté des savoirs » car il vise non seulement à mettre en dialogue les divers types de savoirs – académiques, professionnels, expérientiels –, mais aussi à réfléchir sur l’implication des usagers et des proches de manière structurée et structurante, au coeur de nos programmes de formation de premier et deuxième cycles.

L’ambition des membres de ce comité est que les personnes usagères et les proches jouent un rôle de premier plan dans la formation universitaire, et ce, au-delà du simple témoignage, et qu’ils s’actualisent dans des rôles de formateur, de coenseignant et d’évaluateur des apprentissages à travers différentes activités universitaires. De plus, tous les travaux et démarches réalisés convergent vers la production d’un guide de bonnes pratiques franco-québécois sur l’implication des usagers et des proches dans la formation en travail social.

En cohérence avec l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec

Il est également pertinent de soulever que l’inclusion des personnes usagères dans la formation des futurs travailleurs sociaux constitue un processus pédagogique en cohérence avec le Référentiel de compétences des travailleuses sociales et des travailleurs sociaux de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ), notamment avec la composante 2.1.2 : « Être capable de favoriser l’autodétermination et concevoir l’acteur comme expert de sa situation ». De même, un énoncé de position de l’OTSTCFQ favorise « la mise en place d’un dispositif d’intervention qui encourage et reconnaît l’implication de la personne à toutes les étapes du processus d’intervention et qui permet d’établir un rapport de complémentarité entre les compétences issues des expériences de la personne et les compétences professionnelles du travailleur social ».

L’inclusion du savoir expérientiel des personnes usagères et des proches de manière systématique dans nos formations académiques, construites sur un parcours de professionnalisation, nous le rappelons, est donc tout à fait en cohérence avec les valeurs et les pratiques du travail social. Cela contribue également à un réel croisement des savoirs dans la formation en travail social, tant dans les discours que dans les actions.

Le savoir expérientiel des personnes usagères : une richesse

Cela nous apparaît essentiel dans l’objectif de former des travailleuses sociales et des travailleurs sociaux conscients, critiques et engagés. Riches de l’apport du savoir expérientiel des personnes usagères, les étudiantes et étudiants pourront dès lors miser sur une relation dialogique avec ces dernières, permettant la création d’une alliance propice à l’exercice de leur travail. Tout en circonscrivant les inégalités structurelles, ils pourront agir, en collaboration avec les usagères et usagers, dans une perspective de mobilisation et de changement.

École d'été : la rencontre comme vecteur d'apprentissage

Les travailleuses et travailleurs sociaux sont sensibles aux expériences des personnes qu’ils accompagnent au quotidien. C’est de là qu’est née l’idée d’organiser pour la première fois au Québec une école d’été réunissant étudiantes et étudiants en travail social, usagères et usagers ainsi que professionnelles et professionnels en exercice. C’est donc plus d’une cinquantaine de personnes qui ont participé aux activités proposées. L’objectif : renouer avec l’importance de la relation d’humain à humain dans l’exercice du travail social.

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Je suis une personne,
pas une maladie

Comme travailleuse sociale et chargée de cours, Lyne Gagné en est venue à considérer l’apport de la personne utilisatrice de services comme une ressource inestimable d’expertise, mais aussi comme un élément important dans la formation des étudiantes et des étudiants. Découvrez dans ce texte comment elle intègre cette notion dans ses cours.

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Le plaidoyer Associons nos savoirs, paru en septembre 2018, n’est pas à proprement parler une démarche scientifique, ni une proposition militante. Il cherche à promouvoir une idée centrale : les savoirs expérientiels des personnes vulnérables en font des parties prenantes indispensables à la formation des professionnels de la santé et à l’action sociale.

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Atelier d'apprentissage de l'intervention

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Intervenir auprès des enfants les plus vulnérables

Retard de développement, problèmes d’apprentissage, difficultés d’adaptation, troubles de comportement… Les enfants aux besoins multiples ont une histoire de vie complexe. À travers leur profil atypique, ils composent avec des difficultés individuelles, mais aussi avec des environnements moins facilitants. Ce sont les enfants les plus vulnérables de notre société.