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Visite d’une spécialiste suisse de la lutte antiplagiat à l’Université de Sherbrooke

En mai 2011, l’Université de Sherbrooke a eu le plaisir de recevoir Michelle Bergadàa, spécialiste de la relation intégrité–plagiat.

Michelle Bergadàa est professeure de marketing et de communication à la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Genève. Elle a créé une recherche-action internationale portant sur le plagiat universitaire et l’Internet. Son site Fraude et déontologie selon les acteurs universitaires, qui a vu le jour en 2004, compte plus de 17 000 abonnés de 117 institutions d'enseignement supérieur de 15 pays.

Michelle Bergadàa a présidé la Commission éthique-plagiat de l’Université de Genève et est depuis peu présidente de la Commission d’éthique du grand-duché de Luxembourg.

Types de plagieurs

Michelle Bergadàa était l’invitée «vedette» du colloque organisé par le Regroupement des étudiantes et étudiants de maîtrise, de diplôme et de doctorat de l’UdeS (REMDUS) dans le cadre du congrès de l’ACFAS qui a eu lieu à l’Université de Sherbrooke : Les enjeux de la formation à l’ère des TIC : former une relève de qualité (12 mai 2011).

Elle y a donné une conférence sur les types de plagieurs, au nombre de quatre, à la lumière de ses travaux1 :

  • le bricoleur : autonome par rapport aux normes et démontrant une grande moralité (personnelle), il structure ses connaissances par lui-même. Son problème principal avec la toile est qu’il ne sait pas ce qu’est une information fiable et valide. Il ne s’oppose pas au système universitaire, mais il joue avec. 
  • le tricheur : respectueux des normes avec un sens de la morale, il va se fier essentiellement au comportement de ses pairs. Comme il lui semble que beaucoup plagient, il va en faire autant. Son problème principal : il ne sait plus vraiment ce qu’est la norme institutionnelle et ce qui est valorisé. Il critique moins le système que le profil précédent, car en fait il est discipliné. Il risque de «payer pour les autres» en se faisant prendre en flagrant délit de plagiat, et il trouvera cela profondément injuste.
  • le manipulateur : respectueux des normes mais sans morale, il va se fier à ses propres valeurs, lesquelles le justifient à ses yeux. Son problème principal est qu’il ne sait plus s’il y a ou non des normes institutionnelles ou si elles ont un sens dans la société. Il risque de ne jamais s’intégrer et d’usurper ses diplômes.
  • le fraudeur : autonome par rapport aux normes et sans morale, il va se fier au résultat de ses actions/risques en étant indifférent au système et aux autres. Il se vante même avec satisfaction de son comportement. Le risque véritable est qu’il profite de Bologne et qu’il se joue du système : il est passé par ici, il repassera par là.

Pour Michelle Bergadàa, il est important de sanctionner même les «petits» cas de plagiat, car il y va des valeurs universitaires d’intégrité et de non-négligence et des fondements mêmes des universités : la création de connaissances et leur diffusion. Elle a insisté sur la relation entre un organe de régulation issu de l’institution, une réglementation qui s’applique à tous les membres de la communauté universitaire, un processus pour le traitement des cas et une responsabilisation pour les différents membres (étudiants, enseignants et administrateurs).

Lors de sa visite, Michelle Bergadàa a rencontré le groupe de travail institutionnel antiplagiat pour discuter du projet intégré institutionnel  pour les établissements universitaires qui désirent lutter avec succès contre le plagiat. Ce projet a été appliqué, à divers degrés, par les universités de Genève et de Lausanne et par l’Université catholique de Louvain.

Le projet comprend 12 plans de mise en œuvre :

  • Plan 1 – Impliquer les instances dirigeantes
  • Plan 2 – Mettre en place un groupe de projet
  • Plan 3 – Ouvrir le débat sur l’information, les connaissances et le savoir
  • Plan 4 – Éveiller à la bonne utilisation du Web
  • Plan 5 – Ouvrir le débat sur l’éthique (intégrité)
  • Plan 6 – S’abonner à un logiciel de détection du plagiat
  • Plan 7 – Élaborer une charte de déontologie pédagogique
  • Plan 8 – Former et informer des étudiants
  • Plan 9 – Informer les enseignants
  • Plan 10 – Mettre en place un système de traitement des plaintes
  • Plan 11 – Accompagner les enseignants
  • Plan 12 – Préciser les sanctions et les appliquer

Dans la même rencontre, Michelle Bergadàa a présenté le livre blanc publié par la Commission éthique-plagiat de l'Université de Genève : La relation éthique-plagiat dans la réalisation des travaux personnels par les étudiants, lequel  soulève des enjeux majeurs non seulement pour la formation mais également pour la production de nouvelles connaissances.

La première section du livre blanc s’intitule Un contexte en mutation et comprend trois chapitres, chacun comportant des sous-chapitres et se terminant par des considérations ou des recommandations :

  1. Technologies, mutation des connaissances et de l’apprentissage : impact sur les métiers d’enseignant et d’étudiant
  2. Les comportements et les compétences des étudiantes et étudiants
  3. La bibliothèque de demain et la compétence informationnelle

Cette section a le mérite de poser des questions fondamentales pour le monde de la formation qui a été bouleversé par les TIC à un niveau encore mal évalué par les administrateurs et les enseignants.

La seconde section, Les projets organisationnels, comprend également trois chapitres (avec sous-chapitres, considérations et recommandations) :

  1. La formation à la «compétence informationnelle»
  2. Valeurs, normes et règles
  3. Outils de détection des similarités et leur intégration à l’université

Cette rencontre avec Michelle Bergadàa a été des plus fructueuses et a confirmé le groupe de travail institutionnel dans l’orientation de ses travaux.

1. Bergadàa, Michelle. Du plagiat à la normalité, janvier 2006. Disponible sur le site Fraude et déontologie selon les acteurs universitaires.