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Dans un parcours de professionnalisation, les cours sont organisés autour de situations professionnelles de complexité croissante qui rendent visible la progression du développement de la pratique professionnelle.
Photo : Université de Sherbrooke

Le doctorat en médecine devient un parcours de professionnalisation

par Jean-Sébastien Dubé

À l’automne 2017, les nouveaux étudiants inscrits en médecine entreront dans un programme renouvelé, développé en « parcours de professionnalisation ». Il s’agit d’un changement curriculaire majeur qui touchera les étudiants, mais également l’ensemble des personnes impliquées dans la formation médicale à la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS).

C’est que le parcours de professionnalisation requiert une importante intégration de tous les aspects de la formation. Ces changements s’insèrent dans une évolution de la vision et de la culture de la formation médicale qui a des répercussions sur tout le programme préclinique et éventuellement sur la continuité avec la formation postdoctorale. Le changement aura des impacts principalement sur la formation préclinique mais également sur l’externat (stages), avec ce que cela suppose d’adaptation des outils d’évaluation, des guides d’accompagnement pour les stagiaires et pour les superviseurs, etc.

Un parcours… de quoi?

Rappelons brièvement que dans un parcours de professionnalisation, les cours sont organisés autour de situations professionnelles de complexité croissante qui rendent visible la progression du développement de la pratique professionnelle. Le nouveau programme de médecine a identifié cinq situations professionnelles types : soins, promotion (de la santé), formation, gestion, recherche. Selon la professeure Ghislaine Houde, vice-doyenne adjointe au renouveau curriculaire, ces situations professionnelles types correspondent aux attentes réelles qu’a aujourd’hui la société envers les médecins, ce qui permet d’offrir un programme représentatif de la pratique.

La complexité croissante d’une situation professionnelle type est bien illustrée dans celle des soins. Ainsi, on demandera d’abord aux étudiantes et étudiants de répondre à des personnes présentant des problèmes de santé fréquents, avec des symptômes typiques, dans un contexte social sans difficulté. Puis, au fur et à mesure de leur avancement dans le programme, les étudiants seront appelés à répondre à des personnes présentant des problèmes de plus en plus graves et complexes, avec de multiples antécédents et des symptômes atypiques qui pourraient avoir un impact sur plusieurs sphères de leur vie (physique, mentale, sociale).

Quelques membres de l'équipe de la réforme du doctorat en médecine : Ghislaine Houde, Danielle Jacques, Ève-Reine Gagné, Ann Graillon, Suzie Nadeau et Sylvie Mathieu. En visioconférence : Paul Chiasson, Eva-Marjorie Couture et Évelyne Cambron-Goulet.
Photo : Robert Dumont | UdeS

Un parcours, pourquoi?

Depuis bientôt trois ans, la direction de la Faculté de médecine et des sciences de la santé répète que cette transformation du programme de médecine était nécessaire parce que la médecine a évolué. Mais, après l’approche par problèmes, les patients standardisés, les simulations, comment pouvait-on encore bonifier la formation des médecins à l’Université de Sherbrooke? N’y a-t-il pas lieu de se demander ce qui a changé au point de justifier un tel remue-ménage? Selon la professeure Houde, de multiples phénomènes apparus ces dernières années, comme la mobilité et le vieillissement des populations, la prise en charge des maladies chroniques, la prévalence de l’obésité, l’accent sur la promotion et la prévention de la santé, exigent des médecins plus que la pratique de la médecine :

« On veut que les futurs médecins soient de bons experts en santé, bien sûr, mais aussi qu’ils soient de bons communicateurs, de bons collaborateurs dans les équipes de soins, des leaders et des gestionnaires, tout en faisant preuve de responsabilité sociale. On a également besoin qu’ils deviennent des apprenants autonomes capables de se perfectionner tout au long de leur carrière. »

Le nouveau programme veut aussi prendre en compte certaines notions comme la santé mondiale, les patients provenant de communautés et de groupes d’âge variés, le fait de considérer la personne soignée dans sa globalité, les contextes de soins variés (autres que l’hôpital), etc. Enfin, le programme renouvelé permet de répondre aux nouvelles exigences des examens du Conseil médical du Canada et aux critères d’agrément des facultés de médecine au Canada.

La médecine avance, mais la formation aussi

Comme le fait judicieusement remarquer la professeure Houde, l’éducation médicale a également connu d’importants développements dans la dernière décennie : « La médecine avance, mais la formation aussi. Nous voulons un programme dynamique, arrimé aux méthodes pédagogiques actuelles. Nous avons donc adopté une approche par compétences intégratrice qui facilite le développement de l’interdisciplinarité. »

Un parcours, comment?

Un changement de cette ampleur suppose de nombreux défis. Ghislaine Houde n’en mentionne que quelques-uns qui préoccupent le corps enseignant à l’approche de l’horizon 2017.

  • Toutes les équipes préparent le nouveau matériel pédagogique en fonction des diverses thématiques abordées pendant le cursus. S’assurer que les contenus restent bien en lien avec les cibles de formation et les diverses étapes du parcours constitue un enjeu important.
  • En parallèle, on met à niveau les différentes plateformes utilisées dans le programme, tant du point de vue technologique qu’administratif. Pour la professeure Houde, c’est un défi majeur de l’année en cours.
  • Par ailleurs, il importe d’améliorer et de maintenir la communication auprès des étudiants pour qu’ils s’engagent dans ce programme en mouvement. « Au cours des dernières années, nous avons informé progressivement les enseignants et le personnel de la Faculté des changements à venir et il faudra continuer de le faire. Toutefois, les étudiants des cohortes actuelles seront appelés à soutenir ceux des nouvelles cohortes. Il faut donc les rassurer et travailler avec eux pour faciliter la transition dans la prochaine année. »
Les modalités d’évaluation ont dû être repensées : certains outils demeurent, mais l’observation prendra encore plus de place avec le portfolio et le mentorat, qui favoriseront la réflexion et la rétroaction tout au long du parcours.
Photo : Université de Sherbrooke

Heureusement, la culture de l’innovation et de la pédagogie médicale est bien implantée à la FMSS, comme en fait foi la création en 1984 d’un service de soutien à la pédagogie de la formation médicale. Dès 1987, l’approche par problèmes (APP) est intégrée dans le programme de médecine et le Centre de pédagogie des sciences de la santé voit à la formation des professeurs, qui sont également tous des cliniciens bénéficiant d’une solide expérience terrain. Depuis 2010, le Centre offre des microprogrammes en pédagogie des sciences de la santé aux 2e et 3e cycles. Il s’est donc constitué au fil des années un groupe de professeurs particulièrement intéressés par la pédagogie, dont plusieurs sont d’ailleurs impliqués dans le renouveau curriculaire actuel.

Cette mobilisation massive des professeurs rend la vice-doyenne adjointe particulièrement fière, puisque plus d’une centaine de personnes se concertent pour faire aboutir cet immense chantier. Des individus dynamiques de plusieurs disciplines ont été recrutés à la direction des diverses activités pédagogiques. De tels « champions » attirent et mobilisent les autres enseignants.

De fait, si le nouveau programme constitue une transition importante pour les étudiantes et étudiants, l’impact des changements pédagogiques et administratifs touche profondément les professeurs. La perception même de leur rôle d’enseignant est affectée. D’une part, ils sont appelés à travailler en équipes interdisciplinaires, ce qui se faisait déjà mais de façon moins importante auparavant. D’autre part, certains découvrent à quel point l’enseignement peut devenir un puissant levier d’amélioration continue de leur propre pratique.

Un parcours pour qui?

En bout de piste, qu’est-ce qui caractérisera les médecins finissants après 2021, ceux qui auront été formés dans ce parcours de professionnalisation?

Selon Ghislaine Houde, les diplômés en médecine disposent déjà d’une bonne expertise médicale. Le défi était d’ajouter d’autres dimensions à leur formation sans diminuer ce niveau d’expertise. « Pour y arriver, nous voulons leur montrer comment aller chercher rapidement l’information pertinente et les aider à développer leur raisonnement clinique à partir de cette information », dit-elle.

Le parcours de professionnalisation met l’accent non seulement sur l’acquisition de connaissances et leur mobilisation dans des situations authentiques, mais aussi sur la pratique réflexive

Les étudiantes et étudiants en médecine sont souvent très compétitifs. Tous ont appris à viser l’excellence, à avoir les meilleures notes possible. Or, il n’y a pas toujours une seule « bonne » réponse en médecine. Il faut apprendre à gérer l’incertitude. Toujours dans le but de faire du médecin un apprenant autonome, le parcours de professionnalisation met l’accent non seulement sur l’acquisition de connaissances et leur mobilisation dans des situations authentiques, proches de la pratique sur le terrain, mais aussi sur la pratique réflexive, qui permet un retour sur les choix qui ont été faits, les gestes posés, la façon de s’y prendre, les résultats obtenus, etc.

On accueillera donc les nouveaux étudiants dans un programme où ils auront à mobiliser leurs connaissances. Cependant, ils auront droit à l’erreur et chaque revers deviendra une occasion de se remettre en question pour s’améliorer. « Evaluation drives the curriculum », cite Ghislaine Houde. Les modalités d’évaluation ont aussi dû être repensées : certains outils demeurent, mais l’observation prendra encore plus de place avec le portfolio et le mentorat, qui favoriseront la réflexion et la rétroaction tout au long du parcours.

Un parcours par qui?

Un changement majeur à n’en point douter. Pour s’y attaquer, le comité de réflexion curriculaire a déposé son rapport en 2013 et le comité de développement du parcours a débuté ses travaux. Ses membres sont donc bien au fait des enjeux de cette réforme et, surtout, le projet est mené par une équipe qui partage la même vision de l’apprentissage, de l’enseignement, et de la médecine. Une équipe qui a l’ambition de faire un changement qui en vaut la peine pour le long terme. Une équipe qui croit que le parcours de professionnalisation lui permettra d’atteindre ses objectifs. La direction de la Faculté s’est impliquée à plusieurs reprises pour soutenir politiquement et financièrement le projet. Sylvie Mathieu, conseillère pédagogique au Service de soutien à la formation, accompagne les divers comités de travail nécessaires à la refonte avec une préoccupation constante pour la cohérence et la qualité de l’ensemble de la démarche.

L’objectif d’un parcours de professionnalisation est de construire « une pratique professionnelle pertinente, responsable, éthique et réfléchie ». Les lecteurs qui voudraient en savoir davantage sur l’approche programme parcours de professionnalisation sont invités à consulter les sites suivants :

Comité de développement du parcours de professionnalisation

Outre Ghislaine Houde, vice-doyenne adjointe au renouveau curriculaire, et Sylvie Mathieu, conseillère pédagogique au Service de soutien à la formation, le Comité de développement du parcours de professionnalisation pour le programme de doctorat en médecine compte :

- Eve Reine Gagné, vice-doyenne aux études médicales prédoctorales;
- Daniel Gladu, directeur de l’administration des études médicales prédoctorales;
- Suzie Nadeau, coordonnatrice au renouveau curriculaire;
- Karine Bériault, professeure au Département de médecine de famille;
- Frédéric Bernier, professeur au Département de médecine;
- Evelyne Cambron-Goulet, professeure au Département des sciences de la santé communautaire
- Paul Chiasson, professeur au Département de médecine de famille;
- Eva Marjorie Couture, professeure au Département de médecine de famille;
- Louis Gagnon, professeur au Département de médecine de famille;
- Nathalie Gagnon, professeure au Département de médecine de famille;
- Ann Graillon, professeure au Département de pédiatrie;
- Danielle Jacques, professeure au Département d’anatomie et de biologie cellulaire;
- Claudine Rancourt, professeure au Département de microbiologie et d'infectiologie;
- Geneviève Ricard, professeure au Département de médecine.