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Le Québec attire de plus en plus d’étudiants internationaux

par Alain Mélançon

Selon les données du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), près de 42 000 étudiants internationaux étaient inscrits dans les universités québécoises au trimestre d’automne. Ce nombre est passé de près de 39 000 en 2016 à plus de 42 000 en 2017 dans la province, soit une progression de plus de 9 %. La hausse est particulièrement forte au 2e cycle (16,4 %) par rapport au 1er cycle (6,4 %) et au 3e cycle (7,2 %). La part des étudiants étrangers dans l’ensemble de la population étudiante a également augmenté comparativement à l’an dernier, passant de 12,6 % à 13,7 %. Environ un étudiant sur sept fréquentant les universités québécoises n’est donc pas citoyen canadien ou résident permanent. Une bonne nouvelle à une période où toutes les régions du monde cherchent à attirer des candidats dans leurs institutions.

Parmi les 19 institutions universitaires du Québec, les établissements montréalais sont, sans surprise, ceux qui attirent le plus grand nombre d’étudiants étrangers et les universités anglophones se classent nettement en tête. McGill en accueille cette année près de 12 000 (+ 13 %) ; Concordia, 7 200 (+ 19 %) ; l’Université de Montréal (UdeM), 9 900 (+ 4 %) et l’Université du Québec à Montréal (UQAM), plus de 3 400 (+ 6 %).

Environ un étudiant sur sept fréquentant les universités québécoises n’est donc pas citoyen canadien ou résident permanent.

L’Université de Sherbrooke se situe dans la moyenne avec une hausse de 8,5 % par rapport à 2016 avec un total de 1 562 étudiants étrangers inscrits au trimestre d’automne 2017.

C’est à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) que la hausse relative a été la plus marquée, soit 25 % : ils sont maintenant près de 1 300 étudiants venus de l’extérieur du pays. À noter tout de même la performance de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), qui compte cette année 1 680 étudiants étrangers (+12,5 %) sur 14 200 inscrits au total. Seule l’Université Laval enregistre une baisse (- 4 %).

Lorsque vient le temps de comparer le pourcentage d’effectifs étrangers par rapport à la population étudiante totale, le portrait est toutefois surprenant. McGill (29 %) et Concordia (19 %) font naturellement bonne figure, alors que Polytechnique Montréal (29 %), l’UQAC (20 %) et l’École de technologies supérieures (ÉTS: 14 %) se taillent toutes des places enviables. L’Université de Sherbrooke est à la traîne avec 6 % devançant seulement deux autres établissements, soit l’UQO (4 %) et l’ÉNAP (4 %).

ÉtablissementNombre d’inscriptionsNombre d’étudiants étrangersPourcentage étudiants étrangers
Bishop’s2 79140915 %
Concordia38 8127 20219 %
Laval43 5543 8069 %
McGill38 57511 14429 %
Montréal48 327550511 %
HEC Montréal13 6402 06115 %
Polytechnique Montréal8 0842 32229 %
Sherbrooke24 60715626 %
UQAC6 5061 28520 %
UQAM40 5213 4298 %
UQAR6 8004086 %
UQAT3 8983098 %
UQO7 2343134 %
UQTR14 1059337 %
ENAP1 630724 %
ÉTS8 9791 25314 %
INRS64337759 %
Ensemble des universités308 70642 39014 %

Source : Données préliminaires relatives aux inscriptions au trimestre d’automne 2017, Bureau de coopération interuniversitaire (BCI), 24 septembre 2017.

Le Québec marque cependant un retard comparativement à d’autres provinces du Canada comme l’Ontario ou la Colombie-Britannique. Cet écart est tout aussi significatif quant au nombre d’étudiants internationaux qu’au pourcentage d’effectifs étrangers par rapport à la population étudiante totale comme le démontrent les classements 2017 du magazine Maclean’s.

Pourcentage d’étudiants internationaux inscrits en première année d’un programme d’études de 1er cycle.

RangÉtablissement%
1Windsor57,2
2Memorial50,0
3Concordia49,2
4Regina48,2
5Brock44.1
6Waterloo42,3
7Alberta40,0
8Saskatchewan38,9
9McGill37,3
10Manitoba37,0

Pourcentage d’étudiants internationaux inscrits dans un programme d’études de 2e cycle ou 3e cycle.

RangÉtablissement%
1Windsor57,2
2Memorial50,0
3Concordia49,2
4Regina48,2
5Brock44.1
6Waterloo42,3
7Alberta40,0
8Saskatchewan38,9
9McGill37,3
10Manitoba37,0
 Des raisons multiples

 « Les universités québécoises sont attractives, affirme Michel Patry, directeur général de HEC Montréal et président du conseil du BCI. Le réseau est performant, elles ont très bonne réputation et certaines proposent des domaines dans lesquels elles ont des avantages notoires, comme l’aéronautique, l’intelligence artificielle, la science des données, l’océanographie ou encore la nordicité. Le Canada est considéré comme un pays sûr et, en plus, Montréal, qui a toujours été très bien classée, a pris la première place du classement des villes préférées par les étudiants étrangers, selon une étude de l’Institut Quacquarelli Symonds. »

Pas étonnant donc, selon lui, que le nombre d’inscriptions internationales ait beaucoup augmenté ces dernières années, notamment durant les derniers mois. D’autant que cette tendance s’inscrit dans un mouvement mondial qui fait en sorte que de plus en plus de jeunes souhaitent poursuivre leurs études à l’étranger.

Pour les institutions québécoises, c’est une bonne surprise : elles s’attendaient à une baisse des demandes, notamment du fait de la hausse des droits de scolarité pour les étudiants français qui s’inscrivent en premier cycle. En effet, depuis 2015, les frais ont presque doublé pour les étudiants français, qui paient désormais plus de 4 000 euros par an (les étrangers originaires d’autres pays paient trois fois plus).

« C’est difficile de trouver une seule cause. Il y a plusieurs raisons. La première, je pense que c’est la qualité du réseau universitaire québécois, qui est de plus en plus reconnue [...] Et la ville de Montréal attire beaucoup », explique Michel Patry, président du conseil du BCI. Mais il cite une autre raison notoire : « l’effet Donald Trump ».

On le voit partout à travers le Canada : il y a eu davantage d’étudiants américains ou internationaux qui étaient aux États-Unis, ou qui voulaient être admis aux États-Unis, qui se sont déplacés vers le Canada. Pourtant, les institutions québécoises demeurent à la traîne comparativement à celles des autres provinces. La prédominance de l’anglais chez les étudiants étrangers y est pour beaucoup.

Les Québécois plus sédentaires

À l’opposé des tendances mondiales, les étudiants québécois, eux, sont encore très peu nombreux à aller faire leurs études ailleurs. Par exemple, seulement quelque 1500 étudiants québécois fréquentent une université française chaque année. Un nombre que le Québec comme la France aimeraient bien voir augmenter, mais certaines résistances font en sorte qu’un plafond semble être atteint.

Les institutions québécoises sont plus volontaires en ce qui concerne les échanges bilatéraux d’étudiants pour un trimestre, au premier cycle. Aux cycles supérieurs, les doctorats en cotutelle, supervisés par deux équipes de recherche dans deux établissements dans deux pays différents, sont certes en augmentation depuis une dizaine d’années, mais ils n’explosent pas. On en recense en effet 2000 cette année contre environ 500 il y a une dizaine d’années… sur quelque 310 000 étudiants au Québec.

Sources :

Bureau de la coopération interuniversitaire (BCI), Données préliminaires relatives aux inscriptions au trimestre d’automne 2017, version révisée, 4 octobre 2017.

Hélène Roulot-Ganzmann, Le Québec attire de plus en plus d’étudiants internationaux, Radio-Canada, 27 janvier 2018.

Hélène Roulot-Ganzmann, Les étudiants québécois n’ont pas une grande culture de la mobilité, Le Devoir, 23 septembre 2017.

Mary Dwyer, These Canadian universities have the most international students, Maclean’s, 27 novembre 2017.

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