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Repenser la maîtrise au Québec : rapports de l’Association des doyens des études supérieures

Un groupe de travail de l’Association des doyens des études supérieures au Québec (ADESAQ) a produit deux rapports sur l’état de la situation de la maîtrise dans la province : le premier (septembre 2007) était de nature quantitative, alors que le second (juin 2009) est d’ordre qualitatif. Le second volet, une large réflexion sur la nature, la structure et les activités associées à la maîtrise au Québec, se conclut par 17 recommandations, dont celle de distinguer 2 parcours distincts pour la maîtrise recherche.

À partir d’enquêtes auprès d’universités canadiennes, les membres du groupe de travail de l’ADESAQ ont pu comparer les performances entre les universités, notamment pour les cohortes de maîtrise des années 1993, 1997 et 2002.

Taux de diplomation (%) et nombre moyen de trimestres pour obtenir le diplôme

Établissements199319972002
 Dipl.Trim.Dipl.Trim.Dipl.Trim.
Universités québécoises66,89,668,58,569,17,7
Universités canadiennes hors Québec77,56,877,47,078,96,4
Différence Québec/hors Québec10,72,88,91,59,81,3

Les membres du groupe de travail de l’ADESAQ ont été à même de constater que les universités canadiennes hors Québec obtiennent des taux de diplomation plus élevés que les universités québécoises et que leurs étudiants prennent en moyenne un à trois trimestres de moins pour le faire. 

En isolant les universités ontariennes de l’ensemble des universités canadiennes hors Québec, il leur a été possible de comprendre que les étudiantes et étudiants inscrits dans des programmes de maîtrise en Ontario diplôment beaucoup plus rapidement que dans tout le reste du Canada, y compris au Québec. La question s’est posée : «Les programmes de maîtrise ontariens sont-ils plus courts que ceux du reste du Canada?»

Une recherche sur les sites Internet d’universités ontariennes a révélé au groupe de travail de l’ADESAQ qu’effectivement plusieurs universités annoncent des programmes de maîtrise dont la durée varie entre 8 et 16 mois. Un cas de figure ontarien a retenu son attention : le doctoral stream, décrit et analysé à la page 21 du Rapport 2009.

L’examen de ce type de programme a permis de dégager les éléments suivants :

  • les exemples trouvés de doctoral stream (ici et ici) mènent à un diplôme de maîtrise;
  • leur curriculum est conçu pour préparer les étudiants au doctorat;
  • leur curriculum comprend essentiellement des cours sans projet de recherche à mener à terme;
  • leur durée annoncée varie de 8 à 12 mois.

Deux parcours

Cette analyse de la durée des programmes de maîtrise a conduit le groupe de travail à formuler une recommandation invitant les établissements universitaires québécois à distinguer clairement deux parcours à la maîtrise recherche qui conduisent à un diplôme de maîtrise et qui reconnaissent à chacun une finalité propre, soit :

A. un parcours de formation de professionnels hautement qualifiés avec pour finalité principale de former par la recherche des professionnels pouvant œuvrer en recherche (parcours conduisant au marché du travail);

B. un parcours transitoire vers les études doctorales avec pour finalité de préparer adéquatement aux études doctorales.

Le Rapport 2009 contient 16 autres recommandations et comprend l’intégrale des résultats d’une consultation auprès de professeurs, de récents diplômés et d’employeurs sur la finalité de la maîtrise et les compétences qui y sont développées, de même que sur l’ampleur du mémoire. 

À noter que la question de la maîtrise au Québec fera l’objet d’un colloque québécois le 14 mai 2010, à l’Université de Montréal, lors du 78e congrès de l’ACFAS. Toutes les parties intéressées par la question (administrations universitaires et facultaires, directions de programmes, professeurs, grands organismes subventionnaires fédéraux et provinciaux, etc.) y sont conviées.

Sans lien direct avec les rapports de l’ADESAQ, mais dans le même esprit, le Winnipeg Free Press publiait le 1er février 2010 un texte d’opinion du journaliste Carson Jerema (aussi blogueur rattaché à Maclean’s On Campus), qui s’intitule «The old MA just ain’t what it used to be». Le point fort de cet article réside dans son questionnement quant à ce que les universités sont en train de faire avec la maîtrise : soit on la combine à un programme de baccalauréat pour faire un cheminement intégré bac-maîtrise, soit on la combine avec le doctorat pour permettre un passage accéléré vers ce dernier. Dans les deux cas, la maîtrise se transforme.