Le SSF veille

Le design thinking est bien connu de plusieurs enseignants de l’École de gestion de l'Université de Sherbrooke puisqu’il s’inscrit dans les modèles de démarrage rapide d’entreprise.
Photo : Lucas, Pexel

Quelques formations universitaires en design thinking

par Jean-Sébastien Dubé

Les programmes qui s’appuient sur le design thinking fleurissent notamment en France depuis quelques années. Le premier programme de design thinking et d’innovation ouverte de l’Hexagone est le fruit d’une collaboration entre trois grandes écoles : l’École centrale Paris et l’ESSEC (2004), auxquelles s’est jointe l’école de design industriel Strate Collège (2007) pour développer le Programme CPi (création d’un produit innovant).

Mentionnons par ailleurs…

  • la Paris Est D-School, lancée en 2012 en partenariat avec la Stanford Design School et maintenant installée à l’École des Ponts ParisTech;
  • le programme I.D.E.A. (M. Sc. en innovation, design, entrepreneurship et arts), né en 2012 d’une collaboration entre EM Lyon et Centrale Lyon (voir la section ci-dessous);
  • l’Université Cergy Pontoise, « …[qui] abrite [...] un "Fac Lab", variante des fablabs qui bourgeonnent dans le monde » (Pérèz, 2013);
  • la Kedge Design School et l’ISEN à Toulon, qui ouvre en 2014 un « innovation lab » (i-Lab);
  • Audencia Nantes, qui offre aux entreprises des formations continues dans ce domaine;
  • différentes institutions (dont l’EM et Centrale Lyon) qui offrent des MOOC sur le sujet.

On remarquera la relative discrétion des écoles de design, comme l’École nationale supérieure de création industrielle (ENSCI) ou l’École Boulle. Tiphaine Gamba, auteure d’une maîtrise très complète sur la question, explique que « [c]e qui apparaît comme un ″hold-up″ des business schools et écoles d’ingénieurs sur le design provoque auprès de la profession des designers une crispation générale et une position défensive dont elle a du mal à s’extraire… ». (2016)

Une visite au Master IDEA de Lyon, un programme basé sur le design thinking

En février 2015, le coordonnateur de la veille et de la gestion des connaissances du Service de soutien à la formation s’est rendu en visite d’étalonnage à Lyon. Dans ce cadre, il a pu rencontrer les responsables du Master IDEA (pour innovation, design, entrepreneurship et arts) et visiter leurs locaux. Si ce programme conjoint entre EM Lyon (école de gestion privée) et Centrale Lyon (école d’ingénierie publique) est ouvert à toutes les disciplines, une majorité d’étudiants proviennent d’écoles de gestion.

Pour les gens du Master IDEA, le design thinking est un véritable langage, voire un modèle d’apprentissage. Pour eux, tous les types d’apprentissage du modèle de David Kolb (créatif, ingénieur, commercial, etc.) seraient couverts par cette méthodologie. En fait, toute leur approche pédagogique tourne autour des principes du design thinking.

Ils proposent donc une pédagogie par projets accompagnée de mentorat avec des logiques de LBD (learning by doing), de DIY (do it yourself) et de DIWO (do it with others). La séquence de formation comprend d’ailleurs 800 heures de projet par an. On souligne l’importance du droit à l’erreur.

Les contenus sont répartis en quatre unités d’apprentissage : design thinking, entrepreneuriat, sciences humaines et sociales et sciences techniques (notamment Internet et la programmation Java). Ces dernières étaient les plus difficiles à transmettre aux étudiants, selon nos interlocuteurs.

Le Master IDEA, d’une durée de deux ans, coûte 17 500 € par an pour 2017-2018.

Une visite des locaux montre bien que, pendant ce programme intensif, l’École est davantage perçue comme un milieu de vie. Chaque équipe-semestre dispose d’un local qu’elle peut décorer, où elle peut manger, laisser traîner ses projets, etc. Un peu partout, on voit des prototypes et des maquettes conçus par les étudiantes et étudiants (appelés « idéacteurs »).

Le Fablab est un véritable espace de convivialité. Les étudiants du programme s’épaulent dans leurs projets respectifs. De plus, de futurs ingénieurs de Centrale Lyon y viennent pour parler de leurs projets techniques à des designers. On nous signale la faible utilisation de l’imprimante 3D (qui prend au moins trois heures à produire des pièces, ce qui est souvent trop long pour bâtir des prototypes) et la popularité de la découpeuse laser et des briques électroniques Arduino, qui permettent beaucoup de souplesse.

Les débouchés d’emploi pour ce programme sont très larges :

  • design manager
  • chef de projet en innovation
  • développeur d’affaires
  • intrapreneur high-tech
  • responsable d’unité de R-D ou de laboratoire
  • gestionnaire de projet innovant
  • gestionnaire de transition technologique
  • consultant junior en innovation

Et à l’Université de Sherbrooke?

À notre connaissance, le design thinking est mentionné sur une seule fiche signalétique de cours. Il s’agit de PRD 763 Prévention des différends, une activité obligatoire des divers programmes de prévention et règlement des différends (microprogramme de 2e cycle, diplôme, maîtrise) de la Faculté de droit. On semble s’en servir pour « [g]énérer des processus conceptuels et innovants de prévention et de gestion des différends (idéation) ». On y apprend la « méthodologie du design thinking : empathie, définition d’une problématique, recherche d'idées, prototypage et évaluation ». C’est ce que le professeur Jean-François Roberge appelle du legal design. Ses travaux ont même donné lieu à des publications avec sa collègue Véronique Fraser.

La professeure Eve Langelier, du Département de génie mécanique, avait mentionné que le cours ING 626 Processus créatif de résolution de problèmes était basé en partie sur cette démarche. Ce cours de deux crédits a été intégré au nouveau cours de six crédits IMC 155 Création de produits innovants, sous la responsabilité du professeur Mathieu Picard. Ajoutons que le studio de création prévu par la Faculté de génie serait un espace tout à fait approprié pour faire vivre une telle démarche aux étudiantes et étudiants.

Nous savons par ailleurs que le design thinking est bien connu de plusieurs enseignants de l’École de gestion puisqu’il s’inscrit dans les modèles de démarrage rapide d’entreprises (lean startup, fail fast, succeed sooner, etc.). Le professeur Jean-François Lalonde confirme : « Nous intégrons certains éléments du design thinking dans nos cours d’entrepreneuriat. Par exemple, on est en train de revoir le cours IMC 155 Conception de produits innovants (cheminement génie-entrepreneuriat) sur les bases du design thinking. »

Pour en savoir plus

EM Lyon Business School, Programme Grande École – Parcours I.D.E.A. (site web).

Fraser, Véronique et Jean-François Roberge, « Legal Design Lawyering: Rebooting Legal Business Model with Design Thinking », Pepperdine Dispute Resolution Law Journal, vol. 16, 20 mai 2016, 14 p.

Gamba, Tiphaine, Innover en France avec le design thinking?, Mémoire de mastère spécialisé « Innovation by Design », ENSCI, présenté et soutenu le 24 mai 2016, 96 p.

Gourdon, Jessica, « Idea School : l’interdisciplinarité comme remède au formatage des élèves des grandes écoles »,  Educpros.fr, 28 février 2011.

Peltier, Cécile, « Design thinking : Idea tisse sa toile parmi les entreprises »,  Educpros.fr, 18 octobre 2013.