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L’expérience vécue depuis 10 ans dans le cadre du programme intégré de baccalauréat-maîtrise en ergothérapie de l'Université de Sherbrooke est un exemple illustrant l'évaluation des enseignements à l'échelle d'un programme.
Photo : UdeS

Transformer son programme : garder le cap en s’appuyant sur l’évaluation de l’enseignement

par Catherine Vallières

Pour les équipes d’enseignants œuvrant dans des programmes en transformation, que ce soit à la suite d’une refonte ou dans les premières années suivant leur création, l’évaluation de l’enseignement représente souvent une importante source d’inquiétude. On se préoccupe de la fiabilité des résultats et des risques de dérives pouvant entraîner leur lot de difficultés pour le personnel enseignant impliqué, notamment si les résultats de l’évaluation sont utilisés à des fins administratives ou de sanction.

Or, une autre façon d’envisager l’évaluation de l’enseignement émerge : la considérer comme un moyen de guider l’amélioration des pratiques, des méthodes, de l’intervention pédagogique et ce non seulement à l’échelle d’un cours mais également à l’échelle du programme. À cet égard, l’expérience vécue depuis 10 ans dans le cadre du programme intégré de baccalauréat-maîtrise en ergothérapie de l'Université de Sherbrooke constitue un exemple illustrant autant la richesse des données ainsi colligées que les défis rencontrés en cours de route.

L’évaluation de l’enseignement en ergothérapie : 10 ans de résultats

À la création du programme il y a une dizaine d’années, les responsables ont choisi de mettre en place une série de mécanismes de consultation visant à vérifier si l’implantation du programme entraînait les résultats escomptés. Parmi ceux-ci, les questionnaires d’évaluation de l’enseignement ont été mis à contribution non seulement comme outil de suivi auprès des professeurs et chargés de cours visés, mais également avec l’objectif spécifique de valider l’implantation des modalités pédagogiques particulières (apprentissage par problème, apprentissage du raisonnement clinique…) prévues dans plusieurs cours du programme.

La valeur ajoutée d’une évaluation concertée

Aux dires de la professeure Nadine Larivière, directrice du programme, ces questionnaires se sont révélés particulièrement utiles pour documenter une dimension souvent occultée, celle de la perception des étudiants quant à la formation qu’on leur propose. S’il va de soi de consigner les commentaires et réactions des étudiants en cours de route de façon plus ou moins formelle, une cueillette de données plus systématique a permis à cette équipe d’obtenir un portrait de l’enseignement à l’échelle du programme et non simplement à l’intérieur des limites d’un cours donné.

L’évaluation de l’enseignement reste une source d’information parmi d’autres et n’offre qu’un point de vue partiel : celui de la perception des étudiants dans le cadre d’une activité pédagogique donnée

Pour y arriver, une démarche concertée de construction des outils d’évaluation s’est avérée incontournable pour permettre la comparaison et l’analyse des données colligées d’un cours à l’autre. On y est arrivé par exemple en intégrant aux questionnaires des questions communes à l’ensemble des activités que l’on souhaitait examiner de front.

Des modalités de consultation variées

L’évaluation de l’enseignement reste par ailleurs une source d’information parmi d’autres et n’offre qu’un point de vue partiel : celui de la perception des étudiantes et étudiants dans le cadre d’une activité pédagogique donnée. Des modalités de consultation complémentaires restent donc nécessaires.

  • En ergothérapie se sont ainsi ajoutées des rencontres en petits groupes (représentants étudiants, coordonnateur académique et personnes responsables de cours) chargées d’évaluer de façon systématique le matériel et les méthodes pédagogiques utilisées dans certains cours ciblés.
  • Plusieurs enseignants ont également opté pour des évaluations facultatives de mi-parcours, particulièrement lors des premiers trimestres, afin d’évaluer le bon déroulement de l’activité et d’identifier les éléments susceptibles d’être immédiatement améliorés avant que ne se termine le cours.
  • Parmi les temps forts du programme, on trouve finalement le Bilan des finissants, une activité formelle à laquelle sont conviés tous les étudiants et étudiantes en fin de parcours. À quelques semaines de l’obtention de leur diplôme, c’est l’occasion pour eux de participer à un déjeuner et à une cueillette de données ayant recours à la technique du groupe nominal. Pour les diplômés, ce bilan se veut non seulement une façon de communiquer l’évaluation qu’ils font de leur passage dans le programme, mais il marque également l’occasion de renforcer le sentiment d’appartenance, et ce à la veille de leur départ.

Pour les responsables des programmes d’ergothérapie, l’ensemble de ces mécanismes de consultation vise bien entendu à colliger des informations en provenance des étudiants, mais également à les informer en retour des changements apportés à la suite de leurs commentaires. Une attention toute particulière a donc été accordée sur cette rétroaction aux étudiants, autant à l’échelle du programme (à l’occasion du Bilan des finissants, par exemple) qu’à l’échelle des cours, par l’intermédiaire de chacun des enseignants.

De l’analyse aux moyens d’action

Les données recueillies ne prennent leur sens qu’au moment où elles permettent d’identifier des moyens concrets pour corriger le tir ou consolider les acquis. Pour l’équipe programme d’ergothérapie, c’est dans le cadre d’une rencontre bilan annuelle de l’ensemble des responsables de cours (professeurs et chargés de cours) que les données colligées dans les gabarits sont analysées et qu’un plan de match global est mis en place pour répondre aux problématiques transversales que l’exercice aurait révélées. Ainsi, le renforcement du fil conducteur d’une session à l’autre et le réinvestissement des acquis d’un cours à l’autre ont ainsi pu être abordés de front par le biais d’une véritable approche programme et de stratégies concertées. Une telle problématique illustre bien l’intérêt d’opter pour une approche intégrée pour améliorer la situation; on imagine en effet aisément les limites qu’auraient eues des interventions plus isolées, menées de façon individuelle à l’échelle de cours spécifiques.

Le défi des équipes élargies

L’expérience accumulée ces derniers 10 ans par l’équipe d’ergothérapie révèle en outre une dimension inédite : les responsables observent qu’à mesure que l’équipe programme a pris de l’ampleur, on a noté une tendance à revenir à une perspective de l’évaluation de l’enseignement et à des moyens d’action plus individualisés. On a également noté avec le temps une chute marquée du taux de réponse aux évaluations de l’enseignement, qu’on explique notamment par la perception que les étudiants ont pu avoir de redondance avec les autres mécanismes déjà en place pour les consulter. En réponse à cette tendance, l’équipe a choisi de porter une attention particulière aux traces écrites (par exemple en proposant des gabarits pour orienter les bilans individuels et l’analyse des résultats), à un allègement des questionnaires jugés trop longs et au fait de réserver un temps spécifique aux évaluations de l’enseignement (en classe, au début d’une séance de cours, en présence de l’enseignant).

L’ensemble de ces moyens a permis de revenir à un taux de réponse suffisant pour permettre des analyses transversales qui soient significatives. On rejoint ainsi une dimension qui s’avère tout aussi importante pour l’implantation même d’une innovation majeure dans un programme : l’importance du défi que représente la taille de l’équipe, compte tenu du besoin d’en mobiliser chacun des membres pour espérer mettre en place des améliorations qui soient durables.

Perspectives SSF, mai 2016