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L’évaluation de l’enseignement : un état des lieux dans quelques universités québécoises

par Stéphanie Lanctôt et Lise Lafrance, collaborations spéciales

Le présent article dresse un portrait général des politiques d’évaluation de l’enseignement pour les universités suivantes : l’Université de Montréal, l’Université du Québec à Montréal (UQAM), l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), l’Université Laval et l’Université McGill. Les documents fournissant les principales directives quant aux instruments de mesure, à la mise en application des évaluations et aux finalités de celles-ci se retrouvent sur les sites Internet des universités étudiées.

Les visées de l’évaluation de l’enseignement

Plusieurs universités québécoises ont en commun les finalités de l’appréciation de la qualité des enseignements offerts à leur clientèle. Toutes les politiques d’appréciation ou d’évaluation de la qualité des enseignements consultées affirmaient poursuivre au moins deux objectifs : l’amélioration de l’enseignement et la prise de décisions relatives à la gestion du personnel enseignant (titularisation, promotion, mérite, renouvellement de contrat, sanction, etc.). À ces deux principaux objectifs s’ajoutent le développement ciblé de mesures de soutien pour le personnel enseignant (UQAM) et la divulgation de renseignements aux étudiants au sujet des cours et des enseignants (McGill).

Les évaluations de cours sont surtout utilisées à des fins sommatives. Font exception : l’Université du Québec à Trois-Rivières, où un professeur peut demander une appréciation intérimaire à des fins statuaires, et l’Université McGill, qui se démarque également par l’utilisation du teaching portfolio ou dossier d’enseignement, lequel permet la consignation de données à des fins d’évaluation formative, sommative ainsi que dans un objectif de promotion ou de titularisation. Le dossier d’enseignement comporte une description des approches pédagogiques et des responsabilités, une démonstration de l’efficacité de l’enseignement, des compétences en supervision et du leadership au sein de la discipline ou de l’université et, enfin, un bref exposé du parcours académique et des activités de perfectionnement suivies.

La mise en application de l’évaluation de l’enseignement

Périodicité

La qualité des prestations d’enseignement est évaluée par les étudiants à la fin de chaque cours ou trimestre. Différentes instances, selon les institutions, se partagent la responsabilité de l’application des politiques et de ses principes : unités départementales ou facultaires (Université de Montréal, UQAM, Laval), bureau du vice-recteur aux affaires académiques (provost) (McGill) et décanat des études (UQTR).

La majorité des politiques d’évaluation de l’enseignement visent l’ensemble des cours alors que, pour certaines universités, des conditions s’appliquent. Par exemple, à Laval et à l’UQTR, la tenue d’une évaluation n’est pas réalisée systématiquement sauf s’il s’agit, entre autres, d’un nouveau cours ou d’une nouvelle personne enseignante, ainsi qu’à la suite de difficultés révélées par une évaluation antérieure.

Modalités : questionnaire en format « papier » ou en ligne

Depuis quelques années, l’évaluation des enseignements en ligne gagne du terrain. Toutes les universités semblent s’être tournées, à un degré variable, vers des systèmes informatisés d’évaluation en ligne (sauf dans de rares cas où le cadre du cours ne permet pas l’usage optimal d’une telle pratique). Par exemple, à l’Université de Montréal, 15 % des cours sont évalués par un questionnaire en ligne, hébergé par un portail Omnivox (projet pilote), les autres cours ayant conservé l’utilisation des questionnaires « papier » réalisés en présence. À McGill, tous les cours sont évalués en ligne depuis 2006.

Les universités ayant fait le virage en ligne rapportent une baisse du taux de réponse

Néanmoins, les universités ayant fait le virage en ligne rapportent une baisse du taux de réponse et tentent par divers moyens (rappels institutionnels, engagement des associations étudiantes, valorisation de l’enseignement, etc.) de rectifier le tir. À titre d’exemple, en 2012-2013, l’Université Laval rapportait des taux de réponse variant autour de 40 % en ligne au 1er cycle contre près de 75 % avec le formulaire papier, et autour de 55 % en ligne aux 2e et 3e cycles contre près de 80 % avec le formulaire papier. Une solution envisagée par l’Université Laval concerne le recours à une version hybride où les évaluations se font en classe à l’aide d’une application de sondage en ligne compatible avec les portables, les téléphones intelligents, les tablettes, etc. L’UQTR, quant à elle, affiche un taux de réponse au sondage en ligne d’environ 80 %. Son incitatif : retenir les résultats des étudiants jusqu’à 15 jours ouvrables après la fin de la session s’ils omettent de répondre à l’évaluation de l’enseignement.

Le questionnaire et les critères d’évaluation de l’enseignement

En ce qui concerne le questionnaire et les critères d’évaluation, certaines universités offrent un formulaire-cadre, utilisable pour l’ensemble des programmes et auquel peuvent s’ajouter des questions pour l’adapter aux besoins particuliers d’une faculté (UQAM), d’un département (Université de Montréal) ou d’un cours selon les méthodes pédagogiques qui y sont utilisées (McGill, UQTR, Laval). Les questions sont généralement à choix de réponses et peuvent comporter des variables contextuelles et des données qualitatives.

Dans l’ensemble des politiques consultées, les questions concernent :

1. la planification, l’organisation et la clarté du cours;
2. les apprentissages réalisés;
3. la charge de travail;
4. les évaluations et les rétroactions;
5. les habiletés pédagogiques;
6. l’interaction étudiant-enseignant.

Accès et usage des résultats

La compilation des données est réalisée par l’entité administrative responsable des évaluations de cours au sein de l’établissement d’enseignement. Celles-ci servent à l’élaboration de divers rapports au contenu varié :

  • le rapport individuel est transmis à l’enseignant et le renseigne, entre autres, sur la distribution des réponses, la proportion de répondants par question, la moyenne obtenue par question et les commentaires des étudiants répondants;
  • le rapport de synthèse, fourni à la demande d’un professeur ou de la direction d’un programme ou d’un département, offre une vue d’ensemble des évaluations;
  • le rapport d’ensemble montre l’appréciation globale d’un trimestre ou d’un programme et regroupe les résultats pour l’ensemble des cours ou pour un sous-ensemble de cours.

Les rapports comportent généralement la moyenne obtenue par question et/ou globale, ainsi que l’écart-type (sauf à l’Université de Montréal où cette donnée a été éliminée, car peu utilisée dans l’interprétation des résultats). De manière générale, seuls les directions de département ou de programme, les doyens et les comités de promotion et de titularisation ainsi que les enseignants ont accès aux données recueillies. À McGill, les résultats des évaluations peuvent être rendus disponibles au milieu universitaire élargi, dont font partie les étudiants, mais seulement avec l’approbation du corps professoral.

Conclusion

L’évaluation de l’enseignement est donc principalement utilisée à des fins sommatives à la fin d’un cours et permet aux différentes instances de prendre des décisions relativement à la continuation ou à la modification de l’offre de cours ainsi qu’à la titularisation, à la promotion ou à la sanction du personnel enseignant.

Toutefois, plusieurs politiques universitaires indiquent que les évaluations de cours ne peuvent, à elles seules, servir de principal fondement à l’évaluation officielle de l’enseignement. D’autant plus que le passage des évaluations à l’aide d’un formulaire papier en présence aux sondages d’évaluation en ligne a provoqué une diminution du taux de réponse des étudiants. Compte tenu de la portée des résultats de l’évaluation, certaines universités recommandent la cueillette d’informations supplémentaires comme éléments probants de l’efficacité de l’enseignement. Par exemple, du côté canadien, l’Université Guelph suggère l’évaluation par les pairs, alors que l’Université de l’Alberta ou l’Université Amherst proposent l’observation en classe par des collègues ou des formateurs du corps professoral (Gravestock et Gregor-Greenleaf, 2008). Ces méthodes d’observation complémentaires permettraient de dresser un portrait juste, plus près de la réalité.

Références

Gravestock, P. et Gregor-Greenleaf, E. (2008), Évaluations des cours : recherche, modèles et tendances, Toronto, Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur (consulté le 16 mai 2016).

Wright, A., Mighty, J., Scott, J. et Muirhead, W. (2014), The Ontario Universities’ Teaching Evaluation Toolkit: Feasibility Study, Ontario Higher Education Quality Council (consulté le 16 mai 2016).

Sources

Université de Montréal, Évaluation des prestations d’enseignement par les étudiants, document d’information (2007).

Université du Québec à Montréal, Politique no 23 – Politique sur l’évaluation des enseignements (2016).

Université du Québec à Trois-Rivières, Politique institutionnelle d’appréciation de la qualité des activités d’enseignement (2009).

Université Laval, Politique de valorisation de l’enseignement et dispositions relatives à l’évaluation de l’enseignement à l’Université Laval (2011).

Université McGill, Policy on official end-of-course evaluations (2014).

Université McGill, Guiding questions for portfolio development

Perspectives SSF, mai 2016