Ça se passe chez nous

Denis Bédard
Denis Bédard

Pédagogie de l’enseignement supérieur

Une passion pour le développement professionnel des enseignants universitaires

par Jean-Sébastien Dubé

À l'Université Bishop's aura lieu dans la semaine du 13 juin un summer institute en pédagogie de l'enseignement supérieur, que des professeurs de l'UdeS donneront en anglais aux enseignants de notre voisine de l'arrondissement Lennoxville. Cette collaboration est l’occasion de nous entretenir avec les professeurs Denis Bédard et Marilou Bélisle à propos de leurs programmes et de leurs projets. Avec les professeurs Christelle Lison et Florian Meyer, notamment,  ils composent une équipe dynamique et passionnée ayant à cœur d’offrir aux enseignants universitaires des occasions de développement professionnel adapté aux besoins spécifiques de cette profession.

Microprogramme, microprogramme avancé, diplôme…

Ces trois programmes sont organisés comme des poupées russes afin de répondre à la demande d’approfondissement progressif des enseignants universitaires. Il existe donc une continuité bien consciente et souhaitée entre le microprogramme en pédagogie de l’enseignement supérieur (9 crédits), le microprogramme en pédagogie de l’enseignement supérieur avancée (15 crédits) et le diplôme en pédagogie de l’enseignement supérieur (30 crédits). Dans le dernier cas, les étudiantes et étudiants doivent enseigner, puisque l’objectif du programme est d’implanter une innovation pédagogique. « Certains se satisferont du cours d’introduction, d’autres voudront compléter le microprogramme. Mais certaines personnes nous demandaient d’aller encore plus loin. C’est pour elles que nous avons créé le microprogramme avancé, tandis que le diplôme répond à un besoin différent », explique Marilou Bélisle.

Marilou Bélisle

L’équipe d’enseignants en PES vise à offrir au personnel enseignant une structure supportante pour accompagner les professeurs et chargés de cours dans leur développement professionnel. À la manière de PERFORMA pour le collégial, c’est un espace de ressourcement pour les formateurs universitaires. Notons que tous les cours sont désormais offerts en ligne, avec certaines activités synchrones les soirs de semaine. L’objectif est encore ici de répondre le mieux possible aux besoins, puisque les activités présentielles de fin de semaine ne trouvaient pas preneur.

La PES, « qu’est-ce que ça donne »?

Pourquoi offrir de telles formations à l’université en 2016? Quelle en est la pertinence pour le personnel enseignant? « Pour la même raison que lorsque le microprogramme a été inauguré en 2009, lance Denis Bédard. Les professeurs d’université sont des spécialistes disciplinaires, mais qui ont aussi besoin de comprendre et d’en apprendre sur une partie importante de leur tâche : celle où ils forment des étudiants. Des phénomènes comme l’évolution des profils d’étudiants et la place grandissante des technologies dans l’enseignement mettent les enseignants universitaires face au besoin de formation continue dans leur travail… »

À la manière de PERFORMA pour le collégial, les programmes en PES constituent un espace de ressourcement pour les formateurs universitaires

Le professeur Bédard insiste sur l’importance que l’enseignement universitaire soit davantage valorisé et que l’investissement en temps qu’il représente soit reconnu dans les dossiers de promotion des professeurs. Les divers programmes en PES facilitent cette reconnaissance. « Tous ne viennent pas chercher la même chose : chacun a sa propre réalité, ses propres pratiques, ses préoccupations. Le fil rouge entre nos programmes, c’est justement le développement d’une identité professionnelle propre à chacun, de l’enseignant-praticien jusqu’au praticien-chercheur dans une démarche de scholarship of teaching and learning. »

Les étudiantes et étudiants de ces programmes ont la particularité d’être eux-mêmes… des enseignants universitaires! A priori, le travail de leur faire apprendre est le même qu’avec d’autres étudiants. Les professeurs Bédard et Bélisle conviennent cependant que la posture d’apprentissage unique de ces étudiants change la donne… « Ce sont des praticiens en action. Ils sont forcément très engagés dans leurs apprentissages. Parfois, la ligne devient mince entre formation initiale et formation continue : s’il y a une construction de base des compétences qui doit d’abord se faire, nos programmes s’appuient sur la littérature scientifique et des concepts théoriques qui justifient bien qu’il s’agisse de cursus de 3e cycle », expliquent-ils.

Une petite équipe à grand déploiement

Lorsqu’on leur demande quelles sont les plus grandes forces des programmes en pédagogie de l’enseignement supérieur, les professeurs Bédard et Bélisle sont formels : il s’agit de l’équipe d’enseignants et des personnes ‒ professeurs et tuteurs – qui la composent. Selon eux, la qualité et l’expertise de leurs collègues influencent les contenus de cours et leur permettent de mettre en pratique les principes qu’ils enseignent. Alors qu’ils croient à une véritable approche programme, la complète transparence des enseignants de l’équipe la rend possible. Marilou Bélisle donne l’exemple des réunions de programme essentiellement consacrées aux contenus de cours de chacun, plutôt qu’à diverses préoccupations administratives. De même, chaque membre du groupe a un profond souci de l’alignement pédagogique entre les compétences à développer, traduites en activités pédagogiques, dont on prévoit d’emblée les modalités d’évaluation. Pour chaque cours, l’équipe a développé une carte conceptuelle où sont bien identifiés ces divers éléments et leurs interrelations, de même que les liens avec les autres cours. Alors que les Bédard, Bélisle, Lison, Meyer et cie recommandent l’utilisation de méthodes actives pour favoriser l’apprentissage, c’est également ce qu’ils privilégient lorsqu’ils donnent leurs cours à distance dans les programmes en PES.

Les plus grandes forces des programmes en pédagogie de l’enseignement supérieur sont l’équipe d’enseignants et les personnes – professeurs et tuteurs – qui la composent

Au nombre des défis qui se présentent à l’équipe, notons 1) la gestion de la croissance de leurs programmes, 2) la flexibilité nécessaire pour s’adapter à d’autres réalités sociopédagogiques et 3) la mise à jour de leurs outils.

  1. Depuis que ces programmes sont offerts à distance, des demandes provenant de l’étranger (France, Suisse, Maghreb) se multiplient, ce qui peut rapidement devenir exigeant pour une petite équipe. Par ailleurs, de nouvelles avenues s’ouvrent pour le diplôme en pédagogie de l’enseignement supérieur : dans une perspective d’organisation apprenante, des institutions qui sont en processus de changement pédagogique et organisationnel cherchent à accompagner leurs employés qui pilotent ces transformations et font alors appel aux spécialistes de l’équipe.
  2. Les contextes où l’équipe est appelée à intervenir se diversifient. Par exemple, la demande d’accompagnement d’une institution privée en Tunisie illustre bien l’adaptabilité requise, puisque le contexte pédagogique nord-africain – particulièrement dans le privé – a peu à voir avec la réalité universitaire québécoise.
  3. Tout aussi important, les enseignants des programmes de PES souhaitent demeurer à la fine pointe des technologies en appui à la formation. Ajouter des outils comme monPortfolio à leurs pratiques et plus généralement intégrer l’utilisation de ressources technopédagogiques adaptées au 21e siècle exige une énergie importante.

Gageons que la passion et le dynamisme évoqués plus haut permettront à cette équipe de relever ces nouveaux défis. Cette passion pour la qualité de l’enseignement s’avère d’ailleurs contagieuse. On ne peut que se réjouir du fait que la pédagogie de l’enseignement supérieur intéresse un nombre toujours grandissant de personnes à l’Université de Sherbrooke. Mentionnons notamment les microprogrammes de 2e et 3e cycles en pédagogie des sciences de la santé, dont l’équipe a reçu le prix facultaire 2016 de la Reconnaissance de la qualité de l’enseignement et qui fera l’objet d’une prochaine chronique Ça se passe chez nous.

Perspectives SSF, mai 2016