L’environnement en vedette dans des cours pratiques de traduction et de terminologie

par Véronique Bisaillon

Voilà déjà plusieurs années qu’Héloïse Duhaime, chargée de cours au Département d’arts, langues et littératures, a établi une collaboration avec l’organisme Green Teacher. Ses étudiantes et étudiants du cours Atelier de traduction (TRA604) traduisent des articles publiés par cet organisme dont la mission est de soutenir les enseignantes et enseignants en matière d’éducation à l’environnement au primaire et au secondaire. Cet automne, le projet a été bonifié lorsque Anne Marie Taravella, chargée du cours Terminologie et traduction spécialisée (TRA300), a convié ses étudiantes et étudiants à travailler sur un glossaire spécialisé en environnement visant à soutenir le travail de traduction et de révision effectué pour Green Teacher.

Un projet pédagogique à plusieurs dimensions

S’appuyant sur un projet de traduction d’articles dans le domaine de l’environnement, cette fructueuse collaboration entre les deux chargées de cours est issue de la mise en commun de leurs préoccupations pédagogiques respectives.

Héloïse Duhaime a obtenu un financement du volet facultaire du Fonds d’innovation pédagogique (FIP) pour son projet : « Modernisation » de l’Atelier de traduction selon une vision de programme : Intégration d’outils de traduction, de terminologie et de gestion de projet dans l’optique de la pratique professionnelle. L’Atelier de traduction arrive généralement en fin de parcours du baccalauréat en traduction professionnelle. Il s’agit d’une activité pédagogique tutorale dans laquelle les étudiants sont appelés à faire tour à tour de la traduction et de la révision d’articles choisis dans une banque de textes fournis par Green Teacher. Grâce au FIP, un fichier de gestion de projet et un fichier de terminologie ont été développés pour donner aux étudiants l’occasion de mettre en pratique et de consolider les apprentissages faits pendant le programme. En somme, tout en renforçant l’approche-programme, la nouvelle mouture de son cours se rapproche de la pratique professionnelle.

Anne Marie Taravella, traductrice agréée, a, quant à elle, bénéficié du programme Osez l’approche inclusive pour revoir en profondeur l’approche pédagogique de son cours.  Elle a également adopté des pratiques pédagogiques actives et collaboratives et expérimenté la classe inversée. On est passé d’un cours où les étudiants produisaient individuellement un glossaire relatif à un domaine de leur choix à un cours repensé autour d’un projet collectif en situation réelle. C’est ainsi que l’Atelier de traduction est devenu le client des étudiantes et étudiants du cours Terminologie et traduction spécialisée. La classe d’Anne Marie Taravella s’est organisée en quelques équipes, formées de trois ou quatre personnes, qui avait chacune le mandat d’explorer un sous-domaine de l’environnement en poursuivant un processus en entonnoir pour repérer les termes à présenter dans les deux langues de façon à bâtir le glossaire collectif.

Enlever des contraintes

Dans sa démarche de pédagogie inclusive, Anne Marie a tenté de lever le maximum de contraintes pour ses étudiantes et étudiants de façon à ce qu’ils soient le plus autonomes possible. Ainsi, les équipes ont été formées en suivant les affinités, les travaux se sont déroulés en partie dans la salle d’apprentissage actif (A1-108), les étudiantes et étudiants étaient responsables de leur calendrier de travail, etc. La session se concluait par une activité où chaque équipe présentait le fruit de ses recherches. Les étudiantes et étudiants étaient libres de désigner quels membres de l’équipe allait prendre la parole en public. Chaque étudiante et étudiant a donc pu s’investir en fonction de ses intérêts et de ses forces. Anne Marie a observé que les étudiantes et étudiants de son cours ont fait preuve d’un très grand engagement. 

En fin de session, Anne Marie et Héloïse ont observé que le travail produit par les étudiantes et étudiants s’est démarqué par sa très grande qualité.  Ce résultat est-il lié aux changements pédagogiques apportés (cas réel sur un sujet d’actualité, modalités de pédagogie inclusive, active, collaborative) ou tient-il davantage aux caractéristiques propres des personnes du groupe?  Anne Marie attend la prochaine édition de son cours pour se faire une meilleure idée des stratégies à adopter de façon pérenne.

Enseigner les professions langagières par le biais de l’environnement : un choix réfléchi

Le domaine des professions langagières a ceci de particulier qu’il commande à la fois la maîtrise de deux ou de plusieurs langues qu’il peut appliquer à un univers infini de domaines. Si faire travailler les étudiantes et étudiants sur un sujet plus qu’un autre relève de ce que certains qualifient d’« apprentissages non intentionnels ou accessoires », il en va autrement pour Héloïse Duhaime: « Le choix de Green Teacher est très intentionnel, c’est une collaboration choisie. L’environnement, c’est un sujet qui m’intéresse, et les étudiantes et étudiants me confirment que le sujet les intéresse aussi. »

Faisant écho au choix réfléchi de sa collègue d’exposer ses étudiants à des enjeux environnementaux, Anne Marie Taravella reprend la même réflexion sous un autre angle. Avec le projet qu’elle et sa collègue mènent, Anne Marie profite de l’occasion pour faire valoir que « les professions langagières ont une utilité stratégique pour les entreprises, car elles sont au cœur du processus de communication multilingue. Elles aident les organismes de la société civile, comme Green Teacher, à accroître leur résonance médiatique. » Les campagnes de communication, les programmes politiques, les lois et les grands traités internationaux sont faits de mots auxquels on donne un sens, d’une langue à une autre.  Le projet d’Héloïse et d’Anne Marie intéresse d’ailleurs l’Ordre des traducteurs, interprètes et terminologues du Québec (OTTIAQ), qui l’a relayé à ses membres via son bulletin d’information.