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Photo : Robert Dumont, Faculté de médecine et des sciences de la santé

La simulation à la Faculté de médecine et des sciences de la santé : une innovation pédagogique plus vraie que nature

Nathalie Lefebvre

En tant que méthode pédagogique, la simulation est utilisée dans divers domaines de formation tels que le travail social, la psychologie et l’ingénierie. Elle est notamment employée extensivement en sciences de la santé. Dans les lignes qui suivent, on présentera en quoi consiste une simulation à caractère pédagogique, comment elle se déroule, ainsi que certaines spécificités relatives à son emploi à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke.

Qu’est-ce que la simulation?

La simulation est une stratégie d’enseignement qui facilite les apprentissages à travers la réflexion sur une situation fictive qui reproduit la réalité (Bland, 2011). La situation professionnelle proposée en contexte de simulation est ainsi reproduite le plus fidèlement possible. Tous les programmes de formation de la Faculté de médecine et des sciences de la santé ont accès à cette modalité d’apprentissage.

Il importe de distinguer les différents types de simulations qui impliquent un niveau de réalisme et des coûts d’exploitation plus ou moins élevés (Figure 1 et Tableau 1).

Nous retenons trois catégories d’activités de simulation :

  1. les simulations de type procédural, qui visent l’acquisition de gestes techniques. Elles sont réalisées sur du matériel adapté, appelé task trainer. Les modèles utilisés, qui répliquent généralement des partie du corps, permettent de pratiquer à répétition des gestes ou procédures;
  2. les simulations qui visent l’acquisition de compétences relationnelles en situation authentique contrôlée. Elles nécessitent la participation d’acteurs ou de patients standardisés. Une telle situation pourrait être, par exemple, une entrevue auprès d’un patient, lequel est interprété par un acteur entraîné pour présenter des réactions spécifiques en fonction des actions posées par l’apprenant;
  3. les simulations en situations authentiques complexes, qui s’adressent à des équipes. Celles-ci peuvent être des équipes interprofessionnelles (ex : sciences infirmières, médecine et inhalothérapie). Elles sont particulièrement utilisées pour reproduire des situations complexes qui pourraient poser des risques pour le patient si l’apprentissage devait se faire en situation réelle. Le matériel peut impliquer des mannequins de haute ou basse fidélité et des acteurs.
Figure 1 : Catégories d’activités de simulation et exemples
Tiré du document «Formation professorale de base pour les instructeurs en simulation clinique» du CPSS
Tableau 1 : Niveaux de réalisme en fonction des modalités de simulation (Alinier, 2007)

RéalismeModalités
Niveau 0Simulations écrites
Niveau 1Modèles tridimensionnels (mannequin de base)
Niveau 2Simulateurs sur écran
Niveau 3Patients standardisés
Niveau 4Simulateurs de patients – fidélité intermédiaire
(par ordinateur mais pas entièrement interactif)
Niveau 5Simulateurs de patients – haute fidélité
(par ordinateur et interactif)

La simulation est une méthode pédagogique reconnue. Elle permet notamment de se centrer sur l’apprentissage des étudiants; elle a un haut potentiel d’authenticité et de réalisme; elle ne comporte pas de risque pour les patients et présente de faibles risques pour les participants. L’apprentissage est d’ordre expérientiel et réflexif. La simulation favorise également la collaboration entre professionnels et permet l’exposition des apprenants à des événements standardisés, rares ou pouvant comporter un haut niveau de risque. Les inconvénients sont principalement liés aux coûts importants du matériel, à la complexité en matière de gestion logistique et au transfert négatif par les apprenants si la situation manque de fidélité.

Déroulement d’une activité de simulation

Les activités de simulation comportent trois temps : le briefing, la simulation et le débriefing. Le briefing permet aux formateurs de présenter l’environnement aux apprenants, le contexte de la situation initiale ou la procédure à effectuer. Les apprenants participent à la simulation en effectuant ce qu’ils feraient dans la réalité professionnelle, en considérant les informations reçues dans le briefing et la situation du patient. Il arrive souvent que d’autres étudiants observent la simulation dans une salle adjacente réservée à cet effet, ce qui vise à maximiser l’apprentissage par l’exposition à différentes situations. La séquence d’apprentissage se termine par le débriefing de la simulation. Celui-ci favorise le processus réflexif sur la situation vécue, en insistant sur ce qui a bien été, ce qui a moins bien été et en prenant appui sur des ressources spécifiques permettant de favoriser les apprentissages lors du débriefing (ex : grille d’analyse ou d’observation, vidéoscopie, texte de référence, etc.). Plus une simulation a une composante émotionnelle forte, plus de temps alloué au débriefing devrait être important.

Les éléments essentiels pour optimiser l’apport pédagogique de la simulation sont les suivants :

  • avoir un environnement qui reproduit fidèlement le milieu clinique visé;
  • écrire et jouer des scénarios crédibles qui sont en lien avec les objectifs du programme de formation;
  • offrir un soutien pédagogique adéquat permettant d’animer les trois phases de la simulation (briefing, simulation, débriefing);
  • exposer les apprenants à plusieurs simulations individuelles ou en équipe en cours de formation.

(Cant & Cooper, 2009)

Infrastructures et perspectives de développement

Le Centre de simulation Pracciss (Promotion, recherche et apprentissage des compétences cliniques et interprofessionnelles en sciences de la santé) offre aux utilisateurs les infrastructures nécessaires pour la réalisation des activités de simulation pour les apprenants des différents programmes. Il a été développé afin de répondre aux besoins de la Faculté de médecine et des sciences de la santé tant au Campus de la santé qu’au Campus de Longueuil. Les campus de Moncton et de Saguenay possèdent des structures équivalentes afin de répondre aux besoins des programmes qui y sont délocalisés.

Au Campus de la santé, les développements actuels impliquent l’aménagement d’un laboratoire de simulation clinique en partenariat avec le CHUS. La phase 1 du projet sera fonctionnelle dès septembre 2015. Ce nouvel aménagement comprendra deux salles de simulation haute fidélité (en remplacement de la salle temporaire utilisée actuellement), deux salles de simulation procédurale, trois salles de débriefing et une salle d’initiation à la chirurgie. Les ressources matérielles requises sont importantes et comprennent notamment dix mannequins de moyenne et de haute fidélité et une variété de matériel servant aux activités procédurales.

Au Campus de Longueuil, le déploiement du Laboratoire de simulation clinique et du Programme d’utilisation de patients standardisés et réels est également prévu pour septembre 2015. Ces nouveaux aménagements, au 10e étage, comprendront une salle de simulation haute fidélité, deux salles de simulation procédurale, deux salles de simulation multifonctionnelles, une salle de débriefing et cinq salles d’examen clinique. En plus du 10e étage, onze salles de tutorat pouvant être transformées en salles d’examen clinique seront aménagées au 7e étage et s’ajouteront au milieu de vie (petit appartement) déjà existant.

Photo : Robert Dumont, Faculté de médecine et des sciences de la santé

Laboratoires de simulation

Le laboratoire de simulation clinique utilise des mannequins de haute ou basse fidélité, des acteurs et des professionnels afin de former les apprenants. Ce laboratoire, pour sa portion située à Sherbrooke, s’est développé en partenariat avec le CHUS et partage avec lui la responsabilité de l’utilisation de la simulation clinique dans le cadre de la formation des résidents. Les services du laboratoire de simulation clinique sont utilisés par les programmes cliniques, médecine, sciences infirmières, ainsi que par le Centre de formation continue de la Faculté.

Le Programme d’utilisation de patients standardisés et réels permet de réaliser des simulations en mettant à contribution soit des patients standardisés ou réels, soit des acteurs qui sont formés afin de jouer des rôles spécifiques en lien avec les compétences à développer. Ce service facultaire collabore aux activités de formation et d'évaluation des futurs professionnels de la santé. Il a pour mandat de recruter et former des patients de tous âges et de différentes nationalités afin de participer aux activités pédagogiques des programmes de médecine, sciences infirmières, ergothérapie et physiothérapie ainsi que du Centre de formation continue. Ces activités contribuent à l’apprentissage de l’entretien avec le malade, de la réalisation de l’examen physique de même qu’au développement des habiletés de communication avec les patients. Des patients formateurs sont spécialement entraînés pour guider l’apprentissage de certains gestes d’examens et donner du feedback en temps réel, notamment pour l’apprentissage de l’examen génital chez l’homme et la femme et l’examen des seins.

Le laboratoire d’anatomie contribue à des activités de recherche et d’enseignement aux étudiantes et étudiants des différents programmes de la Faculté de médecine et des sciences de la santé. Des corps embaumés ou des modèles plastinés sont utilisés pour l’enseignement et l’observation de l’anatomie par les étudiants d’ergothérapie, de physiothérapie ou de médecine (études prédoctorales). Les médecins en formation postdoctorale peuvent y pratiquer des interventions chirurgicales ou des gestes techniques sur des corps frais. Ainsi, 80 corps par année, obtenus à la suite de l’expression de la volonté des personnes à contribuer à la formation ainsi qu’à la collaboration de leurs familles, sont utilisés au laboratoire d’anatomie.

Le laboratoire de chirurgie permet aux résidents des différents programmes de chirurgie d’être initiés et de s’entraîner à la réalisation de gestes techniques sur des modèles tridimensionnels.

Les laboratoires de physiothérapie et d’ergothérapie ciblent plus particulièrement des apprentissages de type procédural ou en lien avec l’évaluation et le traitement des patients.

Technologies servant à la simulation

Le système Learningspace et l’application web Cre@Scen/Simthèque sont des ressources technologiques qui soutiennent les activités de simulation à la Faculté de médecine et des sciences de la santé.

Learningspace est un système de gestion et d’organisation d’activité pédagogique. Il gère la planification, permet l’enregistrement vidéo ainsi que l’annotation de ceux-ci en prévision du débriefing et permet l’évaluation des participants et de l’activité. Il contribue donc de manière très puissante à l’approche réflexive qui est au cœur de l’apprentissage par simulation.

Cre@Scen/Simthèque est un outil didactique pour guider l’enseignant dans la création de scénarios ainsi qu’une banque structurée de scénarios de simulation conçue pour les formateurs qui utiliseront les infrastructures du Centre de simulation. Cette application permet donc d’écrire de nouveaux scénarios de simulation et d’inclure les besoins en matériel et en ressources en lien avec l’activité. Cet outil de scénarisation de l’activité favorise le partage des ressources entre les formateurs et la préparation de l’environnement par le technicien.

En bref…

La simulation peut avoir un coût élevé en termes de ressources pédagogiques, matérielles et financières, mais demeure une stratégie d’enseignement particulièrement intéressante pour les programmes visant la professionnalisation des étudiants et le développement de compétences. Cette stratégie d’enseignement se situe dans les priorités de développement de la Faculté de médecine et des sciences de la santé principalement en raison de son haut potentiel pédagogique. À cet égard, un formateur mentionnait : «Au laboratoire de simulation clinique, erreur rime avec opportunité d’apprentissage et non avec tragédie potentielle.»

Pour atteindre cette visée associée à la simulation, il importe, sur le plan de la scénarisation des activités de simulation, d’établir clairement l’intention pédagogique et les objectifs d’apprentissage. Ceux-ci devraient être élaborés en étroite relation avec les orientations des programmes de formation afin d’en exploiter le plein potentiel. L’outil technologique Cre@Scen/Simthèque vise justement à accompagner les formateurs dans cette démarche d’écriture de bons scénarios de simulation. La simulation sera de plus en plus utilisée à la Faculté de médecine et des sciences de la santé dans les années à venir, mais également dans un nombre croissant d’autres établissements qui se préoccupent de la qualité de la formation des professionnels en santé et de la professionnalisation des apprenants.

Références

Bland A. J., Topping A., Wood B. (2011), «A concept analysis of simulation as a learning strategy in the education of undergraduate nursing students», Nurse Educ Today, vol. 31, no 7, p. 664-670.

Formation professorale de base pour les instructeurs en simulation clinique, Centre de pédagogie des sciences de la santé, Faculté de médecine et des sciences de la santé, Université de Sherbrooke (document non publié).

Alinier, G. (2007), «A typology of educationally focused medical simulation tools», Medical Teacher, vol. 29, no 8, p. 243-250.

Cant R. P., Cooper S. J.(2010), «Simulation-based learning in nurse education: systematic review», J. Adv. Nurs., vol. 66, no 1, p. 3-15.

Perspectives SSF, février 2015