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Engouement d’universités pour le bitcoin et le design thinking

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A priori, la nouvelle fait sourire : l’Université publique de Cumbria au Royaume-Uni est devenue la seconde université au monde, après l’Université privée de Nicosie à Chypre, à accepter la monnaie virtuelle bitcoin en guise de paiement pour les frais de scolarité. Ces universités emboîtent le pas à des restaurateurs, fleuristes, dentistes, hôtels, ainsi qu’au site d’enchères eBay et aux gouvernements d’Allemagne et de Finlande. L’impact médiatique ne s’est pas fait attendre, comme l’avait bien compris Cumbria dans son communiqué :

«[W]e recognise the attention being given to Bitcoin at present, and as we have relevant expertise and courses on offer, think that we should make these resources widely known to both enthusiasts and critics.»

Du reste, l’argument de cohérence pédagogique servi par Cumbria peut laisser songeur :

«”We believe in learning by doing, and so to help inform our courses on complementary currencies, we are trialling the acceptance of them,” said Jem Bendell, founder and director of the university’s new Institute for Leadership and Sustainability....» (Parr, 2014)

Le paiement en bitcoin ne sera d’abord accepté que pour deux programmes : le certificate of achievement in sustainable exchange et le postgraduate certificate in sustainable leadership. L’Université Cumbria recommande aux étudiantes et étudiants de ne pas s’acheter de bitcoins spécifiquement pour payer leurs études, compte tenu de la volatilité de la devise.

Dans le cas de l’université chipriote, l’annonce du paiement en bitcoins correspondait à l’annonce d’une nouvelle maîtrise en devises numériques, développée par les départements de gestion, de comptabilité et d’informatique et offerte en anglais, en ligne ou en présentiel, au printemps 2014. Le premier cours de ce programme sera offert en tant que MOOC. Disons qu’avec la visibilité internationale obtenue par son annonce, le programme de Nicosie a pu jouir d’une vitrine intéressante.

À l’Université John Hopkins, une équipe de cryptographes essaie de créer une alternative au bitcoin, nommée zerocoin. Plus près de nous, l’Université de Montréal mettait de l’avant un de ses étudiants à la maîtrise en droit qui rédige précisément un mémoire sur les monnaies virtuelles. Chez nous à l’Université de Sherbrooke, le professeur Mario Fortin, du Département d’économique, émet quant à lui un «gros bémol» sur le fait de considérer le bitcoin comme de la monnaie :

«Selon [Mario Fortin], il manque plusieurs aspects à la monnaie virtuelle pour lui permettre d'être considérée comme monnaie d'échange à part entière comme le dollar ou l'euro, à commencer par la confiance des usagers.» (Beaudoin, 2014)

Le bitcoin a fait son apparition sur Internet en 2009. «Comme [il] n'est contrôlé par aucun État ni aucune banque centrale, sa valeur repose sur l'offre et la demande ainsi que sur sa valeur d'échange avec les autres devises.» (LaSalle, 2014) Depuis, les implications de son avènement font beaucoup discuter les spécialistes, autant du domaine des sciences de l’économie (qui suivent de près son impact sur les marchés traditionnels) que de l’informatique (intéressés par les moyens disponibles pour la création de la monnaie et ses propriétés cryptographiques). À l’origine, cette devise était vouée à une utilisation plus modeste, soit un moyen d’échange entre internautes voulant effectuer des transactions garantissant l’anonymat. Cette clandestinité a d’ailleurs attiré l’intérêt des autorités policières à travers le monde, investiguant des activités criminelles en lien avec l’échange de bitcoins.

Sources

Beaudoin, Charles, «Les économistes un brin sceptiques», La Tribune, 3 février 2014, p. 4.

LaSalle, Martin,  «Le bitcoin est l’emblème le plus connu des monnaies cryptées», UdeM Nouvelles, 20 janvier 2014.

Montet, Virginie, «Le bitcoin reçoit l'aval des autorités américaines», La presse, 20 novembre 2014.

New, Jake, «Bitcoin tuition payments: Revolution or PR stunt?», eCampus News, 4 février 2014.

Parr, Chris, «Bitcoin to be accepted by university for fee payment», Times Higher Education, 21 janvier 2014.

University of Cumbria, UoC becomes the first public university in the world to accept Bitcoin for payment of fees (press release), 21 janvier 2014.

University of Nicosia, University of Nicosia in Cyprus to be the First University in the World to Accept Bitcoin; Offers Master’s Degree in Digital Currency (communiqué de presse), 21 novembre 2013.

Wells, Carrie, «Hopkins researchers are creating an alternative to Bitcoin», Baltimore Sun, 1er février 2014.


Le design thinking pour former des généralistes de l’innovation

Afin de former leurs étudiantes et étudiants à l’innovation, les écoles de gestion françaises éprouvent ces dernières années un véritable engouement pour le design thinking (expression non traduite, mais que l’on retrouve parfois sous «pensée créatrice», «pensée design», «réflexion sur le design»). En effet, «[t]héorisé dans la Silicon Valley au milieu des années 2000, le design thinking, en vogue dans les écoles hexagonales, mise sur une approche académique transdisciplinaire mêlant sciences humaines et sociales, sciences et technologie.» (Peltier, 2013, emphase dans le texte original)

Des précurseurs dans ce créneau sont la Design School de Stanford, l’Ecal de Lausanne et l’Université Aalto en Finlande. Ajoutons que Coursera (avec l’Université de Virginie) et Stanford ont offert des MOOC sur ce thème, tandis que la Open University britannique en offrira un l’automne prochain.

En France, mentionnons la création de la Paris Est D-School, en partenariat avec la Stanford Design School, le programme I.D.E.A. (M. Sc. en innovation, design, entrepreneurship et arts) né d’une collaboration entre EM Lyon et Centrale Lyon, dont on vante la pédagogie «innovante», «expérimentale» et «transversale», inspirée du design. L’Université «Cergy Pontoise [qui] abrite [...] un "Fac Lab", variante des Fab Lab qui bourgeonnent dans le monde». Les entreprises sont très intéressées par ce type de formation. Dominique Perèz, d’Educpros (2014), mentionne que le design thinking est une tendance montante en formation continue. Il souligne l’expertise d’Audencia Nantes dans ce domaine.

L’entrée Wikipédia anglophone sur le design thinking est très riche, même si elle est critiquée par les wikipédiens eux-mêmes. On remarque particulièrement les sections Design Thinking as a Process for Problem-Solving et Differences from Science and Humanities où l’on saisit mieux l’apport original du design à la réflexion universitaire. On fait même un lien avec la notion du praticien réflexif de Schön (1983).

Sources

Davidenkoff, Emmanuel, «L’école du futur passera par la pédagogie coopérative», Conseils de classe – L’express, 9 janvier 2014.

Gourdon, Jessica, «Idea School : l’interdisciplinarité comme remède au formatage des élèves des grandes écoles», Educpros.fr, 28 février 2011.

Marchal, Aurélie, «Innovation : les atouts du design thinking», LesÉchos.fr, 17 juillet 2013.

Mathieu, Jean-Pascal, «Le Design Thinking ou l’art de provoquer des «catastrophes positives», Infopresse, 7 février 2013.

Peltier, Cécile, «Design thinking : Idea tisse sa toile parmi les entreprises», Educpros.fr, 18 octobre 2013.

Perèz, Dominique, «MOOC, FabLabs, design thinking… L’imagination au pouvoir en formation continue», Educpros.fr, 4 février 2014.

Perèz, Dominique, «Audencia : quand les étudiants rêvent leur école», Educpros.fr, 25 mars 2013.

Schmouker, Olivier, «À la découverte du design thinking», LesAffaires.com, 19 mai 2012.

Wikipédia, «Design Thinking» (en anglais seulement), dernière mise à jour : 30 janvier 2014 [consulté le 11 février 2014].

Perspectives SSF,  février 2014