Avec classe

Photo : UdeS

10 idées pour repenser l’évaluation en ligne des apprentissages

par Jean-Sébastien Dubé

Dans de précédentes rubriques «Avec classe», nous vous avons proposé notamment de mieux s’outiller pour évaluer (janvier 2011) et de demander des travaux étudiants qui tiennent compte d’Internet pour contrer le plagiat (juin 2013). Néanmoins, lorsqu’il est question de formation en ligne, l’évaluation des apprentissages demeure l’une des interrogations principales des enseignantes et enseignants.

Bernard Bull est vice-recteur adjoint aux études, à la formation continue et à la formation à distance de l’Université Concordia au Wisconsin, où il occupe également les fonctions de professeur associé en éducation et de directeur de la maîtrise en technologie et design éducatifs. Dans le bulletin Faculty Focus, il explique en quoi le nouvel environnement numérique d’enseignement à distance lui apparaît comme un terrain d’expérimentation qui permet de revisiter les méthodes d’évaluation afin de favoriser l’apprentissage et la motivation des étudiantes et étudiants.

Avec ces objectifs en tête, il émet les suggestions suivantes.

  1. Mettre l’accent sur l’évaluation formative : de la rétroaction par autoévaluation, par les pairs, de manière informelle par l’enseignant, par des gens de l’externe ou automatisée, afin de permettre aux étudiantes et étudiants de raffiner la qualité de leur travail plutôt que d’accumuler des points.
  2. Rendre l’évaluation authentique : développer des formes d’évaluation où les étudiants produisent quelque chose qu’ils pourront utiliser du contexte du cours (sur Internet, dans leurs futurs emplois, en service à la communauté, etc.) ou qui offrent des apprentissages faciles à transférer dans le monde réel.
  3. Éviter d’utiliser l’évaluation pour réprimander : l’évaluation devrait être une mesure de ce que les étudiants ont appris ou non. Retirer des points pour les retards ou pour des comportements que l’on souhaite décourager envoie un message contradictoire.
  4. Envisager l’utilisation d’une alternative au traditionnel système de lettres : afin d’offrir une rétroaction plus détaillée aux étudiantes et étudiants, utiliser un système parallèle tels des badges, des textes narratifs, une série de rubriques, etc.
  5. Concevoir l’évaluation en offrant des choix : considérant que les étudiantes et étudiants choisissent déjà d’effectuer ou non certaines activités pédagogiques (lectures, etc.), pourquoi ne pas leur offrir différentes options dans la manière de mesurer leurs apprentissages? Ils seront à même de choisir dans quelles productions ils souhaitent s’investir et quels apprentissages ils veulent approfondir. Ce contrôle accru augmentera leur motivation, sans empêcher que certaines tâches ne demeurent obligatoires.
  6. Jouer avec le vocabulaire de l’évaluation : utiliser des termes associés à la discipline ou au milieu de pratique pour rendre l’évaluation plus authentique et ludique. Au lieu de parler de tests et d’examens en marketing, par exemple, on utilisera «contrat», pitch, etc.
  7. Ne pas laisser l’outil informatique concevoir son cours à sa place : pour plus d’originalité, développer d’abord son plan d’évaluation hors de l’environnement numérique d’apprentissage. Ces systèmes offrent parfois des modes d’évaluation très classiques (questionnaires à choix multiples, vrai ou faux, etc.) et la tentation de s’y limiter devient forte.
  8. Repenser la dichotomie enseignant/étudiant : dans un environnement numérique où l’information est abondante, les rôles sont redéfinis. Considérer les étudiants comme des «coapprenants» (terme attribué à Howard Rheingold) amène à voir l’évaluation comme un véritable outil d’apprentissage.
  9. Tendre vers une conception pédagogique qui promeut une culture de l’apprentissage plutôt qu’une culture de la rémunération : rendre l’apprentissage significatif pour les étudiants de manière à ce qu’ils cherchent à apprendre et à se dépasser, non à obtenir une note. Une façon d’y parvenir est de faire de sa classe une «communauté d’objectif» qui cherche à répondre collectivement à une grande question sous forme de «pourquoi». Lorsque les étudiantes et étudiants se sentent partie prenante de l’atteinte de cet objectif commun, ils ne voient plus les activités pédagogiques comme des jalons d’un «simple cours».
  10. Laisser de la place à de la rétroaction et à de l’évaluation proposées par les étudiants : puisqu’à terme on veut que les étudiantes et étudiants puissent obtenir de la rétroaction collaborative dans leur futur environnement de travail, encourager tout de suite ceux-ci à aller chercher le regard des autres où ils le souhaitent; en bloguant ou en déposant leurs travaux en ligne, par exemple.

Sources

Pour en savoir plus

Audet, Lucie, Les pratiques et défis de l’évaluation en ligne, Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada (REFAD), mars 2011, 108 p.

Kelly, Rob (éd.), Assessing Online Learning: Strategies, Challenges and Opportunities, Faculty Focus Special Report, Magna Publications, 21 p. [consulté le 7 février 2014].

Perspectives SSF,  février 2014