Pensons l’éducation 

par Jean-Sébastien Dubé

Responsable - Pensons l’éducation est un projet personnel du professeur Mathieu Gagnon, du Département d’enseignement préscolaire et primaire. Nous nous sommes entretenu avec ce spécialiste de la philosophie pour enfants qui se présente d’emblée comme un amateur de la radio et un grand consommateur de balados.

Objectif - Comme d’autres personnes interrogées pour cet article, le professeur Gagnon considère qu’il manque de lieux pour discuter et réfléchir au-delà des plages de sept minutes ou moins disponibles dans les médias. Alors qu’il cherche à transférer des connaissances à un plus large public, sa baladodiffusion se veut un espace convivial pour penser, explorer, aller en profondeur et entrer en interaction avec ses interlocuteurs et interlocutrices.  

Public-cible - Compte tenu de la portée sociale des enjeux d’éducation, l’auditoire auquel s’adresse Mathieu Gagnon n’est pas composé uniquement de chercheures et de chercheurs, mais aussi d’enseignantes, d’enseignants, ainsi que de parents intéressés par de telles questions. Par exemple, celle de la motivation scolaire.

Pr Mathieu Gagnon

Intérêt pour l’enseignement - Au départ, l’intention du professeur Gagnon n’était pas de développer des contenus de cours ou des outils pour la formation, mais surtout de mettre en valeur des personnes dont la pensée permet de réfléchir aux enjeux éducatifs actuels. Il voit cependant l’utilisation de sa baladodiffusion en enseignement comme une retombée intéressante et inattendue. Alors qu’il invite les étudiantes et étudiants des cours du microprogramme en enseignement par la philosophie pour enfants à consulter les fichiers, il constate qu’il s’agit d’une belle forme de vulgarisation, où des échanges informels sont présentés de manière conviviale et relaxe. Dans les faits, de tels balados deviennent d’excellentes ressources pour les personnes étudiantes. Habitué à la rebondir sur les propos des membres d’une communauté de réflexion en philosophie pour enfants, Mathieu Gagnon se sent très à l’aise de développer des questions au fur et à mesure de ses entretiens avec ses invités.

Rétroaction obtenue - Le professeur Gagnon explique que sa baladodiffusion totalise déjà plus de 1000 écoutes pour les trois premiers épisodes, notamment en Suisse et en Belgique où des enseignants de sa connaissance demandent à leurs étudiantes et étudiants d’écouter les fichiers. Mathieu Gagnon nous explique avoir commencé par produire des épisodes sur des thématiques touchant son champ d’expertise (la philosophie pour enfants). Il souhaite désormais élargir son auditoire en abordant de nouvelles thématiques (ex : la motivation). Il se sert des commentaires qu’il reçoit pour améliorer le format de sa baladodiffusion qui continue à bouger.

Objectifs atteints? Même s’il n’avait pas d’objectifs à priori, le professeur Gagnon réalise qu’un chercheur obtient une plus grande portée avec la baladodiffusion que par des écrits scientifiques. Il a le sentiment d’offrir une grande liberté à son auditoire, alors que l’avantage majeur de la baladodiffusion est que les auditrices et auditeurs ne sont pas captifs visuellement. Il estime aussi que l’audio permet de mettre de l’avant le contenu au profit du contenant. Pour lui, une vidéo est plus formelle et nécessite une scénarisation plus lourde, de même qu’une réelle gestion de l’image pour parvenir à un produit de qualité.

Principal défi - Mathieu Gagnon évoque lui aussi l’importance des défis techniques qu’il a rencontrés : choisir le bon micro, gérer une unité centrale de traitement qui surchauffe, installer un bouclier d’isolation, tenir compte de la réverbération dans son bureau, comprendre l’interface de certains logiciels…

Il s’agit évidemment d’un travail chronophage, mais il prend plaisir à tout faire de A à Z: lire des textes proposés par ses invités qui serviront de point d’ancrage, bâtir des canevas d’entrevue, établir avec eux l’angle de l’entrevue (oui, c’est l’interlocuteur ou l'interlocutrice qui choisit cet angle en fonction de ses intérêts propres). Une fois l’entrevue captée, le montage représente une défi supplémentaire alors que le professeur Gagnon cherche à trouver un équilibre entre son désir de faire connaître la pensée de ses invitées et invités et les habitudes d’écoute des auditoires actuels. C’est également lui qui compose les intermèdes musicaux (pas plus de 30 secondes chacun) qui cadrent avec ce qui vient d’être dit. Il mentionne enfin la difficulté de faire la promotion de son balado. Bien qu’il apprécie visiblement ce labeur solitaire, on sent qu’il aimerait parfois être soutenu dans son projet par des coéquipiers et coéquipières.

Principale fierté - Pour Mathieu Gagnon, ce projet comporte sa motivation intrinsèque : le plaisir de faire valoir les autres, de mettre en scène des gens qu’il admire. Il s’estime content de présenter divers enjeux en éducation d’une façon un peu originale. On l’a mentionné, il apprécie aussi le caractère multitâche de la réalisation d’une baladodiffusion. Il souhaite d’ailleurs se monter un petit studio portatif et profiter de sa sabbatique l’an prochain pour se rendre dans certains colloques et enregistrer des entretiens avec des conférenciers et conférencières qui captent son attention.