apprentissage mobile (ou nomade ?)

Surprise au fil de nos pérégrinations sur la Toile, cette phrase du rapport Modalités et espaces nouveaux pour l'enseignement des langues, de l’ancienne Inspection générale de l’éducation nationale (IGEN) française, en novembre 2009 : « Le terme baladodiffusion est parfois employé de manière générique pour désigner tout usage pédagogique nomade » (emphase dans le document original)Ici un usage pédagogique « nomade » est défini comme« permettant de s’entraîner en dehors du cadre de la salle de classe et de l’établissement scolaire et d’emporter avec soi les moyens et supports de l’apprentissage au cours de ses déplacements personnels. Les documents peuvent alors être travaillés (écoutés) dans tout contexte personnel : dans sa chambre, dans le métro, dans l’autobus, durant les vacances et temps libres ».

D’une part, on conviendra aisément qu’il existe désormais plusieurs façons d’apprendre en contexte de mobilité, en plus de la baladodiffusion. On a qu’à penser à la réalité augmentée ou à des plateformes géolocalisées comme Trajectus

D’autre part, l’Office québécois de la langue française (OQLF) privilégie déjà depuis 2006 l’expression « apprentissage mobile » pour remplacer les notions anglophones de mobile learning ou de« m-learning »Pour l’OQLF, il s’agit simplement d’un « [m]ode d'apprentissage basé sur l'accès à une ressource de formation à partir d'un terminal mobile ». Toutefois, depuis 2017, la banque de données TERMIUM Plus du Bureau de la traduction du gouvernement fédéral distingue ainsi l’apprentissage mobile des autres formes d’apprentissage à distance :

L'apprentissage mobile est un moyen moderne de compléter le processus d'apprentissage grâce à des appareils mobiles, tels que les ordinateurs de poche, [les] tablettes numériques, [les] baladeurs MP3, [les] téléphones intelligents et [les] portables. Personnel, portable, collaboratif, interactif, adapté au lieu et au contexte, l'apprentissage mobile a des qualités spécifiques qui le distinguent de l'apprentissage à distance classique. Il privilégie « l'apprentissage juste à temps » et une transmission des connaissances qui peut être effectuée en tout lieu et à tout moment.

Bien que l’expression « apprentissage nomade » semble fort peu usitée chez nous, on notera qu’en 2020 l’OQLF a introduit les expressions « nomadisme numérique » (« [m]ode de vie caractérisé par l'utilisation presque exclusive d'appareils mobiles, plutôt que d'appareils fixes, pour le travail et les loisirs, permettant à une personne de rester connectée lors de ses déplacements ») et « travailleur nomade » (« [p]ersonne qui exerce une activité professionnelle à partir d'un appareil mobile, et dont le lieu de travail n'est pas fixe ») pour remplacer le concept anglophone de « digital nomad », parfois traduit de façon erronée par « nomade digital ».

Si le travail et les loisirs deviennent nomades, l’apprentissage restera-t-il mobile ou deviendra-t-il, lui aussi, nomade?


Sources

Bureau de la traduction, « Apprentissage mobile » (Fiche 1, 6 juillet 2017), TERMIUM Plus, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2020 [page consultée le 30 novembre 2020]

Office québécois de la langue française, « Apprentissage mobile », Grand dictionnaire terminologique, 2006 [page consultée le 30 novembre 2020]

Office québécois de la langue française, « Nomadisme numérique », Grand dictionnaire terminologique, 2020 [page consultée le 30 novembre 2020]

Office québécois de la langue française, « Travailleur nomade », Grand dictionnaire terminologique, 2020 [page consultée le 30 novembre 2020]

Ministère de l’éducation, de la jeunesse et du sport, « Baladodiffusion et enseignement – De quoi parle-t-on? », Eduscol, France, dossier archivé le 15 octobre 2012 [page consultée le 30 novembre 2020]