Avec classe
Comment médiatiser son contenu pédagogique

Médiatisez, « s’il vous play »!

par Daniel Genest

Vous venez d’expédier un courriel à vos étudiantes et étudiants les invitant à accéder à votre capsule de formation. C’est un moment important pour vous, car c’est votre première production! Vous vous demandez s’ils vont apprécier... Comprendront-ils ce que vous leur démontrez? En cette ère du numérique, vous vous sentez un peu comme si veniez de lancer une fusée dans l’espace! Saura-t-elle arriver à bon port?

Médiatiser ne serait-ce qu’une partie de son cours est en passe de devenir une seconde nature chez plusieurs enseignantes et enseignants. Peu importe le support média que l’on choisit, le défi demeure le même : comment savoir si ce que j’ai produit est pédagogiquement efficace? C’est ce que nous allons aborder dans cet article.

Pourquoi médiatiser son contenu pédagogique?

Lorsqu’on utilise un médium pour véhiculer sa pensée, on le fait d’abord pour rejoindre un auditoire. On espère que celui-ci pourra suivre le fil de notre pensée et retenir l’essentiel de notre propos.

Quand on désire médiatiser son contenu de cours, on le fait donc pour que nos étudiantes et étudiants comprennent notre message pédagogique, qu’ils se l’approprient et ce, en notre absence. Ça pourrait être le cas lorsqu’on vous désirez…

  • rejoindre à distance nos étudiantes et étudiants qui ne peuvent se présenter en classe;
  • différer l’acquisition de connaissances dans le temps et l’espace;
  • permettre à une partie du groupe d’obtenir des instructions pendant que l’on passe du temps avec l’autre partie du groupe;
  • etc.

Que vous optiez pour la vidéo, l’audio, le texte ou un amalgame de tout cela, votre message doit avant tout réussir à se frayer un chemin jusqu’à la conscience de vos étudiantes et étudiants.

Des règles à respecter en lien avec nos caractéristiques cognitives

Lorsque vient le temps d’acquérir une nouvelle connaissance, et donc de passer en mode apprentissage, nous, homo sapiens, partageons plusieurs caractéristiques cognitives. Nous avons, en outre, une mémoire limitée pour traiter de nouvelles informations, nous nous laissons distraire par ce qui attire notre regard et nous aimons mettre à l’essai ce qui nous est proposé. Ces caractéristiques humaines deviennent autant de règles à suivre lorsque vous planifiez la médiatisation de votre contenu de cours. En tenir compte vous fera gagner en efficacité.

Règle no 1 : concentrer l’attention sur l’essentiel du message pédagogique

Avant de vous lancer en production d’une capsule vidéo, d’un balado ou d’une présentation PowerPoint, demandez-vous ce que vous voulez que les apprenantes et apprenants retiennent? Quelle information sera cruciale, incontournable? Par conséquent, quelles seraient les informations intéressantes mais non essentielles, celles que vous devriez décider, même si cela s’avère parfois déchirant, de retirer de votre message?

Nous avons une mémoire de travail qui ne nous permet de traiter qu’un certain nombre de nouvelles informations à la fois. Des chercheurs neuropsychologues parlent de 7 plus ou moins 2 nouvelles informations à la fois, alors que d’autres parlent plutôt de 4 plus ou moins 1 nouvelles informations.  Ce qu’il faut retenir ici, c’est que nous avons peu d’espace mémoire pour jongler avec la nouveauté. Faites donc en sorte, surtout si vous vous adressez à un public néophyte, de vous en tenir à l’essentiel. En vous concentrant sur l’essentiel de votre message, vos étudiantes et étudiants feront de même.

Règle no 2 : éliminer les éléments distrayants / hors sujet

Évitez autant que possible les mises en pages complexes, les décors clinquants ou les effets visuels et sonores dernier cri. Tous ces ajouts, si beaux soient-ils, ne feront que distraire vos étudiantes et étudiants du message pédagogique que vous leur livrez. Chaque détail superflu que vous retranchez facilite un peu plus l’apprentissage de ceux et celles à qui vous vous adressez. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille négliger le contenant ou l’enrobage dans lequel vous versez votre contenu. Assurez-vous que tout concourt à soutenir votre message plutôt qu’à les en distraire.

Règle no 3 : favoriser l’assimilation du contenu

Devant tout nouveau discours, nous avons la possibilité – certains diront que nous avons surtout le choix –, d’interagir ou non avec l’information qui nous est présentée. Cette information, pour qu’elle devienne une nouvelle connaissance, doit nous permettre de la soupeser, de la mettre à l’épreuve à partir de nos connaissances et de nos expériences passées.

Prévoyez inclure dans votre message un exemple représentatif de la connaissance que vous souhaitez transmettre. Proposez un exemple qui soit signifiant pour la majorité de vos étudiantes et étudiants. Encore mieux : débutez votre message par cet exemple. Enchainez avec une ou deux questions qui annoncent, du même coup, les cibles d’apprentissage que vous visez. Si votre sujet le permet, utilisez la métaphore. L’image mentale devient ainsi un canevas qui soutient le propos. Tout cela met la table pour que les apprenantes et apprenants assimilent votre contenu pédagogique et le transforment en connaissance.

Médiatiser : un regard sur soi?

Médiatiser son contenu peut devenir une bonne opportunité pour examiner son discours dans son enseignement. La capsule vidéo, audio ou multimédia que vous avez produite devient un miroir dans lequel vous apercevez les failles dans vos pratiques pédagogiques, tant médiatisées qu’en présence.  

Vous pouvez même piloter cet effet miroir. Demandez à quelques étudiantes ou étudiants de vous transmettre leur appréciation. Vérifiez quel message central ils retiennent. Y a-t-il des éléments qu’ils jugent non essentiels, voire distrayants? Se sont-ils sentis interpellés par vos propos? Ont-ils pu imaginer une situation personnelle en lien avec ce que vous avez présenté? Leurs réponses constituent les adjuvants de votre prochain message pédagogique médiatisé.


Références

Mayer, R.E., Applying the science of learning, Pearson education Inc., Boston, USA, (2011), 134 p.

Grandmontagne, Y., La loi de Miller et votre capacité limitée de mémorisation, 7 + ou – 2, IT Social, 2 mars 2018.