Avec classe

Aider les étudiants à « faire leur juste part » dans un travail d’équipe

par Catherine Vallières

La capacité de travailler en collaboration avec d’autres personnes constitue l’une des compétences professionnelles les plus recherchées. Peu importe le domaine, les travaux d’équipe sont vus comme une occasion privilégiée de développer celle-ci. Or, la « paresse sociale » (également qualifiée de social loafing ou de free riding) – soit le fait pour un équipier de se fier sur les efforts des autres pour mener à bien le travail demandé – demeure un enjeu pour ce type d’activité pédagogique. Il s’agit d’une inquiétude fortement ancrée, tant chez les étudiants qui craignent de devoir compenser pour le manque de travail de certains que chez l’enseignant appelé à attribuer des notes individuelles.

On pourrait penser que de tels comportements sont le lot d’étudiantes et d’étudiants paresseux ou profiteurs. Il semble que ce ne soit pas toujours le cas et que plusieurs de ces étudiants agissent de bonne foi en croyant, au contraire, contribuer à leur façon au travail de groupe. Pour certains, ce désengagement pourrait témoigner d’une certaine anxiété liée à la perception d’être moins compétent, intelligent ou doué que ses coéquipiers, et donc de ne pas être en mesure de contribuer correctement. On trouve également le phénomène inverse, celui d’équipiers que Pieterse et Thompson qualifient de diligent isolates – des étudiants plus individualistes ayant tendance à exclure des coéquipiers jugés plus faibles afin de prendre à leur charge l’ensemble du travail.

Le désengagement pourrait témoigner d’une certaine anxiété liée à la perception d’être moins compétent, intelligent ou doué que ses coéquipiers, et donc de ne pas être en mesure de contribuer correctement

Vu sous cet angle, il ne suffira donc pas d’en appeler au sens de l’intégrité des étudiantes et étudiants pour contrer le problème. Orlando, Weimer et Synott suggèrent plusieurs conseils pratiques pour outiller les étudiants afin qu’ils puissent contribuer adéquatement au travail de leur équipe.

1. Assigner soi-même les équipes

En milieu professionnel, les équipes se forment rarement de façon spontanée. Un regroupement en fonction des plages de disponibilité des équipiers peut s’avérer une bonne façon de s’assurer de la présence des membres aux moments-clés du travail.

2. Réduire la taille des équipes

Il est plus facile de passer sous le radar dans une équipe élargie que dans une équipe de taille réduite. Les experts recommandent des équipes de trois ou quatre personnes pour minimiser le risque que l’un des équipiers ne passe inaperçu.

3. Recourir à l’évaluation par les pairs

L’enseignant obtient ainsi des données difficiles à obtenir par ailleurs, soit celles relatives à la contribution individuelle de chaque équipier au travail de groupe. Des évaluations régulières de la contribution de chacun, basées sur des critères explicites et doublées d’une rétroaction, pourraient en outre aider les étudiants eux-mêmes à mieux évaluer leur propre contribution, en plus d’éviter des frustrations qui pourraient demeurer latentes et s’amplifier avec le temps. À l’Université de Sherbrooke, la matrice PME (Plus, Moins, Égal) développée à la Faculté de génie et utilisée dans plusieurs facultés répond précisément à ce besoin et permet à chaque équipier de se prononcer sur la contribution individuelle de ses collègues.

4. S’assurer que les étudiants partagent une même conception du travail d’équipe

Des attentes irréalistes face aux résultats escomptés ou des craintes liées à de mauvaises expériences antérieures peuvent aisément amener des étudiants à se désengager en cours de route. De même, un rappel des différentes formes de contribution ainsi qu’un consensus autour d’un plan de travail précis peuvent s’avérer utiles pour éviter que certaines conceptions (par exemple celle de la tâche réalisée tout-en-commun et celle de la fragmentation de la tâche) ne se heurtent.

Au-delà de tous ces mécanismes, la question de la formation des étudiants au travail d’équipe demeure fondamentale. Une équipe dysfonctionnelle ne permettra pas à ses membres d’apprendre comment optimiser la collaboration, bien au contraire. Il s’avère donc important de prévoir des moyens permettant de s’assurer que tous les équipiers sont suffisamment outillés.

Pour ce faire, l’enseignant peut…

  • proposer une structure et des consignes pour que le travail soit productif;
  • déterminer des attentes précises (nombre de rencontres et résultats de chacune);
  • déterminer un échéancier;
  • présenter les outils technologiques à privilégier (outils Moodle, Skype, GoogleDocs ou autres);
  • prévoir un responsable du groupe chargé d’organiser les travaux.

L’importance des encouragements prodigués par l’enseignant – et par les coéquipiers! – mérite également d’être rappelée.

Références

Lévesque, Hélène (2013), Trousse de survie au travail d’équipe – Outil pour prévenir et résoudre les conflits qui surgissent lors d’un travail d’équipe, Cégep de Sainte-Foy, Service du développement pédagogique et institutionnel, 22 p.

Orlando, John (2017), « Tips for Adressing Social Loafing in Group Projects », Faculty Focus, 6 octobre 2017.

Pieterse, Vreda et Lisa Thompson (2010), « Academic alignment to reduce the presence of ‘social loafers’ and ‘diligent isolates’ in student teams », Teaching in Higher Education, vol. 15, no 4, p. 355-367.

Service de soutien à la formation (2011), « Le travail d’équipe : s’intéresser au processus », Perspectives SSF, avril 2011.

Synott, C. Kevin (2016), « Guides to Reducing Social Loafing in Group Projects; Faculty Development », Journal of Higher Education Management, vol. 31, no1, p. 211-221.

Weimer, Maryellen (2017), « When Others in the Group Seem Smarter Than You », Faculty Focus, 10 février 2017.

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