À propos

L’enfer sans les autres?

Le bulletin que vous lisez n’aurait pu vous parvenir sans les efforts de nombreuses personnes aux talents multiples. Des conseillers pédagogiques qui ont réfléchi aux travaux d’équipe puis rédigé des articles stimulants (Avec classe, Données probantes en éducation), des technopédagogues qui démystifient pour nous les outils numériques (Pratico-praTIC, Fin mot), des professeurs qui acceptent de répondre à nos questions pour partager leurs expériences (Table ronde, Ça se passe chez nous), des techniciens en audiovisuel qui filment et montent un Débat de l’À propos provocant, le caricaturiste et sa vive imagination, la réviseure à l’œil de lynx qui corrige et met en ligne nos articles, etc.

La vie professionnelle moderne peut difficilement se concevoir sans la mise en commun d’idées, d’hypothèses et de solutions. Impossible de s’attaquer à des projets d’envergure sans répartition des tâches à accomplir, prises de rendez-vous, coups de main, ajustements… Difficile d’avancer sans cette interdépendance.

Alors pourquoi revenir sur le travail en équipe? En cette ère de communication et de réseaux, ne va-t-il pas de soi?

Pourquoi demander à nos étudiants des travaux d’équipe sinon pour leur apprendre à collaborer? Comment faire apprendre à collaborer si nos programmes n’offrent pas le temps ou l’espace pour enseigner cette collaboration, pour l’accompagner? Comment savoir si cet apprentissage a été réalisé si on n’évalue que la production finale sans tenir compte du processus qui la rend possible? Comment certifier les apprentissages individuels dans des travaux réalisés en équipe? Comment concilier développement personnel et participation à une tâche collective?

Sommes-nous comme enseignants des modèles de collaboration? Quand nos étudiants nous voient-ils travailler ensemble, rédiger un article, développer un cours? Que penser de cette observation du sociologue Philippe Perrenoud, de l’Université de Genève :

« … Si les enseignants, même ceux qui sont attirés par le travail en équipe, se retirent aussi facilement sous leur tente au moindre orage, c’est parce qu’ils n’ont pas les savoir-faire et les représentations qui leur permettraient d’anticiper les moments difficiles, de ne pas chercher un bouc émissaire, de ne pas se décourager prématurément, de ne pas se sentir intimement mis en cause par le moindre désaccord, de ne pas se sentir fondamentalement menacés dès qu’on touche à leurs zones d’incertitudes. » (Travailler en équipe pédagogique, c’est partager sa part de folie, 1994)

Enfin, sommes-nous prêts à développer une nouvelle interdépendance avec des collaborateurs potentiels qui nous entourent au quotidien, mais que nous sollicitons rarement? Sommes-nous prêts à collaborer avec nos étudiants pour devenir coapprenants, alors même qu’ils deviennent coenseignants de leurs cours? Quels savoirs peuvent-ils nous apporter? Quelles tâches sommes-nous prêts à partager avec eux?

Jean-Sébastien Dubé, coordonnateur
Veille et gestion des connaissances
Service de soutien à la formation

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