Le SSF veille

Les Z et l’utilisation d’Internet

par Sonia Morin

En général, on s’entend pour dire que la génération Z est composée de personnes nées après 1995. Ces jeunes connaissent Internet depuis leur naissance, ce qui, selon plusieurs auteurs, fait en sorte qu’ils ont un rapport à l’information et à la paternité de l’information différent de celui des générations précédentes. En effet,

« “Now we have a whole generation of students who’ve grown up with information that just seems to be hanging out there in cyberspace and doesn’t seem to have an author,” said Teresa Fishman, director of the Center for Academic Integrity at Clemson University. “It’s possible to believe this information is just out there for anyone to take.” »

Internet pourrait être en train de changer le concept de paternité. Ne retrouve-t-on pas souvent des blogues sur lesquels il est impossible d’identifier le ou les auteurs? Des photos sans attribution de la source? Comme si la provenance du texte ou de l’image importait beaucoup moins que de la partager. Le partage et la collaboration sont des valeurs importantes pour la génération Z. Selon Susan D. Blum, « Today’s students stand at the crossroads of a new way of conceiving texts and the people who create them and who quote them. »

Il n’y a pas que le concept de paternité qui est remis en question. Celui de l’originalité l’est tout autant. Toujours selon Blum,

« If you are not so worried about presenting yourself as absolutely unique, then it’s O.K. if you say other people’s words, it’s O.K. if you say things you don’t believe, it’s O.K. if you write papers you couldn’t care less about because they accomplish the task, which is turning something in and getting a grade. […] And it’s O.K. if you put words out there without getting any credit. »

Internet pourrait être en train de changer le concept de paternité

La quantité phénoménale d’information disponible sur Internet (4,73 millions de pages en date du 13 novembre 2015) a fait naître une grande préoccupation quant aux compétences à développer pour réussir sa vie professionnelle. Sylvie Oscher en a répertorié 3 principales.

Développer l’esprit critique

« Comme le préconise Edgar Morin, dans « Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur », il est nécessaire d’enseigner aux élèves la capacité à donner du sens aux flots d’informations disponibles. Ces têtes en surchauffe ont en effet bien souvent du mal à faire le tri entre l’accessoire et l’essentiel. Il devient primordial de développer chez les élèves de la génération Z leurs capacités à rechercher l’information pertinente et de savoir l’analyser, et donc de favoriser leur pensée critique. Il faut ainsi les inciter à poursuivre leurs recherches au-delà de la première page de lien trouvée sur Internet, et ne pas prendre pour argent comptant toutes les informations transmises sur les réseaux sociaux. »

C’est également l’avis de Kate Hammer.

« Et grâce à l’omniprésence d’Internet, d’ici à ce que les étudiants de la génération Z intègrent le marché du travail, les connaissances importeront moins que jamais, beaucoup moins que la recherche, l’analyse et la déduction. En d’autres termes, les connaissances compteront moins que les renseignements qu’ils seront capables de trouver et l’usage qu’ils en feront. »

C’est pourquoi le développement des compétences informationnelles est devenu urgent et doit faire partie intégrante de tous les cours et pas seulement l’objet d’une formation ad hoc et extérieure au programme.

Savoir structurer l’information

« Pour être mieux à même de mesurer la portée d’une information, il faut être capable de faire des liens comme sur Internet. Pour Joël de Rosnay, scientifique et prospectiviste, " il faut intégrer les données dans les informations, les informations dans les savoirs et les savoirs dans la connaissance, afin que les informations premières se transforment en un ensemble, cohérent, porteur de sens, et permettent d’éviter l’info-pollution. Sinon, la révolution de l’information ne sert à rien". »

Favoriser la résolution des problèmes

« Il est bien plus nécessaire aujourd’hui de savoir poser un problème que de le résoudre, puisque les machines savent le faire. Les élèves devront être capables de résoudre des situations « problèmes » en exploitant des données mises à disposition et de mettre en relation et en relief les savoirs entre eux. Cette capacité sera sans nul doute le critère premier de recrutement dans les entreprises de demain. »

PedagoGeeks tient exactement le même discours.

« En effet, l’accès généralisé à l’information rend curieux pour ces générations le fait d’apprendre par cœur des choses qu’ils trouveront très rapidement et facilement en ligne. Cependant, l’information étant disponible en très grande quantité il devient primordial de développer chez ces jeunes leurs capacités de rechercher l’information pertinente et de savoir l’analyser. De même qu’il ne s’agit plus de mémoriser linéairement et systématiquement les informations, il devient très important d’être en capacité de résoudre des situations problèmes en exploitant des données mises à disposition et de mettre en relation et en relief les savoirs entre eux. »

On en arrive à une conclusion partagée par toutes les sources consultées : la résolution de problèmes sera l’une des premières compétences recherchées par les employeurs.

Offrir des programmes intégrant la résolution de problèmes devrait séduire les jeunes de la génération Z puisque la résolution de problèmes exige un travail d’équipe, une intelligence collective, de la créativité et une volonté de faire advenir un monde meilleur, toutes des valeurs de la génération Z.

Sources

Trip, Gabriel, « Plagiarism Lines Blur for Students in Digital Age », New York Times, 1er août 2010.

Proxima Centauri, Génération Z : Portrait d’une génération (blogue sur la communication et les ressources humaines), 23 février 2015.

Hammer, Kate, « Éduquer la génération Z », Innovation.ca, 25 août 2015.

PedagoGeeks, Enseigner différemment à la génération Z : les digital natives (blogue), 31 août 2011.

Osché Sylvie, « Quelles compétences enseigner aux élèves de la génération Z? » , So-Réussite, 16 novembre 2014.

Perspectives SSF, décembre 2015