alliance pédagogique

(adaptation libre de Denis, 2020, avec la permission et le concours de l’auteure)

L’expression « alliance pédagogique » est apparue dans le contexte de programmes d’études supérieures de type recherche pour qualifier la relation d’encadrement à la recherche. Elle se veut une traduction de la définition que Halse et Malfroy (2010) ont donnée à learning alliance. Les auteures le soulignent, l’alliance pédagogique n’est pas sans rappeler l’alliance thérapeutique « entre un patient et un clinicien pour travailler ensemble au diagnostic de la maladie, à la poursuite d'une thérapie et à la guérison ». À ce titre, la personne doctorante, la personne assurant la direction de recherche et, possiblement, les personnes assurant la codirection (Denis, 2020) s’accordent sur des objectifs communs, c’est-à-dire une ou des productions scientifiques de niveau doctoral, et déterminent conjointement des tâches et des responsabilités morales.

« Le concept d'alliance pédagogique déplace le centre d'intérêt des individus que sont la personne étudiante et la personne superviseure à leur relation dyadique, et met en avant le rôle et les relations des multiples agents de la communauté universitaire impliqués dans la formation doctorale, dont les gestionnaires, les administrateurs et les services de soutien tels que la bibliothèque, les services informatiques, etc.[1] L'alliance pédagogique reconnaît que toutes les personnes participantes au processus doctoral s'apportent des ressources et ont des exigences les uns envers les autres, mais elle définit leur relation comme un effort de coopération avec des responsabilités et des obligations réciproques. » [Halse et Bansel, 2012; Traduit avec www.DeepL.com/Translator]

Contrairement à une alliance thérapeutique, l’alliance pédagogique implique une relation fondée sur un enjeu majeur accentué par la double posture – encadrement et évaluation – de la personne enseignante : Ultimement, c’est la personne enseignante qui jugera de la diplomation ou non d’une personne doctorante. Pour cette raison, l’alliance pédagogique ne peut pas être qualifiée d’égalitaire.

Si Halse et Bansel (2012) spécifient que l’alliance pédagogique constitue un contrat implicite, Denis (2020) est d’avis que des enjeux comme la persévérance et la diplomation aux cycles supérieurs justifient l’explicitation de ce contrat, ainsi que la réflexion autour d’un système d’arbitrage en cas de difficulté lors des évaluations. En précisant les éléments du contrat, la compréhension des responsabilités et des rôles respectifs peut être discutée et facilitée tant du côté de la personne assurant la direction de recherche que de la personne doctorante.

À ce sujet, il est possible de consulter les écrits de la professeure Christine Halse et de ses collègues (Halse et Bansel, 2012; Halse et Honey, 2005; Halse et Malfroy, 2010).

De l’avis de Denis, le concept d’alliance pédagogique en contexte d’encadrement au doctorat pourrait être étendu à d’autres relations pédagogiques, selon « la nature de la relation et la durée des projets » alors que « le processus itératif modifie la nature de l’alliance pédagogique ». On peut penser qu’une alliance pédagogique sera plus solide et plus significative lors de projets ou de travaux de longue haleine ou lorsqu’une personne étudiante et une personne enseignante se côtoient au cours de plusieurs activités pédagogiques.

Dans le contexte de la formation initiale à l’université, les objectifs communs sur lesquels s’entendront les personnes étudiantes et enseignantes seront les productions qui témoigneront des apprentissages effectués. À terme, la personne enseignante jugera de la réussite ou non d’une ou de plusieurs activités pédagogiques, jugement qui sera compliqué par sa double posture d’enseignement et d’évaluation. Comme aux cycles supérieurs, on favorisera persévérance et réussite en rendant explicite ce « contrat » implicite qui lie personnes enseignantes et étudiantes. Préciser les responsabilités de chacun s’avérera aussi une bonne pratique, notamment pour parer à d’éventuelles situations délicates en cours de route.

L’alliance pédagogique peut ainsi se manifester dans divers documents qui visent à soutenir la formation et la relation professionnelle entre la personne étudiante, la personne enseignante ou la personne assurant la direction de recherche et toute autre personne impliquée dans le processus de formation : le plan de cours, le syllabus, les diverses formes d’ententes aux cycles supérieurs, dont le plan de formation.


[1] Mme Denis insiste : « l’idée est que l’alliance n’est plus uniquement un regroupement de deux personnes. Des alliés sont là pour venir soutenir l’alliance et, parfois, venir intervenir en cas de conflits. » (note de révision, 19 avril 2021)


Références

Denis, Constance, Pratiques d’encadrement à la recherche au doctorat en contexte francophone nord-américain : à la découverte de balises (thèse de doctorat), Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke, 2020, 269 p.

Halse, C. et P. Bansel (2012) The learning alliance: Ethics in doctoral supervision, Oxford Review of Education, 38(4):377-392

Halse, C. et A. Honey, (2005) Unravelling ethics: Illuminating the moral dilemmas of research ethics, Signs: Journal of Women in Culture and Society, 30(4), 2142-2161.

Halse, C. et J. Malfroy, (2010) Retheorising doctoral advising as 'professional work', Studies in Higher Education, 35(1), 79-92.