Le SSF veille

Externe? Vous avez dit «externe»?
La notion même de ce qu’est un examinateur externe est appelée à évoluer

Les universités exigent qu’un jury de thèse comprenne un examinateur externe afin d’obtenir, d’un expert totalement étranger au projet de recherche, un avis «neutre» sur le mérite de la thèse d’un étudiant. En fait, depuis les débuts de ce système, on comprend «externe» comme «externe à l’institution d’où provient la thèse à évaluer».

C’est le cas à l’Université de Sherbrooke. On peut lire dans le Règlement des études, à l’article 4.3.7.6 (Thèse), alinéa d) Évaluation : «L’évaluation de la thèse est faite par un jury d’au moins quatre membres : une personne associée à la direction ou à la codirection de la recherche et trois personnes nommées par la faculté dont une provenant de l’extérieur de l’Université.»

Cependant, un coup d’œil à la définition de External Examiner  du Analytic Quality Glossary  montre bien que ce caractère d’externalité couvre tout un spectre d’acceptions, allant du «senior academic from another institution […] an acknowledged specialist in the field» au «not a member of the University staff», en passant par «from outside the University».

On cite le Département de pharmacologie et toxicologie de l’Université de Toronto (2007) dont le règlement précise que la personne retenue doit être «…external to the University as well as to the teaching hospitals affiliated with the University and their research institutes. He or she should be a recognized expert on the subject of the thesis and, normally, will be an Associate or Full Professor at his or her home institution.» De plus :

«In nominating someone as the External Examiner/Appraiser for a thesis, the supervisor certifies to the Graduate Coordinator that the nominee has an arm’s-length relation both with the candidate and with the Supervisor. (Usually, this will exclude anyone who, in the past six years, (i) has been a departmental colleague of the candidate or of the Supervisor, (ii) has been a student or teacher of the candidate or Supervisor, or (iii) has collaborated on a research project with the candidate or Supervisor).»

Le 12 octobre 2010, dans Affaires Universitaires, Yves Laberge signait un article qui s’intitule «Est-ce que votre examinateur externe est vraiment "externe"?». Il se demande si le temps n’est pas venu de redéfinir le rôle et le statut de l’examinateur externe. Comme il le note :

«Avec l’avènement des réseaux, de l’Internet, des équipes de recherche conjointes dont les membres sont répartis dans divers établissements, au-delà des provinces et des frontières, les universités ont aboli les distances. Le recours aux démarches interdisciplinaires, la mondialisation, les échanges et les stages à l’étranger sont encouragés et bénéfiques; ce sont autant d’occasions de multiplier les partenariats outre-frontières. Parfois, un professeur d’une autre université à l’autre bout du pays peut être plus familier avec le sujet de recherche du candidat que n’importe quel professeur du même département, qui serait pourtant considéré à juste titre comme un «interne» sur un éventuel jury de thèse.»

L’article expose certaines situations qui ont cours aujourd’hui et qui soulèvent des questions troublantes. Il se termine par une prise de position très claire :

«Il n’en reste pas moins que, peu importe sa compétence, un chercheur œuvrant sur le même projet de recherche dans un autre établissement ne devrait en aucun cas être considéré comme un «examinateur externe» pour la thèse d’un collègue faisant partie de la même équipe. Afin d’assurer la validité d’une thèse et la valeur du diplôme de doctorat, les doctorants devraient comparaître devant un jury sans complaisance qui ne soit pas gagné d’avance.»

La situation n’est pas unique au Québec. En effet, un rapport d’étape de l’agence d’assurance-qualité britannique en 2009 suggère que, si le système fonctionne bien, il est souvent mal compris par les médias ou les institutions externes et que certaines zones floues dans les règles entourant cette pratique pourraient prêter flanc à des accusations de partialité :

«More than one interviewee suggested that the selection and appointment of examiners by institutions was not always transparent, and that this could potentially undermine the impartiality, and thus the integrity, of the external examining process in the eyes of those unfamiliar with higher education and its quality assurance arrangements. Some interviewees suggested that QAA's audit reports should provide an indication of the operation and effectiveness of the external examining process at a national level.»
(Quality Assurance Agency, 2003, p. 18)

Du reste, la journaliste Harriet Swain, du Times Higher Education, rappelle qu’au-delà des impératifs de disponibilité, de ponctualité et de non-complaisance qui doivent prévaloir dans la manière dont les examinateurs externes s’acquittent de leurs mandats, il appartient aux deux parties de s’assurer de la qualité des communications. Si les examinateurs devraient être bien au fait des règlements et standards de l’institution requérante, ainsi que des rôles et des responsabilités de chacun, celle-ci doit fournir des cadres limpides pour permettre à ces «amis critiques» de bien jouer leur rôle.

Sources

Harvey, Lee, «External Examiner», Analytic Quality Glossary, Quality Research International, page mise à jour le 7 mars 2011.

Laberge, Yves, «Est-ce que votre examinateur externe est vraiment "externe"?», Affaires Universitaires, 12 octobre 2010.

Quality Assurance Agency, Thematic enquiries into concerns about academic quality and standards in higher education in England, Progress report – March 2009, p. 16-19.

Swain, Harriet, «The External Examiner’s Role», Times Higher Education, 12 mai 2008.

Université de Sherbrooke, Règlement des études 2010-2011, mis à jour le 31 mars 2011, Sherbrooke, p. 14.