Le SSF veille

Plagiat : mieux le connaître pour le contrer

Le sujet du plagiat est plus que chaud, il est brûlant. Par sa veille, le Service de soutien à la formation cherche à cerner les manifestations de cette problématique, à rester au fait des tentatives de solutions et des ressources qui émergent dans les milieux universitaires, de même qu’à porter attention aux débats fondamentaux que suscitent cette question : Et si le plagiat était culturel? Que peuvent alors y faire les enseignants? Un premier tour d’horizon qui ne saurait épuiser la question.

Des excuses

Lorsque des plagiaires se font attraper, ils semblent tous tomber des nues. Ils plaident tous l’inadvertance (non-intention). En guise d’explication, des journalistes arguent la confusion qui s’installe au bout d’un moment entre le texte qu’ils sont à écrire et le texte copié-collé qu’ils y intercalent, sans prendre le temps d’indiquer qu’il s’agit d’un emprunt (référence, italique, guillemets…). D’autres avouent ne pas être suffisamment outillés en matière de recherche et de prise de notes. Certains poussent jusqu’à prétendre que c’est la faute d’Internet et de la grande, trop grande vitesse du médium.

En fait, comme le note Jack Shafer dans son texte The Plagiarist’s Dirty Dozen Excuses : Take off your shoes and socks and count them, paru le 17 février 2010 sur le site Slate :«These evasions allow the plagiarist to displace the key question of whether his copy was adequately sourced with the more delectable conversation about the plagiarist’s mental state, his sloppy work practices, the unintended effects of modern technology, and the "meaning" of originality.»

D’autres articles sur les excuses

Don’t Blame the Tools – People Plagiarize Copy!, par Scott Rosenberg, 19 février 2010 sur le site de Idea Lab. Rosenberg y traite de l’utilisation du «couper-coller» par les journalistes.

Why Plagiarism Continues & What Writers, Editors Can Do About It, publié par Kelly McBride, le 18 février 2010 sur le site de PoynterOnline.

Dans son article, McBride donne des trucs pour contrer le plagiat, tant pour la personne qui rédige que pour la personne qui édite. Plusieurs de ces recommandations s’appliquent aux étudiants et aux enseignants qui les corrigent.

Quelques stratégies

Attendu que la cause du plagiat se situe davantage entre les deux oreilles, il y a sans doute du travail à faire pour mieux informer les étudiantes et étudiants sur le problème.

Dans Anti-plagiarism Strategies for Reseach Papers, Robert Harris, professeur d’anglais maintenant retraité, présente diverses stratégies visant à contrer le plagiat, soit la conscientisation, la prévention et la détection.

Conscientisation

La première stratégie proposée en est une de conscientisation et Harris dresse une liste de cinq recommandations en ce sens.

La toute première recommandation porte sur la nécessité que les exigences universitaires pour les travaux tiennent compte des raisons pour lesquelles les étudiantes et étudiants disent tricher. À titre d’exemple, comme les étudiants sont surchargés et ne savent pas gérer leur temps, on recommande aux enseignants de fragmenter en plusieurs étapes la réalisation d’un travail de recherche et d’établir un échéancier qui commence très tôt dans le trimestre.

Seconde recommandation : il est reconnu qu’un sujet de recherche jugé intéressant passe en priorité, alors il revient aux formateurs de proposer des sujets significatifs aux yeux des étudiants. Par ailleurs, l’auteur recommande aux enseignants de connaître les différentes formes que peut prendre le plagiat : le téléchargement d’un travail, l’achat d’un travail, le copié-collé sans citer ou sans référer…

Les trois autres recommandations sont d’éduquer les étudiantes et étudiants quant au plagiat, de discuter des mérites de reconnaître ses sources et de faire connaître les sanctions auxquelles les étudiants s’exposent en cas d’infraction.

Prévention

La deuxième stratégie consiste à faire de la prévention en rendant les travaux exigés spécifiques et uniques. Ainsi, il sera plus difficile de se procurer une copie à l’externe.

Détection

En troisième place vient la détection, où l’on suggère des moyens de repérer s’il y a plagiat. Pour chacune de ces stratégies, on présente des recommandations qui, bien qu’elles ne soient pas toujours aussi cernées qu’on le souhaiterait, ont le mérite d’offrir plusieurs exemples de moyens à prendre pour diminuer le plagiat.

Source : Anti-Plagiarism Strategies for Research Papers, par Robert Harris, 14 juin 2009, sur le site de Virtual Salt.

Une question de culture

Il est connu que l’éducation est un moyen de prévention contre le plagiat qui a une certaine efficacité. Le National Bureau of Economic Research de Cambridge, Massachusetts, a publié en janvier 2010 les résultats d’une recherche sur le plagiat basée sur 1200 travaux d’étudiantes et d’étudiants de 1er cycle réalisés dans 28 cours de sciences humaines d’une institution universitaire américaine.

L’hypothèse que les étudiants éduqués au plagiat plagieraient moins s’est avérée. En effet, les travaux étudiants ont tous été soumis au logiciel de détection Turnitin et ceux des étudiants qui avaient reçu une formation sur le plagiat présentaient un taux d’originalité plus grand que ceux du groupe témoin, qui n’avait pas reçu de formation. Un article de Scott Jaschik dans le Inside Higher Ed du 26 janvier 2010, «Plagiarism Prevention Without Fear», en fait état.

Toutefois, on peut penser qu’apprendre les règles de citation ne suffit plus dans un monde où l’information circule et se transforme comme jamais auparavant. Les sites Web disparaissent, les contenus sont modifiés, les adresses URL changent. Les repères que nous avions du temps où l’information était imprimée sont bouleversés.

À ce propos, le Inside Higher Ed de février 2009 présente une critique par Scott Jaschik du livre My Word! Plagiarism and College Culture, de Susan D. Blum, anthropologue à la University of Notre Dame. Pour elle, le plagiat est une question de culture et non de moralité.

Tout en reconnaissant la légitimité de la frustration des professeurs confrontés à des cas de plagiat, Susan Blum postule que la majorité des mesures prises jusqu’à maintenant (logiciels de détection, menaces, tolérance zéro, codes d’honneur…) ne réussiront pas à contrer le phénomène, notamment parce qu’elles ne tiennent pas compte du changement de culture et de valeurs qu’a provoqué le numérique. Elle en appelle à un changement de paradigme dans la manière d’enseigner et d’exiger des travaux.

L’article de Jaschik et le point de vue de Susan Blum ont suscité plus d’une quarantaine de commentaires. La lecture de ces réactions offre de nombreuses pistes de réflexion non seulement sur la «lutte» au plagiat, mais également sur diverses tentatives de faire apprendre autrement.

À titre d’exemple, le commentaire suivant : «Isn’t time that academia woke up and joined the 21st century? The internet has changed the way we gather and use information as fundamentally as the printing press did, and academia’s stance on the subject is as archaic as the church’s was to Gutenberg. The primary skill young people need in this information rich environment is not how to create new information, but to successfully use all the data that is available to them. Instead of using old rules to deal with a new culture I think it is us who must change! Encourage students to find the data they need for all available sources, then teach them how to verify and attribute it properly. In essence, encourage them to plagiarize as long they properly cite the material.» (soumis par Bruce Baldwin)

Ressources sur le plagiat en milieu universitaire

Il existe plusieurs listes de ressources sur le plagiat. Celle du comité Intégrité, fraude et plagiat de l’Université de Montréal nous apparaît particulièrement bien faite et mérite d’être partagée.

En plus de la liste de ressources externes, les autres sections valent le détour puisqu’elles présentent un dossier assez complet sur cette problématique.

Il est intéressant de comparer cette liste avec celle compilée par le Carrefour de l’information en 2004. Trouvée aussi, cette liste au niveau collégial.

Le rôle des enseignants

L’utilisation d’un outil de détection, la réalisation d’un quiz en ligne ou tout autre moyen qui ne fait pas appel à un changement dans les pratiques pédagogiques est voué à un succès relatif. Qu’en est-il des compétences informationnelles et rédactionnelles que les étudiantes et étudiants devraient apprendre à maîtriser au niveau universitaire?

Aujourd’hui, la capacité d’aller chercher l’information pertinente et de l’utiliser selon ses besoins fait partie des habiletés de base que les étudiants doivent développer, peu importe leur domaine. Les travaux qui leur sont proposés ne devraient-ils pas aller en ce sens?

Cependant, les professeurs et chargés de cours considèrent souvent que le développement des compétences informationnelles chez les étudiants ne leur appartient pas.

Dans son article «Plagiarism Prevention Without Fear», Scott Jaschik commente l’étude du National Bureau of Economic Research et rapporte les propos de Thomas Dee, l’un des auteurs : «The study’s results, he said, may be significant in helping college instructors consider the three choices to fighting plagiarism: the "moral suasion" approach, as in honor codes; the "law-and-order approach" of detection software and penalties; and the "educational approach" of teaching students what they should and shouldn’t do. He said that while the research results favor the educational approach, that would only work with a change in faculty attitudes. “College instructors do not generally view issues related to educating students about plagiarism as part of their core responsibilities”, Jacob [son collègue, Brian A.] agreed, saying that faculty buy-in is critical to an educational approach. “There are currently few incentives, and many disincentives, for faculty to be tough on student plagiarism”, he said.»

Traditionnellement, les enseignants ont souvent été présentés comme des victimes du plagiat, mais réalisent-ils toujours à quel point ils peuvent contribuer à le prévenir? À quel point ils ont un rôle à jouer pour accompagner ce changement de culture fondamental?