Profession : citoyen

La planète s’invite… aussi dans la formation des étudiants

par Véronique Bisaillon

Jusqu’à présent les mouvements de grève et manifestations portés par les étudiants avaient plutôt tendance à laisser de glace les établissements d’enseignement. Lors de la manifestation sur le climat de septembre dernier, plusieurs établissements ont rompu avec cette tradition. Qui plus est, l’éducation relative à l’environnement est au cœur des revendications du mouvement climatique interpellant la mission d’enseignement de l’université. Le présent article s’intéresse plus en détail à cette revendication tout en explorant des façons concrètes de « récupérer » à des fins pédagogiques les enjeux environnementaux, voire le contexte de mobilisation actuel.

Nous avons rencontré Vincent Boisclair, finissant au baccalauréat en études de l’environnement, qui est activement impliqué dans le groupe La Planète s’invite à l’UdeS qui m’explique que l’éducation relative à l’environnement est un incontournable pour le mouvement et le groupe de l’UdeS de façon spécifique. On parle d’une éducation relative à l’environnement qui est imbriquée et progressive tout au long du parcours scolaire, du plus jeune âge jusqu’à l’université.  M. Boisclair insiste également sur l’importance d’une éducation basée sur la science et les consensus scientifiques dans le domaine climatique. Si cette idée est évidente, les résultats d’une étude s’intéressant à la présence et au traitement des enjeux climatiques dans les programmes de sciences au secondaire au Canada montrent que la réalité est toute autre (voir Gobeil, 2019 et Wynes et Nicholas, 2019).

À propos de La Planète s'invite
Lors de la campagne électorale provinciale de 2018, un groupe de citoyens s’est réuni et a formé un collectif en se désignant « La planète s’invite au Parlement ». Cette initiative a inspirée de nombreuses déclinaisons de La Planète s’invite… à l’école, à l’université, en santé, au travail et, bien sûr, à l’UdeS. Les revendications de ces initiatives visent essentiellement à ce que chacun des acteurs visés (gouvernements, établissements d’enseignement), prenne à son niveau des engagements ambitieux et mette en œuvre des actions pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 degrés Celsius.

M. Boisclair nous parle en outre d’une éducation qui permet de chaque apprenant de « réfléchir à des solutions » à sa mesure. Pour les formations collégiales et universitaires, cette éducation relative à l’environnement devrait être liée au domaine de formation, donc au métier ou à la profession. Les enjeux climatiques et l’environnement deviennent en quelque sorte une nouvelle contrainte, un nouvel impératif avec lequel tout professionnel doit désormais composer, qu’il œuvre en communication, en travail social ou dans toute autre domaine. « Un gestionnaire dans une entreprise cherche à ce que ses employés lui proposent des solutions les moins coûteuses possibles. On cherche à être le plus inclusif sur le plan de la diversité culturelle et de l’égalité entre les sexes dans nos sociétés. Maintenant, en matière d’environnement, on est rendu à internaliser les coûts et les enjeux environnementaux et climatiques. On parle de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi les impacts sur les écosystèmes, les espèces. Cela doit devenir naturel, que ça fasse partie de nos façons de faire pour l’ensemble de nos activités ».  

Concrètement, dans l’enseignement

Avec son collègue Rémi Proteau, Vincent Boisclair a aussi bâti de toutes pièces un atelier d’éducation relative à l’environnement pour les écoles primaires qui a été donné aux quatre coins de la province à l’hiver 2018 : Itin’ERE. « On a fait faire cet atelier à des étudiants de la Faculté d’éducation et la démarche de réflexion critique a été très appréciée. À l’Université, on ne se donne pas beaucoup d’espace pour réfléchir. Le prof met beaucoup l’accent sur sa matière. On a besoin d’espace pour développer la réflexion critique. » Avec Itin’ERE, Vincent et Rémi ont mis la réflexion critique et la recherche de solutions au cœur de leur démarche auprès des jeunes qu’ils ont rencontrés.  L’atelier invitait notamment les enfants à rêver leur cour d’école, tout en personnifiant différents personnages dont « la Nature ». Vincent résume ainsi le chemin réflexif de leur atelier : « se questionner sur la nature, pourquoi c’est important; identifier les enjeux et comment on peut agir; cibler sur quoi agir ». Réparti en deux séances, l’atelier visait d’une part à ce que les jeunes se positionnent face aux enjeux et, d’autre part, qu’ils identifient leurs intérêts, des solutions et leur zone d’action.

Vincent Boisclair, au centre avec le t-shirt blanc.
Photo : Marie Simoneau

La contribution du mouvement climatique qui se déploie ne se mesure pas qu’en tonnes d’équivalents CO2:. Elle est aussi de l’ordre de l’éducation populaire aux enjeux climatiques et environnementaux.  Bien qu’elles puissent se sentir bousculées par les revendications climatiques tous azimuts, les universités peuvent aussi saisir cette opportunité pour faire valoir leur contribution essentielle en matière de recherche scientifique, d’enseignement et de service à la collectivité. Alors que l’apprentissage expérientiel, les « soft skills » et l’interdiscipliarité sont au cœur des réflexions de bien des établissements et enseignants, le dossier climatique et environnemental n’est-il pas le socle d’un formidable projet pédagogique?

Sources

Chaloux, A. et Blouin-Genest, G. (dir.) 2019. Le Climatoscope. Numéro 1 disponible gratuitement en ligne.

Gobeil. M.. Des données périmées dans l’enseignement des changements climatiques au secondaire. Radio-Canada. 26 septembre 2019.

Page Facebook du projet Itin’ERE, atelier d’éducation relative à l’environnement pour le primaire

Wynes S, Nicholas KA.. Climate science curricula in Canadian secondary schools focus on human warming, not scientific consensus, impacts or solutions. 2019 PLoS ONE 14(7): e0218305. doi.org/10.1371/journal.pone.0218305