Sobriété numérique

Par Sonia Morin et Catherine Vallières

Signe de l’accroissement exponentiel des technologies et d’une préoccupation croissante quant aux impacts environnementaux, on a vu émerger en 2008 le concept de « sobriété numérique », que GreenIT.fr définit comme « la démarche qui consiste à concevoir des services numériques plus sobres et à modérer ses usages numériques quotidiens ».

La sobriété est au cœur de la démarche de conception responsable des services numériques (voir le site du Collectif Conception Numérique Responsable) et des démarches Green IT des organisations (voir le site du Club Green IT).  La sobriété numérique est également au cœur des travaux du groupe The Shift Project et renvoie à une approche visant la conception, l’utilisation et la mise au rebut des technologies numériques qui permettrait de minimiser l’empreinte environnementale de ces dernières.

Le concept de sobriété numérique peut sembler paradoxal dans la mesure où l’on présente fréquemment le recours aux technologies comme l’alternative « verte » permettant d’éviter l’impression de documents, le déplacement des personnes, la construction d’espaces utilitaires, etc. Or, les analyses menées démontrent que l’empreinte environnementale de ces technologies est réelle : non seulement elles exigent la production massive d’appareils et d’infrastructures pour entretenir cet amas de réseaux et de données, mais l’extraction de métaux rares nécessaires à cette production, la consommation énergétique requise pour les faire fonctionner de même que certaines applications particulièrement énergivores (les cryptomonnaies, par exemple) font que ces technologies participent elles-mêmes au dérèglement climatique. The Shift Project rappelle d’ailleurs que la miniaturisation du matériel et l’invisibilité des infrastructures contribuent au fait que leur impact environnemental est à l’heure actuelle largement sous-estimé par les utilisateurs eux-mêmes.

Vu sous cet angle, l’idée de réfléchir à une conception écoresponsable de ces technologies de même qu’à une utilisation judicieuse du numérique prend tout son sens.  Une dépêche parue récemment sur l’Éveilleur faisait d’ailleurs état de l’empreinte carbone de la vidéo en ligne, un cas particulièrement évocateur. The Shift Project en a d’ailleurs fait le sujet de son premier cas pratique, publié sous forme de rapport accompagné d’une série d’outils grand public pour mieux faire prendre conscience du coût environnemental du numérique.


Sources 

Bordage, Frédéric.  La société s’empare de la sobriété numériqueGreen IT.fr.  2 octobre 2018.

Devillers, Wilfried. Le numérique peut-il casser la planète?. Urbania. 28 novembre 2018.

Gaulin, Francheska. L’empreinte carbone de la vidéo en ligne. l’Éveilleur. 21 septembre 2019.

The Shift Project.  Pour une sobriété numérique – Résumé aux décideurs.  Octobre 2018.

The Shift Project.  Climat : l’insoutenable usage de la vidéo en ligne. Un cas pratique pour la sobriété numérique. Juilllet 2019.