Ça se passe chez nous

Le Pôle d’innovation technopédagogique de la Faculté d’éducation: une boussole qui pointe vers le numérique

par Jean-Sébastien Dubé

Une chargée de cours voudrait en faire davantage pour former les futurs enseignants et enseignantes à maîtriser les technologies en soutien à l’apprentissage. Elle se présente au Pôle d’innovation technopédagogique de la Faculté d’éducation sans idée précise de ce qu’elle peut faire différemment dans son cours de didactique. Quel genre d’aide trouvera-t-elle?

Caroline Bourque

La conseillère technopédagogique Caroline Bourque, coordonnatrice du Pôle, est ravie de la question : « Le Pôle n’est pas un service et il ne se définit pas que par l’accompagnement technopédagogique qu’il peut offrir.  La personne qui veut innover mais qui ne sait pas par où commencer trouvera des gens avec de la disponibilité, une présence et de l’écoute pour échanger sur différents sujets, une banque d’outils et de ressources numériques, un bac à sable pour essayer des logiciels et des appareils dans un environnement sécuritaire et exempt de jugement, un calendrier d’événements pour s’informer, s’inspirer. »

Le Pôle, espace d’accompagnement

Le professeur Florian Meyer, responsable du Pôle, va dans le même sens : « L’accompagnement est central, mais il y a tout un travail à faire en amont : susciter, montrer, faire émerger, etc.  Les personnes qui ont un désir de changement, qui ont des idées et une réelle volonté sont de très bonnes candidates pour travailler avec nous.  Et il y a un réel momentum en ce sens à la Faculté… »

Florian Meyer

Le Pôle offre de l’accompagnement personnalisé « à l’utilisation contextualisée du numérique à des fins d’enseignement et d’apprentissage ». Dans la conception de l’équipe du Pôle, l’innovation, c’est de faire mieux que ce que l’on faisait déjà. « Les besoins viennent de la base. On part de ce que les gens font, de ce qu’ils sont. On cherche à faire faire un pas de plus aux enseignants », raconte Caroline Bourque.

Le Pôle offre la possibilité de tester, d’expérimenter, de découvrir (par des ateliers « mains sur les touches »).  Au Pôle, on s’intéresse notamment au développement des compétences des futurs maîtres en fonction des technologies disponibles dans les écoles (les tableaux numériques interactifs, les imprimantes 3D, la robotique, etc.).  On y modélisera, par exemple, l’utilisation des technologies pour l’enseignement et l’apprentissage du français et des mathématiques.  Les conseillères et conseillers du Pôle accompagnent la personne enseignante de l’idée à l’achat de matériel, à l’expérimentation avec celui-ci et, le cas échéant, jusqu’à la diffusion de l’innovation. 

Le Pôle, catalyseur de projets

Le Pôle soutient de nombreux projets d’innovation technopédagogique (pour se donner une idée de cette richesse, voir la page « Innovations » sur leur site Web).  Caroline Bourque et Florian Meyer expliquent que le Pôle se veut un guichet unique pour trois types de projets. 

1)     D’une part, le Pôle accueille ce que le professeur Meyer appelle des projets de soutien proximal.  Il s’agit en quelque sorte de « faire des choses sans financement » lorsque les gens viennent spontanément voir l’équipe du Pôle.  On sent l’importance accordée à ce type d’interventions plus ponctuelles, toujours menées selon une démarche de Scholarship of Teaching and Learning (SoTL) ou de Design-Based Research

2)     D’autre part, des projets financés par différents organismes subventionnaires pour lesquels le Pôle joue davantage un rôle-conseil auprès des enseignants qui en sont les responsables. S’il n’est pas question pour l’équipe du Pôle d’administrer ces projets, l’avantage de les y centraliser vise à mieux structurer le soutien à l’échelle facultaire tout en s’assurant de conserver l’expertise à l’interne.  Évidemment, les ressources étant limitées, il faut parfois faire des choix.  À chaque fois, la question est la même : « Comment peut-on le mieux aider en cohérence avec la mission et le mandat technopédagogiques du Pôle? », rappelle Caroline Bourque.

3)     Enfin, on retrouve des projets soumis par le Pôle après certains constats sur les besoins technopédagogiques au sein de la Faculté. « En fait, peu de projets que nous menons sont nos projets », précise le professeur Meyer. Un exemple très concret d’un tel projet structurant est le projet ACTION (Attestation de compétences en technopédagogie et intégration des outils numériques), en partenariat avec la firme sherbrookoise Jonction Éducation.

Ce dernier projet offre à onze formatrices et formateurs (professeurs et chargés de cours) et onze étudiantes et étudiants de la Faculté d’éducation la possibilité d’améliorer leurs connaissances des outils numériques de différentes catégories selon leurs fonctionnalités techniques. À terme, les participantes et participants seront en mesure de résoudre une « problématique technopédagogique » en situation réelle.  On veut aussi qu’ils acquièrent un regard critique sur l’usage de ces outils, notamment grâce à leurs réflexions colligées dans un carnet de bord.

Le Pôle, bien ancré dans son milieu

Le Pôle d’innovation technopédagogique existe depuis 2016. « Si l’objectif d’une structure comme le Pôle est de permettre au personnel enseignant d’offrir aux étudiantes et étudiants de la formation universitaire qui tienne compte du numérique, il devrait peut-être y avoir de telles structures dans l’ensemble des facultés », estime le professeur Meyer, convaincu de répondre à de réels besoins.

Ces dernières années, les enseignants associés qui accompagnent les stagiaires dans les écoles critiquaient parfois le manque de préparation technologique des futurs maîtres. Pour le professeur Meyer, les diplômés de la Faculté d’éducation devraient être des agents de changement dans les milieux scolaires, donc arriver avec des connaissances de pointe. 

Au début des années 2010, alors que des initiatives technopédagogiques naissaient dans tous les départements et que plusieurs programmes étaient offerts à distance, la Faculté d’éducation,  consciente d’un certain retard quant à la formation initiale au niveau des technologies, s’est imposée une réflexion qui l’a conduite à prendre résolument un virage numérique.

L’avènement du Pôle permet de développer de manière transversale un sentiment de compétence tant chez le personnel enseignant que chez les étudiantes et étudiants. Selon Caroline Bourque, « une des conditions du changement, c’est qu’on ne peut pas l’imposer. Il doit venir des gens eux-mêmes. Donner le goût d’innover, ça se fait par l’accueil, l’ouverture, l’exploration, la découverte.  Ça se fait en misant sur ce qui existe pour aller plus loin… »

Le Pôle, point de rencontre de plusieurs partenaires

Dans le fonctionnement du Pôle, il y a une volonté très claire de fonctionner en réseau, d’être un lieu d’échanges, une plaque tournante qui met en relation différents acteurs et partenaires gravitant autour de la Faculté d’éducation. Au Pôle se croisent des entrepreneurs en technologies éducatives de la région (comme les gens de ClassCraft et de Jonction Éducation), des intervenants des commissions scolaires locales, des responsables de projets dans les écoles, des professionnels de différents services universitaires (informatique facultaire (SIF), technologies de l’information (STI), communications…).

D’après le professeur Meyer, « le Pôle comble un nouvel espace. Il faut donc expliquer, communiquer, collaborer pour en faire comprendre la raison d’être.  L’équipe du Pôle souhaite créer des synergies collectives, permettre aux gens de se rassembler autour de projets en commun, plutôt qu’en petites grappes. »

La relation que le Pôle d’innovation technopédagogique de la Faculté d’éducation entretient avec le Service de soutien à la formation (SSF) a dû être précisée. « Nos objectifs vont dans le même sens, mais à des échelles différentes », précise Florian Meyer. Les directions du SSF et du Pôle se rencontrent régulièrement pour faire le point sur les divers projets transversaux. Caroline Bourque est aussi rattachée au SSF, ce qui permet de faciliter la circulation d’information entre les deux structures. Pour elle, le SSF et le Pôle sont « complémentaires et interdépendants ». Elle évoque l’expertise en conception de capsules vidéo de Francheska Gaulin du SSF, à qui elle recommande souvent des enseignantes et enseignants de la Faculté d’éducation. « Nous sommes un peu un bassin expérimental… Dès que les résultats d’un projet facultaire peuvent servir au niveau institutionnel, c’est le SSF qui s’en occupe », explique le professeur Meyer.

Enfin, le Pôle joue aussi un rôle-conseil auprès des directions de la Faculté d’éducation et de l’Université.  Étant au cœur de l’innovation sur le terrain, l’équipe du Pôle devient un interlocuteur privilégié pour porter à l’attention des décideurs ce qui se fait et se vit au quotidien quant à l’intégration du numérique à la formation universitaire.

Le Pôle demain

Quand on leur demande d’imaginer l’avenir du Pôle dans dix ou vingt ans, le professeur Meyer et Caroline Bourque croient tous deux que les besoins vont se multiplier puisque les technologies vont, à leur avis, prendre de plus en plus de place.  Pour Florian Meyer, « On ne peut pas anticiper les types d’innovation à venir, c’est pourquoi il faudra rester disponibles et à l’écoute.  On voudra davantage développer le volet recherche du Pôle, de la recherche sur, par et avec l’innovation pédagogique qui se fait dans la Faculté. Le Pôle pourrait devenir les laboratoires pédagogiques et technopédagogiques de la Faculté d’éducation… »