Avec classe

Comment le blogue peut rehausser la qualité des travaux étudiants

par Sonia Morin et Lucie Gagnon

Si à ses débuts le blogue fonctionnait un peu à la manière de Facebook (on y écrivait ses états d’âme), aujourd’hui il est devenu un outil numérique de choix pour la production de contenu que l’on désire partager et pour lequel on souhaite des commentaires dans un but de coconstruction de savoirs.

Selon Cathy Davidson, auteure du livre Now you see it, utiliser le blogue comme outil pédagogique pourrait avantageusement remplacer la dissertation ou le travail écrit, car elle est convaincue que la dissertation n’est plus adaptée aux étudiants d’aujourd’hui. Elle a constaté que ses propres étudiants, rebutés à l’idée de rédiger des dissertations, ont participé avec enthousiasme au projet de rédaction de billets sur un blogue. Ces billets sur Internet, donc publics et soumis à la critique, peuvent être modifiés à la suite des commentaires reçus.

Le journal Forum de l’Université de Montréal rapportait en 2009 que deux professeurs de l’Université de Montréal avaient expérimenté le blogue comme outil pédagogique et que tous les deux avaient été enchantés par la qualité des textes remis par leurs étudiants : moins d’erreurs de typographie et d’orthographe, une plus grande exactitude factuelle, moins de plagiat, une syntaxe plus solide, un style rédactionnel plus soigné et une organisation des idées mieux structurée.

Avantages pédagogiques du blogue

  • «La rédaction d’articles pour le blogue constitue paradoxalement un exercice de lecture active. De simple spectateur à des événements, le blogueur se transforme en acteur, constamment à l’affût d’informations.» (Renaud, 2012) Ce faisant, non seulement les étudiantes et étudiants se tiennent au fait de l’actualité de leur domaine, mais ils développent leurs compétences informationnelles et rédactionnelles.
  • Le fait de demander plusieurs billets tout au long du trimestre fait en sorte qu’il y a une continuité dans l’apprentissage et l’ajustement (grâce aux commentaires et critiques qui permettent d’ajuster sa compréhension) en cours de formation.
  • Le fait que les textes soient en ligne et susceptibles d’être lus par plusieurs personnes intéressées par le sujet ou expertes du domaine semble encourager les étudiantes et étudiants à s’investir dans leurs travaux, donc dans leur formation. «C'est une chose que de préparer un dossier pour un professeur, c'en est une autre de faire un texte qui peut être lu par beaucoup de personnes. Ils soignent davantage leur écriture.» (Des Rivières, 2009) L’élargissement du lectorat convient à la nouvelle génération d’étudiants, qui demandent que ce qui est exigé d’eux (dans leur formation ou ailleurs) ait du sens. Or, rédiger un travail qui sera lu uniquement par le prof, qui connaît déjà la matière, n’a pas de sens pour eux. Ils préfèrent, et de loin, apprendre collectivement, en collaboration et sous la supervision d’un enseignant.
  • Si les étudiants sont d’abord un peu effrayés par la perspective que leurs écrits soient publics, ils relèvent le défi et se prennent au jeu d’apporter du contenu, de peaufiner un argumentaire au fil des commentaires pour en arriver à une pensée structurée.

Facteurs de réussite dans l’utilisation du blogue en formation

Toutefois, comme tout outil en appui à l’apprentissage, l’utilisation d’un blogue dans un cours doit se faire dans un contexte pertinent. Ce n’est pas l’existence de l’outil qui doit motiver l’enseignant à l’utiliser. Au contraire, c’est à la suite d’une analyse des objectifs visés par le cours que l’enseignant détermine si l’utilisation d’un blogue est la meilleure façon d’atteindre ces objectifs.

Certains professeurs ont tenté l’expérience en histoire, en administration, en littérature anglaise et en éducation. À partir de tels essais, on peut énoncer quelques facteurs qui influencent la réussite d’une activité pédagogique qui inclut l’utilisation d’un blogue.

  • Les activités doivent être planifiées et structurées afin d’obtenir un bénéfice au niveau de l’apprentissage.
  • La taille du groupe doit être considérée, que ce soit pour limiter le volume des échanges ou pour limiter le travail de correction si l’enseignant choisit d’évaluer le contenu du blogue.
  • Les règles de fonctionnement et d’utilisation du blogue doivent être claires pour tous. L’utilisation d’un blogue ne doit pas se faire en parallèle avec les activités de classe, mais bien s’imbriquer parmi les différentes interactions qui ont lieu entre les étudiants. Certains sujets dont il est question sur les blogues doivent être réinvestis dans des discussions en classe.
  • L’enseignant a également intérêt à offrir aux étudiantes et étudiants des rétroactions formatives sur les échanges dans les blogues. Ces rétroactions peuvent se faire aussi bien en classe qu’en ligne.

En conclusion, oui, le recours au blogue comme outil pédagogique est intéressant, convient probablement mieux aux caractéristiques et aux valeurs de la nouvelle génération d’étudiants, mais son succès passe par une préparation de son utilisation en lien avec les objectifs d’apprentissage visés.

Bibliographie

Aubut, Carl, Un blogue pédagogique pour le stage en éducation spécialisée, Profweb, 28 mars 2011.

Des Rivières, Paule, «Le blogue comme outil pédagogique», UdeMNouvelles, 8 novembre 2009.

Drennan, M. B., «What are you writing for?», MBD On Education, 17 juillet 2012.

Hardy, Jean-Marc, «Écrire pour les blogs», Redaction.be, mai 2006.

Kaufmann, Lyonel, «Les blogs meilleurs que la dissertation», blogue éponyme, 25 août 2012.

Melançon, Benoît, «Écrivez-vous des «blessais»?», L’oreille tendue, 5 juin 2012.

Perspectives SSF, octobre 2013