Sylvain Turcotte, directeur du Département de kinanthropologie.

Ça se passe chez nous

Synergies pédagogiques au Département de kinanthropologie

Alors que la maîtrise en kinésiologie vient d’être révisée et se nomme désormais maîtrise en sciences de l’activité physique, les formateurs du Département de kinanthropologie de la Faculté d’éducation physique et sportive de l’Université de Sherbrooke sont fort affairés à la révision de leurs deux programmes de baccalauréat, soit le bac en kinésiologie et le bac en enseignement en éducation physique et à la santé (BEEPS).

Perspectives SSF a rencontré le professeur Sylvain Turcotte, directeur du Département de kinanthropologie, et Jacques Y. Duquette, directeur du programme de BEEPS.

Une tradition de formation pratique et de nouveaux professeurs

D’après Jacques Duquette, l’unique Faculté d’éducation physique et sportive au Québec est depuis longtemps reconnue pour ses cours fortement liés à la pratique (didactiques, stages, séminaires). Même hors des stages, les étudiantes et étudiants sont placés dans des situations très concrètes : tous se filment en train d’intervenir auprès de personnes réelles.

Les étudiants en kinésiologie rencontrent de véritables clients et leur offrent du counselling. Les finissants du BEEPS doivent planifier un projet-école en lien avec la santé ou l’activité physique au cours d’un stage de huit semaines. Ils y acquièrent des notions essentielles de gestion de projet et de travail d’équipe. Les projets font ensuite l’objet d’une présentation à un mini-colloque de fin d’études, ce qui permet de boucler la boucle des études universitaires devant des représentants des milieux scolaires qui sont invités à prendre connaissance du travail des étudiantes et étudiants.

La Faculté d’éducation physique et sportive peut compter sur un corps professoral fortement renouvelé : sur 19 professeures et professeurs, 14 ont été embauchés dans les 10 dernières années. Si plusieurs d’entre eux poursuivent des activités de recherche importantes, il s’agit essentiellement de recherches appliquées qui permettent d’alimenter les activités pédagogiques de situations professionnelles diversifiées.

Pour Sylvain Turcotte, cela signifie que les contextes d’enseignement changent et se diversifient. Désormais, les membres du personnel enseignant ne restent plus 45 heures dans les classes, mais ils vont sur le terrain et dans les labos où ils offrent des exemples concrets à l’aide d’outils technologiques. Si l’encadrement de tels projets est plus exigeant pour les professeurs, cela donne davantage de sens aux apprentissages effectués par les étudiants.

De nouveaux équipements pour soutenir l’enseignement

Placer ainsi les étudiantes et étudiants dans des situations professionnelles signifiantes requiert toutefois une diversité de locaux et du matériel particulier, ce qui nécessite une bonne planification logistique.

Alors que l’observation d’étudiants qui pratiquent le counselling est inimaginable sans un local avec vitre teintée, il a fallu se doter d’un laboratoire d’observation vidéoscopique pour visionner les captations vidéo. Les professeurs sont souvent appelés à se déplacer lorsqu’ils supervisent un étudiant de maîtrise qui travaille avec des entraîneurs pour une fédération sportive ou d’autres qui parrainent des enfants en milieux défavorisés.

Certains vont jusqu’à partager des locaux pour maximiser l’utilisation des ressources… et de l’apprentissage! Il ne s’agit pas de team teaching, mais bien de deux cours de laboratoire distincts qui se tiennent en même temps, sur le même plateau, avec deux professeurs qui interviennent sur des objets différents. Étudiants et enseignants semblent ravis des interactions enrichissantes que cette cohabitation permet.

De même, la diversité des champs de recherche déployés à la Faculté d’éducation physique et sportive (intervention éducative en activité physique et santé, kinésiologie, santé et vieillissement, neuromécanique du mouvement humain) présente des défis intéressants alors que les inscriptions au programme de maîtrise en sciences de l’activité physique augmentent.

Ainsi, de manière à répondre aux besoins des étudiants chercheurs, il importe de disposer d’installations de recherche de pointe, comme par exemple, le laboratoire de biomécanique pour lequel le professeur Alain Delisle a obtenu une subvention en début d’année.

Des programmes de baccalauréat renouvelés pour répondre à de nouveaux besoins

Sylvain Turcotte insiste sur le besoin de ramener les profs au premier cycle, parce que, selon lui, «la pérennité et le renouvellement [des programmes de formation initiale] passent par nos professeurs». Pour Jacques Y. Duquette, le Département peut s’enorgueillir d’excellents chargés cours – certains y enseignent depuis 20 à 25 ans – mais pour les étudiants, les professeurs de carrière «sont des modèles de formation à long terme». On souhaite donc intégrer toutes ces expertises dans une véritable approche programme pour la révision des deux programmes de baccalauréat.

Alors même que ce département multidisciplinaire réunit des spécialistes d’horizons forts divers (physiologie, nutrition, biomécanique, psychologie sportive, intervention éducative, vieillissement, etc.), plusieurs changements sociaux amènent un nouvel élargissement de la kinésiologie et de l’éducation physique et à la santé afin de desservir tous les profils de clientèle.

Qu’il s’agisse de favoriser la motricité au préscolaire à la prévention en lien avec le vieillissement des populations (des 3e et 4e âges) ou la lutte à la sédentarité des adolescents et des adultes, ce domaine vise désormais à n’«échapper» aucun segment de la population. Jacques Y. Duquette croit d’ailleurs que «dans un avenir rapproché, les kinésiologues seront partout à titre de conseillers de santé globale». Sylvain Turcotte fait remarquer que leurs finissants commencent à être embauchés dans les centres de santé, CSSS et hôpitaux.

Quant aux éducateurs physiques et à la santé, leurs perspectives d’emploi demeurent bonnes. En 2006, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport a ajouté une heure d’activité physique par semaine au curriculum et plusieurs politiques scolaires prônent le développement de structures favorisant la pratique d’activités physiques, comme par exemple la politique-cadre pour une saine alimentation et la pratique d’activité physique.

Pour répondre à cet élargissement du domaine, l’équipe d’enseignants examine divers scénarios. Il s’agit de trouver un juste milieu : comment repousser les limites de la profession, tout en évitant de tomber dans le flou? Le professeur Turcotte explique qu’une des pistes sur la table serait d’offrir une formation de base générale, suivie d’une spécialisation sur un objet ou une clientèle particulière vers la fin du baccalauréat en kinésiologie. Ce choix d’objet ou de clientèle aurait lieu avant le dernier stage, de manière à permettre que cette ultime expérience de travail supervisée soit liée à cette spécialisation.

Vers une approche programme… «par étapes» et en petites équipes

Dans le cadre de la révision des baccalauréats, l’originalité du travail qui se fait en kinanthropologie pourrait être qualifiée d’approche programme «par étapes». Depuis deux ans, avant même que ne soit enclenché le processus de révision des programmes, on a commencé à mettre en place de nouvelles synergies à l’intérieur de petites équipes de formateurs.

Par sous-domaines d’abord (santé, biomécanique, intervention), on s’est mis à la recherche de fils conducteurs entre des séquences de cours. Ainsi, dans une séquence de huit cours en santé (un cours de connaissances de base, trois cours de didactique, trois cours d’intégration professionnelle, un séminaire), l’équipe d’enseignants (trois professeurs, trois chargés de cours, un professionnel) a tenté de déterminer les notions récurrentes, celles qui étaient préalables à d’autres cours, celles qui gagneraient à être réinvesties dans un cours ultérieur, etc. Aux dires du professeur Turcotte, «c’est l’équivalent d’un microprogramme à l’intérieur d’un programme régulier».

Dans un second temps, on prévoit refaire le même processus avec les équipes d’enseignants qui interviennent dans une même session. Par la suite, on voudrait mobiliser des équipes chargées de faire le lien entre les sessions (1 et 2, 2 et 3, etc.).

Pour la révision du programme de baccalauréat en kinésiologie, on a opté pour une approche parcours de professionnalisation qui prépare les étudiantes et étudiants à intervenir dans des situations de plus en plus complexes tout au long du bac. Pour le bac en enseignement en éducation physique et à la santé, on a maintenu une approche par compétences (en lien avec les douze compétences professionnelles requises par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport pour la formation des maîtres). Le défi à relever est maintenant de ventiler ces compétences dans le nouveau programme.

Le choix de travailler dans la perspective d’une approche programme constitue toujours un défi logistique et humain important. Se concerter d’abord en petites unités permet de faire des pas dans la bonne direction, ce qui fait avancer l’ensemble du projet. Par ailleurs, la mise en œuvre dans chacun des cours des orientations d’une telle approche commune exige la mobilisation de l’ensemble des intervenants travaillant de près ou de loin à un programme. Une telle démarche étapiste a le mérite de rallier progressivement l’ensemble de l’équipe qui sera responsable d’implanter les révisions de programmes.

Par leur dynamisme et leur conviction qu’en équipe «le tout est supérieur à la somme des parties», les enseignants du Département de kinanthropologie auraient-ils mis le doigt sur une condition gagnante dans la révision de leurs programmes? La «synergie pédagogique», qui dit mieux?