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Évaluation, sanction ou…?

L’évaluation de l’enseignement par les étudiantes et les étudiants représente souvent une source de stress pour bon nombre d’enseignantes et d’enseignants. Quelle note vont-elles, vont-ils m’attribuer? Quels reproches ou quels compliments vont-elles, vont-ils m’adresser? Comment vont-elles, vont-ils me classer par rapport à mes collègues?

Ces questionnements on ne peut plus légitimes semblent s’éloigner de l’objectif premier de l’évaluation de l’enseignement : assurer sa qualité et identifier les pistes nécessaires à son amélioration. Ils pourraient être vus comme plus intimement liés à une préoccupation de performance, un souci de ne pas être remis en question. Cela correspondrait davantage aux autres buts poursuivis par l’évaluation de l’enseignement, soit la promotion de carrière et la reconnaissance facultaire ou institutionnelle. Et que dire de l’objectif de l’amélioration des programmes, car l’évaluation de l’enseignement est une information nécessaire pour leur évaluation, qu’elle soit périodique ou continue.

Mais comment donner plus de place à l’assurance qualité et à l’amélioration? Comment transformer tels reproches ou tels compliments en…

  • qu’ont-elles, qu’ont-ils aimé dans mon cours?
  • qu’est-ce qui a participé à leurs apprentissages?
  • qu’est-ce qui a été moins favorable à ces derniers?
  • quels liens leur ai-je permis de faire entre les savoirs homologués enseignés et leurs mises en pratique dans le milieu de travail qu’ils auront à affronter une fois diplômés?
  • etc.?

Certes, ces questions ne sont pas complètement absentes du constat que j’ai dressé dans l’introduction de mon propos. J’ai cependant le sentiment qu’elles se retrouvent trop souvent en position secondaire et quelquefois sujettes à des évitements, surtout quand l’évaluation quantitative vient jeter un prisme déformant sur celles-ci. Une bonne note pourrait laisser penser qu’il n’y a rien à faire, une mauvaise pourrait engendrer un rejet de l’information.

Comment donner plus de place à l’amélioration? Évidemment, je n’ai pas de solution miracle. Peut-être qu’une voie à suivre serait de ne pas voir l’évaluation de l’enseignement comme la mesure d’une valeur ou comme un acte qui sanctionne une performance. Il s’agirait plutôt de la rétroaction nécessaire à l’identification d’avenues d’amélioration et d’enrichissement, à conjuguer au retour réflexif réalisé à la suite de sa tâche d’enseignement.

Peut-être que d’appeler l’exercice d’évaluation « rétroaction sur l’enseignement » camperait davantage ce qui est attendu des étudiantes et des étudiants : c'est-à-dire des informations objectives susceptibles de participer à l’amélioration de la formation. Pour les enseignantes et les enseignants, ce serait plutôt l’attente d’un moment d’obtention de nouvelles données pour continuer leur travail d’amélioration continue. Un changement de mot pour un changement de culture!

Alors, évaluation, sanction ou rétroaction… Je vous laisse y réfléchir.

Serge Allary
Directeur général
Service de soutien à la formation

Perspectives SSF, mai 2016