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Regain d’intérêt pour la formation générale et l’accompagnement?

Retours du balancier? En parallèle avec la création de programmes disciplinaires de plus en plus spécialisés et malgré les formations en amphithéâtre pour très grands groupes, émergent des préoccupations bien actuelles pour une formation plus large et de l’accompagnement plus individualisé.

Généralistes recherchés

Dans Le Devoir du 30 avril 2011, un article d’Antoine Robitaille consacré à la faible place réservée à la culture générale en éducation a créé des remous sur la Toile. Le malaise qu’il soulève semble trouver écho chez plusieurs universitaires. Un peu partout dans le monde, des institutions d’enseignement supérieur s’intéressent à une formation plus générale. Pertinence, coût, qualité… plusieurs questions se posent.

  • Royaume-Uni : la préoccupation dépasse le cadre universitaire et l’International Baccalaureate Diploma Programme met de l’avant sa valeur comme programme préparatoire aux études supérieures.
  • Australie : la confrontation entre le modèle de l’Université Monash (axé sur une formation professionnalisante) et celui de Melbourne (axé sur la culture générale) a généré une discussion bien sentie entre les tenants des deux approches.
  • États-Unis : l’Université Stanford annonce la mise sur pied d’un comité chargé d’étudier la formation de premier cycle qui met de l’avant des moyens concrets de favoriser l’acquisition d’une formation générale.
  • Canada : le Globe and Mail évoque quant à lui le cas des «Art schools» maintenant autorisées à décerner des diplômes universitaires. On y remarque une tendance à vouloir proposer une formation plus généraliste, et ce même pour des programmes aux visées très spécialisées. Pour sa part, Antoine Robitaille signale des programmes de l’UQAM, de l’Université Laval et de l’Université Concordia.

On note par ailleurs que ces formations ont leur valeur, même sur le marché de l’emploi; ainsi, le Times Higher Education fait état d’une conférence où les hauts dirigeants de Google ont insisté sur l’intérêt pour la firme d’engager un titulaire de doctorat en humanities par opposition à une spécialité plus technique. Par contre, dès qu’il est question d’argent, la culture générale n’a pas que des supporters; dans le Globe and Mail, une chronique déplorant les restrictions d’accès à des programmes menant à des professions en demande alors que des programmes offrant peu de débouchés se trouvent largement financés a suscité bon nombre de réactions de part et d’autre.

Au-delà d’interrogations sur la pertinence de tels programmes, des constats sur la baisse de qualité de ces formations se font entendre. Macleans on Campus et le Globe and Mail déplorent tous deux la baisse d’exigences pour la réussite d’un baccalauréat général (B.A.).

L’accompagnement selon Maela Paul

Alors que venait de se conclure le Mois de la pédagogie universitaire à l’Université de Sherbrooke sous le thème Enseigner, c’est accompagner, deux colloques de l’ACFAS accueillaient Maela Paul, du Centre de recherche en éducation de Nantes, spécialiste des questions d’accompagnement.

Dans ses travaux, Maela Paul interroge la résurgence de cette modalité d’intervention (notamment en France) dans tous les domaines relationnels (travail social, santé, soins palliatifs, ressources humaines, formation, etc.) depuis les années 1990. À travers la «nébuleuse» des multiples vocables utilisés (coaching, counselling, consultance, tutorat, mentorat, compagnonnage, parrainage), elle tente d’identifier des liens communs à ces pratiques distinctes mais apparentées. D’une analyse sémantique du terme «accompagner», elle identifie trois synonymes qui renvoient à diverses dimensions de cette pratique : conduire (registre de l’éducation), guider (registre du conseil), escorter (registre de l’aide).

Partant de cette fonction d’accompagnement que l’on problématise rarement parce qu’elle «semble toujours aller de soi» (mais ne va jamais de soi), elle soulève pourtant de nombreuses questions intéressantes pour les formateurs. Afin d’appuyer la personne accompagnée tout en favorisant son autonomie… Quand proposer? Quand imposer? Soutenir ou confronter? Inciter ou se tenir en retrait? Déverser ou retenir son savoir? Quelles sont les limites de l’accompagnement (dans le temps, par rapport au projet de l’individu, quant à la posture éthique de l’accompagnant, etc.)?

Pour Maela Paul, «on ne peut plus animer, enseigner collectivement sans accompagner individuellement…». Elle rappelle à quel point l’accompagnement est une pratique contextuelle, «sur mesure», selon l’individu, ses besoins particuliers, les caractéristiques spécifiques de son projet, la durée de son cheminement, etc. C’est un travail de construction de sens par l’individu en situation grâce à la mise en place d’un rapport dialogique avec le monde et avec autrui (l’accompagnant).

«Là où la formation, dans le prolongement de l’enseignement traditionnel et de sa pédagogie, accordait la primauté aux savoirs à transmettre dans une relation maître-élève, il s’agit désormais, et sur la base d’une relation plus symétrique, d’aider un adulte en formation à construire son expérience.»
(Paul, 2009)

Sources

Formation générale

Antoine Robitaille, «La culture générale, la grande oubliée?», Le Devoir, 30 avril 2011, p. B8.

«The planitum standard», Times Higher Education, 12 mai 2011.

Sarah-Jane Collins, «Monash dean slams Melbourne University model»,  The Age, 29 avril 2011.

Sarah-Jane Collins, «Melbourne Uni defends degree shift», The Age, 4 mai 2011.

Kate Taylor, «A portrait of the art school’s vision for graduates: Thinkers as well as makers», The Globe and Mail, 11 mai 2011.

Matthew Reisz, «Google leads search for humanities PhD graduates»,Times Higher Education, 19 mai 2011.

Gwyn Morgan, «Wanted: clear thinking on educating the work force», The Globe and Mail, 8 mai 2011.

«In the digital age, the much-maligned, liberal-arts degree still has deep value», The Globe and Mail, 9 mai 2011.

Todd Pettigrew, «How to fix the BA»,  Macleans on Campus, 11 mai 2011.

James Bradshaw, «When a university degree just isn’t enough», The Globe and Mail, 9 mai 2011.

Kathleen J. Sullivan, «Task force on undergraduate education gives an update to the Faculty Senate», Stanford University News, 13 mai 2011.

Accompagnement

Paul, Maela, «L’accompagnement, une nébuleuse», Éducation permanente, no 153, vol. 4, 2002, p. 43-56.

Paul, Maela, «Ce qu’accompagner veut dire», Carriérologie, vol. 9, 28 février 2007, p. 121-144.

Paul, Maela, «Autour du mot accompagnement», Recherche et formation, no 62, 2009, p. 129-139.

Paul, Maela, «L’accompagnement dans le champ professionnel», Savoirs, no 20, L’Harmattan, Paris, 2009, p. 13-63.

Paul, Maela, Conférence d’ouverture au Colloque Accompagnement : Promesses et paradoxes, ACFAS, 12 mai 2011.