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L’éducation fondée sur les données probantes (evidence-based education)

Le courant des pratiques fondées sur les données probantes (ou sur les résultats probants, ou encore sur les données factuelles) est issu de la médecine, où l'on a voulu affermir les fondements scientifiques des pratiques professionnelles. L’expression evidence-based medecine est apparue au début des années 1990, bien que le concept ait existé bien avant.

Ce courant affirme que les professionnels des domaines biomédicaux (médecine, soins infirmiers, etc.) devraient adopter des pratiques appuyées par la recherche la plus rigoureuse de leur domaine. Sans nier les fondements scientifiques des pratiques existantes ni l’importance du jugement professionnel adapté au contexte, on cherche à renforcer l’appui scientifique là où il y a place à l’amélioration.

Le courant s’est ensuite répandu à d’autres domaines professionnels, dont l’éducation (et notamment l’éducation aux professions biomédicales) à compter de la deuxième moitié des années 1990. Dans ce domaine, l’approche préconise d’enseigner et de gérer l’enseignement selon des méthodes et des principes cautionnés par la recherche en éducation de la plus haute qualité.

On peut le voir comme une réaction à la perception d’une prévalence d’idées reçues en éducation. Dans certains cercles, le débat s’est beaucoup articulé autour de la formation des maîtres, mais il concerne ultimement tous les ordres d’enseignement.

Cela se traduit en deux axes d’intervention :

  1. adopter des pratiques dont l’efficacité est prouvée;
  2. abandonner celles dont l’efficacité s’avère faible, idéalement pour les remplacer par celles de l’axe précédent, ou, en l’absence de solutions validées, d’en élaborer une que l’on validera par la suite.

En améliorant ainsi la qualité de la formation et de son encadrement, on met en place des conditions d’apprentissage rehaussées qui devraient avoir des impacts importants sur les résultats obtenus.

Plusieurs méthodes d’enseignement fondées sur des données probantes ont été le fruit de travaux de professeurs s’inscrivant dans le scholarship of teaching and learning (SOTL) présenté dans des articles précédents (voir Le scholarship of teaching and learning : de quoi parle-t-on? et L’enseignement : y penser… un peu, beaucoup, passionnément?). En plus de ces recherches pratiques, la recherche fondamentale sur l’apprentissage est une autre source de données probantes applicables aux situations pratiques.

Le courant des données probantes soulève plusieurs questions, dont voici quelques exemples. Comment vont réagir les enseignants et les gestionnaires de l’éducation face à des recherches qui remettent en question certaines de leurs pratiques de longue date, voire certaines de leurs convictions profondes? Que fait-on des pratiques qui ne sont à ce jour ni soutenues ni invalidées par la recherche parce que peu ou pas étudiées pour différentes raisons? Jusqu’à quel point ce courant remet-il en question la qualité de la recherche en éducation? Ces critiques sont-elles justes ou exagérées? Que faire des sujets difficiles à étudier parce que massivement multifactoriels?

On comprendra facilement que ce courant prête flanc à la controverse sous plusieurs angles. D’abord, il porte un jugement négatif sur plusieurs pratiques actuelles en éducation. Mais en plus, il porte, à certains égards, un jugement relativement dur envers le corpus de recherche en éducation, jugement dont la validité fait l’objet de débats animés.

Le Service de soutien à la formation de l’Université de Sherbrooke surveille l’éducation fondée sur les données probantes depuis 2010. Des articles sont en préparation pour les prochains numéros du bulletin Perspectives SSF.

Sources

Brusling, Christer (2005). Evidence-based practice in teaching and teacher education: What is it? What is the criticism? Where to go now? Working paper no 14/2005, Centre for the Study of Professions, Oslo University College.

Davies, Philip (1999). «What is evidence-based education?», British Journal of Educational Studies, vol. 47, n2, p. 108-121.

Pirrie, A. (2001). «Evidence-based practice in education: the best medicine?», British Journal of Educational Studies, vol. 49, no 2, p. 124-136.

Hargreaves, D. (1999). «Revitalising educational research: lessons from the past and proposals for the future», Cambridge Journal of Education, vol. 29, no 2, p. 239-249.