Avec classe

Photo : Université de Sherbrooke

Pourquoi les étudiants ne prêtent-ils pas plus attention en classe?

par Lucie Gagnon

Vous avez devant vous un mur d’étudiants. Disons 50 étudiants. En arrière, il y en a un qui somnole. À droite, un autre a les yeux vissés à ses cuisses et sourit. Il est en train de texter, vous dites-vous. À gauche, il y a ces deux étudiantes qui regardent l’écran d’un ordinateur et chuchotent entre elles. Sans compter celui-là qui regarde dans le vide. Pourtant, il y a quelques minutes, il semblait attentif.

Certains diront que c’est un scénario un tant soit peu exagéré. Peut-être. Il n’en demeure pas moins que le manque d’attention des étudiants revient souvent lorsque les professeurs expriment les frustrations vécues en classe. Et qui blâment-ils? Les étudiants, la technologie… Reste qu’il ne faudrait pas sous-estimer le rôle de l’enseignant pour capter et retenir l’attention des étudiantes et étudiants.

Voici les trois défis qui reviennent le plus souvent lorsqu’il est question d’améliorer l’attention que portent les étudiants au cours :

  • Les étudiants sont convaincus qu’ils peuvent faire plusieurs tâches à la fois.
  • Les technologies viennent ajouter un niveau de distraction.
  • Les cours ne sont pas nécessairement conçus pour attirer et garder l’attention des étudiants.

Pour assurer un apprentissage de qualité, l’enseignant et les étudiants doivent limiter les distractions en classe et assurer une participation active au cours (Hakala, 2015).

Comment limiter les distractions?

Sensibiliser les étudiants au fait qu’ils ne peuvent accomplir plusieurs tâches complexes en même temps
  • Il faut prouver aux étudiants qu’apprendre à établir un bon diagnostic tout en textant, ce n’est pas comme peler un oignon et consulter Facebook en même temps. Les ressources cognitives sollicitées ne sont pas du tout les mêmes.
  • Lorsqu’on tente de limiter l’intrusion de certaines plateformes technologiques telles que Facebook dans l’espace-classe, on doit appuyer nos affirmations avec des preuves. Dans un article de 2012, Maryellen Weimer résume bien plusieurs recherches qui tendent à démontrer que l’étudiant ne peut effectuer plusieurs tâches complexes en même temps. Voilà le genre d’article qu’il y a tout lieu de partager avec les étudiants!
Gérer l’utilisation de la technologie
  • L’enseignant ne doit pas hésiter à expliciter ses attentes quant à l’utilisation de la technologie en classe et ce, dès le premier cours (Fulbright, 2013). Il est alors plus facile d’intervenir en classe par la suite et de rappeler les consignes données au premier cours. Bien entendu, il est question ici de « gérer » l’utilisation de la technologie et non pas de l’éliminer complètement. Il est tout à fait légitime que vous puissiez, à certains moments, demander aux étudiantes et étudiants de fermer leur portable pour des raisons pédagogiques.
  • L’enseignant doit ensuite occuper le territoire de sa classe en circulant, ce qui indique aux étudiants que vous avez à cœur d’offrir un environnement d’apprentissage optimal. Le rigolo qui regardait son match de hockey ne sera peut-être pas content, mais son voisin qui était distrait par ce « spectacle » vous sera sans aucun doute reconnaissant.

Comment assurer une participation active au cours?

Remplacer l’idée de « passer la matière » par la préoccupation de « procurer un environnement d’apprentissage optimal »
  • Un cours qui s’appuie sur l’idée que le professeur doit « passer la matière » est un cours qui habituellement ne demande pas la participation active des étudiants. Afin de « procurer un environnement optimal d’apprentissage », le cours devrait plutôt être construit de façon à amener les étudiantes et étudiants à développer un certain nombre d’habiletés dans un cadre qui facilite les apprentissages. Pour ce faire, l’enseignant doit s’assurer de développer des liens avec ses étudiants et prévoir des périodes où l’on applique les savoirs à des situations pratiques. Oui, cela prend du temps, et on ne pourra peut-être pas « passer » toute la matière dictée par le programme, mais c’est beaucoup plus payant sur le plan de la qualité des apprentissages.
Concevoir des cours qui retiennent l’attention de l’étudiant
  • Le niveau d’attention des étudiantes et étudiants varie énormément pendant un cours magistral, mais il semble que le fait d’incorporer des séquences actives, même courtes, peut permettre à l’étudiant de mieux se concentrer lorsque le cours magistral reprend (Weimer, 2014). Des activités qui favorisent un apprentissage actif (Kozanitis, 2011) ont l’avantage d’amener l’étudiant à participer tout en lui permettant d’être plus attentif par la suite.

L’enseignante ou l’enseignant a donc à sa disposition un certain nombre d’outils qui devraient lui permettre d’atténuer l’inattention chronique de certains étudiants. Il lui faudra mettre un peu de temps à structurer ses interventions mais, après tout, cela fait partie du métier d’enseignant!

Sources

Fullbright, Sydney, « Cell Phones in the Classroom: What’s Your Policy? », Faculty Focus, 15 avril 2013 [en ligne] (page consultée le 18 janvier 2016).

Kozanitis, Anastassis, « Activités pour encourager l’apprentissage actif durant les cours », Bureau d’appui pédagogique, École Polytechnique Montréal, 2011, 17 p. (PDF).

Hakala, Chris, « Why can’t students just pay attention? », Faculty Focus, 4 mai 2015 [en ligne] (page consultée le 18 janvier 2016).

Weimer, Maryellen, « Students and Attention: An Interesting Analysis », Faculty Focus, 23 janvier 2014 [en ligne] (page consultée le 18 janvier 2016).

Weimer, Maryellen, « Students Think They Can Multitask. Here’s Proof They Can’t », The Teaching Professor Blog, 26 septembre 2012 [en ligne] (page consultée le 18 janvier 2016).

Perspectives SSF, février 2016