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Mémoires et thèses multimédias : de nouveaux formats qui bousculent l'évaluation et la diffusion

par Sonia Morin

Le numérique a créé un univers de possibilités pour présenter les résultats de la recherche, notamment par l’animation de divers phénomènes ou diverses théories permettant de mieux les comprendre. Ces possibilités ne franchissent pas encore le seuil de la production du mémoire ou de la thèse.

Pour le moment, les mémoires et les thèses comprenant du matériel audio ou vidéo sont toujours rédigés en texte dans lequel on fait référence à du visuel ou à de l’audio. Pour l’évaluation, comme pour le dépôt dans des répertoires en ligne (comme Savoirs UdeS, Portail Thèses Canada, ProQuest Dissertations and Theses), on transmet plusieurs fichiers : un document texte en PDF et les documents audio et vidéo à part.

La question du format n’est pas nouvelle puisque, notamment, en 2002, Edminster et Moxley déploraient le fait suivant :

«In academe, we continue to train future scholars to write books; we persist in requiring the authorship of a linear, hierarchically structured print dissertation, grounded in the conception of Romantic authorship that has historically been underused by the world-wide scholarly community. It is time to move on.» (p. 24)

Cathy Davidson, à qui l’on a offert le prestigieux poste de directrice du Graduate Center du CUNY, est une innovatrice dans l’âme. Audacieuse, visionnaire, elle pose des questions qui dérangent, qui emballent, qui font rêver et qui inventent l’avenir. Le 10 octobre 2014, elle a organisé le forum What Is a Dissertation? New Models, Methods, Media. L’événement réunissait des doctorants qui ont présenté leur thèse selon un nouveau format : la plateforme Scalar, un site web, une bande dessinée et du multimédia interactif. On peut visionner l’événement, c’est instructif et «bouleversant» quant aux changements en cours.

Ces nouveaux formats soulèvent plusieurs questions.

  • Comment transmettre le mémoire ou la thèse aux membres du jury? Un lien vers un site web?

    • Ce site est-il déjà en ligne, ce qui signifierait qu’il a été vu, critiqué, enrichi par d’autres?
    • Devra-t-on parler de mémoires et de thèses collaboratifs?

  • Faut-il ajouter aux critères habituels d’évaluation d’autres critères comme la lisibilité dans le choix des animations, des images, du son?
  • La logique de l’argumentation à la base des travaux de recherche sera-t-elle toujours repérable si on permet un format interactif offrant au lecteur la possibilité de se «promener» dans le mémoire ou la thèse, à la manière d’un site web?
  • Où seront «déposés» ces mémoires et ces thèses? Les répertoires universitaires seront-ils encore pertinents?

D’autres questions existent et se poseront sous peu avec acuité, car non seulement le mémoire et la thèse numériques (digital dissertations) sont à nos portes mais également la publication numérique, à l’image du iBook, de La Presse+, par exemple. On peut visionner un événement du Graduate Center sur la publication scientifique Digital Platforms for Multimedia Scholarship.

Sources

Davidson, Cathy, What Is a Dissertation? New Models, New Methods, New Media, HASTAC, 28 août 2014.

Tagliaferri, Lisa, Digital Platforms for Multimedia Scholarship, HASTAC, 12 novembre 2014.

Ireland, Corydon, «Scholarship beyond words», Harvard Gazette, 3 février 2013.

Edminster, Jude and Joseph M. Moxley, «Graduate Education and the Evolving Genre of Electronic Theses and Dissertations», Computers and Composition, vol. 19 no 1, 2002.

Perspectives SSF, février 2015