Avec classe

Qu’il s’agisse de travail collaboratif ou de classe inversée, le professeur doit élaborer avec soin les consignes et les documents pédagogiques qui permettront aux étudiantes et étudiants de mener à bien les tâches qui leur sont imparties.
Photo : Martin Blache, Université de Sherbrooke

La résistance des étudiants aux changements pédagogiques

par Lucie Gagnon

Les changements d’ordre pédagogique peuvent occasionner un certain stress chez le professeur qui décide de se tourner vers des formules pédagogiques plus actives. Arrivera-t-il à garder le contrôle de la classe? Réussira-t-il à « passer la matière »? À ces doutes bien légitimes se greffent des inquiétudes quant à la réaction des étudiants. Leur résistance aux changements peut être forte. Voilà pourquoi il vaut mieux s’y préparer.

On entend parfois les étudiantes et étudiants se plaindre des cours magistraux en les qualifiant de « plates » ou de « pas assez vivants ». Pourtant, lorsqu’on leur propose de nouvelles formules pédagogiques telles que l’apprentissage par problème ou la classe inversée, ils ne semblent pas plus satisfaits. Rien de plus normal, car le changement, autant pour le professeur que pour l’étudiant, engendre une série de réactions qui peuvent aller du choc initial à la participation active en passant par la passivité, la résistance et l’acceptation. L’étudiant peut ressentir beaucoup d’inquiétudes quant à la charge de travail et aux modes d’évaluation retenus. De plus, ces nouvelles propositions pédagogiques peuvent entrer en conflit avec ses conceptions de l’enseignement et de l’apprentissage.

Alors, comment faire pour diminuer le ressac occasionné par l’introduction d’une nouvelle pédagogie? Tout d’abord, le professeur doit être relativement à l’aise avec la formule pédagogique qu’il propose, quitte à limiter l’implantation de la nouvelle stratégie pédagogique aux étapes qui lui semblent plus accessibles. En effet, un trop grand niveau d’insécurité de la part du professeur aura un effet négatif sur la participation des étudiantes et étudiants.

Accompagner les étudiants

Ensuite, le professeur devrait prévoir un moment pour expliquer aux étudiantes et étudiants le déroulement de l’activité et l’intérêt qu’il y a pour eux à apprendre de cette façon. Ceci peut se faire dès le premier cours afin de diminuer leur anxiété. L’enseignant expliquera l’activité en s’attardant tout particulièrement à la charge de travail requise et à la cohérence entre les objectifs du cours, les activités pédagogiques et les modes d’évaluation. L’idée est ici de sécuriser l’étudiant afin qu’il porte son attention sur le déroulement de l’activité plutôt que sur ses inquiétudes.

L’enseignant expliquera l’activité en s’attardant tout particulièrement à la charge de travail requise et à la cohérence entre les objectifs du cours, les activités pédagogiques et les modes d’évaluation

Les étudiants aiment bien que les activités soient encadrées et structurées afin qu’ils comprennent ce qui est attendu d’eux. Contrairement à ce que certains pourraient penser, « apprentissage actif » n’est pas synonyme d’« improvisation ». Qu’il s’agisse de travail collaboratif ou de classe inversée, le professeur doit élaborer avec soin les consignes et les documents pédagogiques qui permettront aux étudiantes et étudiants de mener à bien les tâches qui leur sont imparties.

Pendant le déroulement de l’activité, le professeur doit être attentif au langage verbal et non verbal de ses étudiants. Un étudiant se retire de son groupe? Un autre groupe parle des sorties du week-end dernier? Le professeur doit soupeser l’intérêt d’intervenir afin de préserver l’harmonie dans le déroulement de l’activité. La situation peut parfois se résorber d’elle-même, mais à d’autres moments une intervention du professeur sera nécessaire afin de limiter les effets de comportements négatifs sur l’ensemble de la classe.

Lors de l’implantation d’une nouvelle formule pédagogique, il faut accorder autant d’importance à la gestion du changement qu’au déroulement de l’activité et tenir compte du fait que même si le professeur enseigne de cette façon depuis quelque temps, il n’est pas dit que ses étudiants ont déjà fait des apprentissages dans un tel environnement pédagogique. Il s’agit donc d’un changement pour eux, et le professeur doit en tenir compte dans sa préparation. Après tout, mieux vaut prévenir que guérir!

Sources

Louise Villeneuve, « Chapitre 4. Accompagner les résistances dans l’apprentissage » dans Benoît Raucent et al., Accompagner des étudiants, De Boeck Supérieur « Pédagogies en développement », 2010, p. 109-132 [consulté dans Cairn.info, le 28 novembre 2016].

Felder, R.M. et Rebecca Brent, « Navigating the bumpy road to student centered instruction », College Teaching, no 44, 1996, p. 43-47 [article consulté dans Richard Felder's Home Page le 28 novembre 2016].

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