Avec classe

Photo : Bast, Flickr

Je pose des questions, mais ils ne répondent pas…

par Lucie Gagnon

Ah! Ce long – cet éternel – moment de silence qui suit une question du professeur. Plusieurs préfèrent éviter de poser des questions plutôt que de faire face à ce mur de silence. Pourtant, quelques ajustements pourraient venir à bout de ce mur.

Pour mettre toutes les chances de son côté, il faut avoir mis en place certaines stratégies en vue d’instaurer une ambiance propice au questionnement. Un bon climat dans la salle de classe facilitera certainement les échanges. Puis, le professeur aura tout intérêt à se poser les cinq questions suivantes.

  • Quand est-ce que je pose des questions?

Vous savez sans doute qu’il faut éviter de poser des questions aux étudiantes et étudiants pendant les cinq dernières minutes du cours. Personne ne voudra répondre de peur de retarder la fin de la séance.

En fait, il vaudrait mieux planifier certaines de nos questions afin de les placer de façon stratégique dans le cours. Intégrer quelques questions à un cours magistral pourrait être fort bénéfique pour souligner les points importants, ramener l’attention des étudiants et les entraîner à réfléchir à ce qui vient d’être dit.

  • Comment est-ce que je questionne les étudiants?

Certains professeurs surestiment le nombre de questions qu’ils posent, soit parce qu’ils n’y accordent pas d’importance ou soit parce qu’ils jugent l’effort trop grand pour les résultats obtenus. Et pourtant, répondre aux questions du professeur permet aux étudiantes et étudiants de manier le vocabulaire du domaine et d’avoir une occasion de vérifier leur compréhension.

L’enseignant devrait varier le type de questions posées. Les questions purement factuelles ne susciteront pas une grande participation des étudiants. Par contre, des questions d’opinion qui ne cherchent ni une bonne, ni une mauvaise réponse provoqueront sans doute plus d’interaction dans la classe. Si vous posez une question qui ne requiert qu’un oui ou un non, faites-là suivre d’une question plus ouverte qui demandera un certain niveau de réflexion aux étudiantes et étudiants.

  • Quelle attitude est-ce que j’adopte quand je pose des questions?

Lorsque vous posez une question, établissez un contact avec les yeux tout en souriant. La plupart des étudiants vont éviter votre regard, mais certains vous regarderont. Encouragez-les de façon non verbale à répondre en les invitant du regard.

Lorsque l’étudiant répond à votre question, hochez un peu la tête afin de lui montrer que vous comprenez. Ne profitez pas de ce moment pour regarder l’horloge ou vos notes de cours! Paraphrasez ensuite ce que l’étudiant a dit et non ce que vous aimeriez qu’il ait dit.

  • Est-ce que je valorise la contribution des étudiants?

Indiquez pourquoi une réponse est bonne en disant par exemple : «Marie vient d’ajouter quelque chose de très important à la discussion.» Plus tard dans le cours, faites référence aux bonnes réponses émises comme ceci : «Comme Paul l’a dit tout à l’heure…»

  • Est-ce que j’encourage la réflexion?

Les quelques secondes entre le moment où le professeur pose une question et celui où l’étudiant répond peuvent sembler tellement longues que le professeur sera tenté d’en poser une deuxième ou encore de répondre à sa propre question. Si ces secondes vous semblent insupportables, dites aux étudiants que vous leur donnez 20 ou 30 secondes pour réfléchir avant de répondre à la question.

Si la question est quelque peu complexe, utilisez la technique «réfléchir-collaborer-partager». Il s’agit de donner une ou deux minutes aux étudiantes et étudiants pour réfléchir seuls à la question. Ils discutent ensuite avec leur voisin pendant une ou deux minutes. Puis, les réponses sont partagées avec tout le groupe. Cette technique a l’avantage de sécuriser les étudiants plus timides puisqu’ils ont testé leur réponse auprès de leurs condisciples.

Se mettre à la place des étudiants

Il faut se mettre à la place des étudiants pour déterminer les raisons qui font en sorte qu’ils ne répondent pas aux questions. Parfois, les étudiants ne maîtrisent pas le vocabulaire associé au domaine et sont hésitants à l’utiliser. Ou encore, la question est trop complexe pour leur niveau d’apprentissage. Bien entendu, la paresse peut être un facteur, mais il ne faut pas baisser les bras trop vite.

Vous verrez qu’en remodelant vos activités de questionnement, il y aura toujours quelques étudiants qui seront heureux de parfaire leurs apprentissages en répondant à votre question!

Références

Andrews, John D. W., «The Verbal Structure of Teacher Questions: Its Impact on Class Discussion» (1980), POD Quarterly: The Journal of the Professional and Organizational Development Network in Higher Education, Paper 32 [rendu disponible par DigitalCommons@The University of Nebraska – Lincoln].

Washington University in St-Louis, Asking questions to improve learning, The Teaching Center, 2009.

Weimer, Maryellen, «Better questions are the answer», The teaching professor blog, Faculty Focus, 6 novembre 2013.

Weimer, Maryellen, «Encouraging student participation: Why it pays to sweat the small stuff», The teaching professor blog, Faculty Focus, 18 septembre 2013.

Perspectives SSF, décembre 2013