Avec classe

Favoriser les liens entre les sites d’un cours en visioconférence

par Lucie Gagnon

Avec la venue de technologies telles que la visioconférence en salle ou sur ordinateur, le professeur ou le chargé de cours se voit confronté à de nouvelles façons de faire dans sa manière de communiquer avec les étudiantes et étudiants. Il devient non seulement le responsable de l’animation de son cours, mais aussi celui qui permettra aux étudiants de créer des liens entre eux.

Pourquoi est-ce si important pour le formateur d’encourager la création de liens entre les étudiants? C’est ce qui facilitera l’échange d’opinions dans la classe puisque les liens ainsi créés rendront l’environnement de classe moins menaçant lorsqu’un étudiant se risquera à donner une réponse ou à signifier une objection.

Dans une salle de cours traditionnelle, les étudiantes et étudiants se côtoient à la pause, dans d’autres cours ou lors d’activités parascolaires. Même s’ils ne se connaissent pas, ils ont accès au langage non verbal, ce qui permet de décoder les réactions de l’autre. En situation de visioconférence, les étudiants sur un site donné n’ont pas accès à ce langage non verbal à cause de la distance des caméras ou du flou de l’image. L’absence de cette dimension viendra nuire à la communication, et c’est l’enseignant qui devra développer des stratégies pour pallier cette lacune.

La dynamique dans une visioconférence point à point

Lors d’une visioconférence point à point, c’est-à-dire reliant un site à un autre, la communication est facilitée par le fait qu’il n’y a qu’un seul site à distance dont l’enseignant doit se préoccuper. Celui-ci doit cependant voir à maintenir la communication entre les étudiants du site à distance et ceux du site en présentiel.

Pour ce faire, il pourra…

  • accorder du temps aux échanges sociaux en début de cours et même encourager les étudiantes et étudiants du site en présentiel à s’enquérir de sujets de nature sociale (température, sport, etc.) auprès de leurs condisciples à distance. Contrairement à ce que certains pensent, il ne s’agit pas d’une perte de temps, bien au contraire!;
  • relancer régulièrement le site à distance en les questionnant ou en s’informant de leur niveau de compréhension du cours, quitte à prévoir dans sa planification des moments dédiés à cela. Si le formateur éprouve une certaine difficulté à s’arrêter pour faire ce genre d’intervention, il pourrait prévoir des diapositives dans sa présentation qui indiqueraient, par exemple, «Et (nom du site à distance), ça va?»;
  • bien préparer les activités de discussion ou de travail de groupe afin qu’elles soient structurées de la façon la plus efficace possible et que tout le matériel didactique nécessaire soit produit;
  • varier les types d’activités pédagogiques afin de maintenir l’intérêt des étudiants et de favoriser leur participation. Si un bon film de 3 h est parfois long, alors un cours magistral télévisé de 3 h, c’est encore plus long…;
  • se déplacer, au moins une fois, pour offrir sa prestation de cours à partir du site à distance. Cela permettra aux étudiantes et étudiants à distance de mieux connaître l’enseignant et de se familiariser avec son langage non verbal, et à l’enseignant de créer des liens avec ces étudiants. De plus, les étudiants du site en présentiel développeront une certaine empathie pour la situation des étudiants à distance, puisqu’ils auront vécu cette situation eux-mêmes;
  • s’il n’y a qu’un ou deux étudiants sur le site distant, le formateur aurait tout avantage à communiquer par téléphone avec ces étudiants avant ou après le premier cours. Cet échange permettra un rapprochement entre l’enseignant et les étudiants à distance. Ces derniers auront donc moins le sentiment d’être laissés pour compte lorsque l’attention de l’enseignant sera prise par les étudiants, plus nombreux, du site en présentiel.

La dynamique dans une visioconférence multipoints

Une visioconférence multipoints, c’est-à-dire entre plus de deux sites, demande un peu plus d’efforts de la part du formateur au niveau de la communication. La taille du groupe, donc le nombre de sites, est également à considérer dans ces efforts.

Tout comme dans une classe traditionnelle, un enseignant ne peut connaître chacun de ses 60 étudiants. Par contre, une classe de 20 étudiants lui permettra d’établir une ambiance propice aux échanges. Dans certaines configurations, le professeur ou chargé de cours pourrait enseigner à cinq étudiants en présentiel et à six autres répartis sur trois sites distants. Dans un autre cas de figure, le formateur et les étudiants pourraient se retrouver isolés, chacun devant son ordinateur. Ces variantes obligent l’enseignant à s’adapter.

Le défi du formateur qui veut encourager les échanges dans son cours sera de faire sortir les étudiantes et étudiants de l’anonymat relatif et confortable que leur procure leur écran d’ordinateur. Les étudiants de nature plus indépendante se rebifferont sans doute lorsqu’on leur demandera de participer aux discussions. Toutefois, ceux qui ont besoin de relations interpersonnelles pour y puiser leur motivation seront reconnaissants des efforts consentis par l’enseignant pour générer cette interaction. De tels échanges pourraient aussi aider à contrer la somnolence sporadique qui afflige certains participants.

Par ailleurs, dans une situation de visioconférence multipoints, l’enseignant aurait tout avantage à planifier des plages de son cours dédiées à des activités pédagogiques en sous-groupes. Ainsi, il peut diviser son groupe de 20 personnes en 2 groupes de 10 qui discuteront chacun autour d’une thématique avec le formateur pendant 30 minutes. Par la suite, tous les participants reviennent et mettent en commun les résultats de leurs discussions. L’enseignant pourra également utiliser ces plages horaires pour suivre les travaux d’équipe ou permettre un temps de questions et réponses. Ces moments en petits groupes permettent le développement d’une certaine proximité avec le formateur et entre les étudiants.

Enfin, notons que les suggestions présentées pour la visioconférence point à point s’appliquent tout autant en contexte de visioconférence multipoints. Seul le déplacement vers les sites à distance s’applique difficilement dans ce cas-ci.

Lors d’un cours par visioconférence, l’enseignant a donc une responsabilité accrue pour ce qui est de faciliter la communication entre tous les participants. S’il prend le temps de planifier et d’encourager la communication dans sa classe, il bénéficiera d’un climat de classe plus harmonieux qui permettra ensuite aux étudiantes et étudiants de participer pleinement aux activités d’apprentissage.

Références

Chomienne, Martine, «La visioconférence : un outil pédagogique à exploiter», ProfWeb.qc.ca, 16 mars 2007.

Loisier, Jean, Guide de communication éducative et de choix technologiques en formation à distance, REFAD, mars 2009, 122 p. [document PDF].