Carole Beaulieu

Une chercheuse… dans le champ!

Carole Beaulieu cherche des «bibittes». Son laboratoire est peuplé de microbes dont les us et coutumes ont peu de secrets pour elle.

Si plusieurs d'entre nous voient les bactéries comme des plaies à enrayer, la biologiste, elle, y voit aussi de précieuses alliées pour combattre les maladies végétales. En plus de donner un sérieux coup de pouce aux agriculteurs, la chercheuse vient d'être désignée, par ses pairs, ambassadrice de l'expertise du Québec en matière d'agriculture végétale.

Spécialiste de l'écologie microbienne, Carole Beaulieu travaille au sein d'une armée hors du commun : les actinomycètes, un groupe de bactéries. «La plupart ne sont pas pathogènes et certaines ont des propriétés anti-microbiennes. Avec elles, on pourrait traiter les maladies qui s'en prennent aux végétaux sans recourir aux produits chimiques.» La femme aux yeux perçants s'est d'abord intéressée aux maladies des violettes africaines et des tomates. Puis, en 1996, elle a déniché un individu capable de s'attaquer au pourridié du framboiser, une maladie causée par un champignon. Aujourd'hui, Carole Beaulieu est tombée… dans les patates.

«La gale commune de la pomme de terre est une maladie qui engendre des taches brunes sur le tubercule. Même si elle n'est pas néfaste pour la consommation, elle cause 15% de perte par année. Pour nos agriculteurs, c'est un problème majeur.» C'est aussi un problème pour l'industrie de la transformation qui ne veut pas de ces taches brunes sur ses croustilles et ses frites surgelées. Qui plus est, aucun pesticide n'a encore été autorisé pour enrayer ce défaut esthétique. Carole Beaulieu, elle, espère trouver une arme écologique. «Nous avons découvert une stratégie de l'agresseur : il libère sa toxine au moment où il entre en contact avec la subérine, la cire qui recouvre le tubercule.» La chercheuse pense même avoir trouvé un actinomycète qui lutte contre la gale, le Streptomyces hydroscopius geldanus. Deux anciens étudiants de l'Université de Sherbrooke ont d'aileurs créé une compagnie, HMH Therafect, dans le but de commercialiser le pesticide biologique.

Des scientifiques qui, comme Carole Beaulieu, travaillent à mettre au point des méthodes écologiques pour améliorer la qualité des végétaux, le Québec en compte des dizaines. «Mais ils sont vus comme insoucieux de l'environnement.» La biologiste compte bien changer cette image. D'ici quelques jours, elle deviendra la directrice du Centre SÈVE, le Centre de recherche en amélioration végétale qui sera basé à l'Université de Sherbrooke. Regroupant des chercheurs des quatre coins du Québec, le centre s'est donné deux missions : réduire l'émission des gaz à effet de serre et l'utilisation de produits chimiques nuisibles à l'environnement. «Nous voulons resserrer les liens entre les chercheurs mais aussi entre les producteurs, les industriels, les décideurs et le grand public.» Le Centre SÈVE entend porter un regard critique sur ses propres recherches qui incluent parfois des manipulations génétiques. Le centre projette aussi de mettre au point des moyens d'éducation qui tiennent compte des besoins de la population. Financé par le Fonds québécois pour la recherche sur la nature et les technologies, le Centre SÈVE sera inauguré le 23 juin.

Juin 2004