Gérer son stress lorsqu’on est un athlète de haut niveau

Amélie Soulard, chargée de cours à la Faculté des sciences de l'activité physique

Lors de Jeux olympiques, la tension est palpable. Pour nous, téléspectateurs, la représentation médiatique des Jeux olympiques nous procure une multitude d’émotions, de la fierté, de la tristesse par moments, mais aussi une fébrilité vibrante. Si le simple fait de regarder les Jeux nous met dans de tels états, qu’en est-il de la condition mentale des athlètes qui se préparent à l’épreuve de leur vie ?

Entretien avec Amélie Soulard, chargée de cours à la Faculté des sciences de l’activité physique. Madame Soulard s’intéresse particulièrement à la psychologie sportive et plus précisément à la préparation mentale des athlètes.

En préparation aux Jeux olympiques, comment les athlètes peuvent-ils se préparer mentalement à une telle épreuve de stress ? 

D’abord, il faut savoir que la préparation mentale est un type d’entraînement, tout comme l’entraînement physique pour les athlètes. C’est une démarche relativement longue qui débute avec un principe de base : comprendre le stress. Normaliser ce « bobo » qu’est le stress permet de prendre du recul et d’être en pleine connaissance de ses moyens.

Il existe deux types de stress

  • Le stress somatique qui correspond aux réactions physiologiques du corps comme la respiration qui s’accélère, la sueur, etc.
  • Le stress cognitif qui correspond davantage aux émotions, pensées, etc.

Pour arriver à contrôler son stress somatique, le meilleur truc est d’exercer la respiration consciente qui permet d’envoyer un message au cerveau pour lui indiquer que le corps est en mode relaxation. Cela va permettre de calmer le stress sur le plan physique. Pour le stress cognitif, il y a deux types de stratégies soit une axée sur les émotions et une axée sur la situation et la résolution de problèmes. C’est celle que l’on privilégie, car elle permet de prendre une distance et de relativiser la situation.

Sachant que pour plusieurs athlètes, les Jeux olympiques sont la réalisation de l’objectif ultime de leurs vies, par quels moyens peuvent-ils gérer leurs émotions ?

En gardant la tête froide. On doit s’accrocher à l’idée que les émotions sont là et qu’on ne peut pas vraiment les contrôler. Les athlètes doivent les accepter ce qui fait partie de leur préparation mentale. 

Un bon moyen pour être en contrôle est de garder le focus sur le processus en cours, sur la tâche à effectuer et non sur le résultat sur lequel les athlètes n’ont aucun contrôle. L’important est de garder le focus sur le moment présent et rien d’autre.

Autrement, les athlètes pourraient risquer de se créer du stress pour des situations qu’ils n’ont pas encore à traiter. Par ailleurs, en se concentrant sur les résultats de l’épreuve, l’athlète n’est pas concentré sur ce qu’il a à faire dans l’immédiat et cela pourrait nuire grandement à sa performance.

Les Jeux olympiques étant extrêmement médiatisés, comment les athlètes se préparent-ils à l’ajout de cette pression sociale à leur stress de performance déjà bien présent ?

Il est certain que cela représente un enjeu important. Toutefois, les athlètes sont en quelque sorte déjà préparés à cela. Au sein de l’équipe olympique, il y a une personne responsable de briefer les concurrents. On leur donne ainsi des pistes de réponses, on leur montre comment se comporter, combien de temps allouer aux médias, etc. Les athlètes s’entraînent aussi à vivre diverses situations qui peuvent altérer leur concentration. Certains sont dérangés par le bruit, d’autres par les hautes lumières, mais chacun peut se soumettre à ces conditions à l’entraînement et ainsi se préparer en conséquence et ne pas se retrouver devant l’inconnu.

Les humains, nous avons tendance à ne pas aimer nous retrouver face à l’inconnu et c’est pour ça que la préparation mentale chez les athlètes olympiques commence très tôt et est une partie intégrante de leur travail. Les conditions seront différentes de celles de l’entraînement, même le transport sur les lieux de la compétition peut s’avérer stressant lorsque nous ne sommes pas en contrôle et c’est là que la normalisation du stress prend tout son sens. 

Quelles peuvent être les conséquences du stress sur la performance ?

Le stress peut nuire à la performance dans deux situations. 

  • Si la personne n’éprouve pas assez de stress et est en mode « relax »
  • Si la personne est trop stressée et n’arrive pas à reprendre le contrôle ni sur son corps ni sur son esprit

Tout est donc une question d’équilibre. Il faut se trouver dans ce qu’on appelle communément la zone. C’est le moment où le stress est présent en quantité suffisante pour susciter une bonne performance, mais sans être en excès pour empêcher l’athlète de vraiment bien se concentrer. Les athlètes, en se préparant longtemps d’avance, laissent le temps au stress psychologique de s’installer et de les garder avide de compétition sans pour autant se créer trop d’anticipation. 

Il ne faut donc pas considérer le stress comme un ennemi, car il est en quelque sorte plus un besoin qu’une menace. Du moment où les personnes atteintes comprennent et normalisent leur stress, c’est une réaction tout à fait saine et normale. 

En terminant, madame Soulard rappelle que la préparation mentale avant les Jeux est très importante, certes, mais que la préparation à l’après Jeux l’est tout autant. Une fois que le stress et l’adrénaline retombent, les athlètes peuvent ressentir une petite baisse et doivent se laisser du temps pour récupérer d’un tel événement. 

Plusieurs personnes se retrouvent aussi en phase de transition, les Jeux sont l’objectif ultime de biens des sportifs et une fois cet objectif atteint, plusieurs se sentent désemparés face à la situation dans laquelle ils se retrouvent, sans objectif précis pour le moment. Il suffit alors de se trouver de nouveaux défis. Une dernière chose, une fois un tel événement terminé, il est important de faire un retour, d’en tirer des constats. Cela peut aider entre autres à la fixation de nouveaux objectifs.