Le vote des jeunes à l’heure du changement de garde générationnel

Eugénie Dostie-Goulet, chargée de cours à l'École de politique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines

Après avoir dominé le Québec pendant des décennies par son poids démographique, la génération des baby-boomers ne détiendra pas la balance du pouvoir au sein de l’électorat cette année. En effet, les trois grandes générations formeront chacune le tiers de l’ensemble des électrices et électeurs. Que peut-on espérer en termes de résultats par rapport à ce changement de garde générationnel, alors que le Y, les X et les boomers se partagent également la part du vote?

Entretien avec Eugénie Dostie-Goulet, chargée de cours à l’École de politique appliquée. Spécialiste du comportement politique, elle s’intéresse particulièrement aux thématiques liées à la jeunesse.

Que peut-on attendre du changement de garde générationnel à l’issue du vote électoral?

D’abord, il faut se demander si les jeunes sortiront pour aller voter. Ils ont certes un poids qui peut peser, mais pour que ce poids ait une portée, il faut qu’ils aillent voter. Ils sont nombreux, mais encore faut-il qu’ils se fassent entendre. La génération plus âgée, bien qu’elle soit présente en moins grand nombre cette année par rapport aux années précédentes, est celle qui se rend le plus aux urnes. 

Pourquoi la plus jeune génération, particulièrement les 18-34 ans, ne vote-t-elle pas? 

Plusieurs études démontrent que c’est la résultante d’une accumulation de divers facteurs. Entre autres, les jeunes électeurs ont un sens du devoir qui est moins prononcé que les générations plus âgées. Leur intérêt est aussi moins associé aux élections, aux partis politiques.

L’identification partisane, c’est primordial pour aller voter. Quand tu t’identifies à un parti, la probabilité que tu sortes pour aller voter pour ton parti est vraiment plus forte.

Cependant, quand l’identification partisane est moins prononcée, la probabilité qu’on aille voter est moins forte. On se sent ainsi moins concerné, on sent moins le besoin d’aller appuyer le parti qu’on aime.

Lorsque l’on s’attache à un parti, on s’attache à sa plateforme. Pour ce faire, il faut avoir la certitude que les éléments forts de la plateforme sont assez importants pour mettre de côté les éléments les plus faibles. Pour les jeunes, c’est plus difficile de faire ça; leur engagement se fait plus souvent sur des enjeux au cas par cas que sur une plateforme de parti.

Avec des enjeux comme la souveraineté, c’était plus simple, si l’on se reconnaissait, de s’identifier au parti qui portait cet enjeu.

Aujourd’hui, les campagnes sont plus diversifiées et ne se sont plus sur l’axe souverainiste-fédéraliste, rendant les éléments des plateformes électorales plus complexes.

L’enjeu de l’environnement pourrait-il stimuler le vote des plus jeunes?

L’environnement est un enjeu assez important pour tout le monde, mais chez les jeunes, ça ressort effectivement parmi les enjeux qui les préoccupent le plus. L’éducation et la santé sont aussi des enjeux qui leur tiennent à cœur. Ce n’est pas évident de déterminer l’enjeu principal de la jeunesse, et le parti qui peut y répondre. À quel parti on attribue spécifiquement l’enjeu de l’environnement? Ce n’est pas toujours évident. Même au Parti Vert, il n’y a pas que l’environnement dans la plateforme, on peut ne pas être d’accord avec d’autres orientations. 

Les partis politiques s’adressent-ils aux jeunes?

Depuis quelques élections, on voit qu’ils essaient de le faire un peu plus. Je ne sais pas si cet effort est conscient au niveau des candidatures, mais on en parle beaucoup, on présente de jeunes candidates et candidats, on rappelle qu’ils sont jeunes. Il est certain qu’on s’adresse à des gens pour qui l’on pense que ça vaut la peine d’investir du temps. On sait que c’est dur d’aller chercher les jeunes et que ça demande un effort particulier pour s’adapter... mais ça peut être payant pour un parti politique de faire ce pari.

En même temps, pour leur dire quoi? Les jeunes ne sont pas une catégorie unique… on ne peut pas s’adresser à eux d’une seule et même manière. Certains sont aux études, d’autres ont une carrière, ont une vie de famille… Il n’y a rien d’homogène dans la jeunesse.

Les jeunes ne sont pas si différents des autres groupes à tous points de vue, en même temps, ils le sont suffisamment pour qu’on ne parle pas de la même façon, mais ils ne forment pas un tout homogène. Comment arriver à leur parler? C’est une question très complexe.

Si les 18-34 ne vont pas voter, les gouvernements vont moins s’intéresser à les représenter sur le plan politique. N’y a-t-il pas là un danger?

C’est un cercle vicieux et une véritable problématique. C’est important que les jeunes aillent voter pour que le système s’intéresse à eux et prennent en compte leur opinion, mais pour ça, il faut qu’ils se sentent interpellés par la politique et qu’ils se sentent représentés pour avoir envie de s’impliquer. C’est pourquoi il y a autant d’initiatives mises en place notamment par Élections Québec pour informer les jeunes et les inciter à aller voter.

Si une certaine partie de la jeunesse se fait entendre d’autres manières, notamment par des initiatives citoyennes, c’est toutefois lors du vote qu’on peut élire celles et ceux qui prennent les décisions.