Le Québec en campagne électorale

Catherine Côté, professeure à l'École de politique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines.

Dans les prochains jours, le premier ministre Philippe Couillard déclenchera les élections provinciales. Ce sera une longue campagne de 39 jours, puisque le vote aura lieu le 1er octobre. Les chefs de partis participeront à plusieurs rassemblements et auront différentes opportunités pour faire valoir leur plateforme et leurs points de vue sur des sujets importants aux yeux des citoyens : santé, économie, éducation, etc. Une longue campagne a des avantages, mais aussi quelques défis…

Entretien avec Catherine Côté, professeure à l’École de politique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines. La professeure Côté se spécialise dans l'analyse du discours et s'intéresse plus particulièrement aux comportements politiques et aux idéologies, à l'influence des médias et aux changements de valeurs politiques (cynisme, effet générationnel). Elle analyse l'opinion publique et l'image des campagnes électorales depuis 1997.

La campagne électorale sera longue, quels sont les enjeux auxquels feront face les partis?

Lors du déclenchement d’une campagne électorale, le parti le plus en avance dans les sondages est celui qui a le plus à perdre, d’une part parce qu’il est la cible de toutes les attaques, et d’autre part parce qu’il doit conforter son avance tout en évitant les pièges et les bourdes. 

Cette campagne-ci démarre avec un écart entre les partis qui n’est pas très prononcé. De plus, 45 % des électeurs n’ont pas encore arrêté leur choix, ce qui veut dire que la campagne sera difficile pour tous et que tout peut arriver! 

Quelles sont les forces et faiblesses des différents partis?

Le Parti libéral bénéficie à la fois d’un système électoral qui lui est favorable, en lui permettant de compter sur un certain nombre de bastions, mais également d’une « prime à l’urne », c’est-à-dire que certaines clientèles électorales lui sont acquises, même si elles sont discrètes lors des sondages. Et puisque le mode de scrutin n’est pas proportionnel, plus les électeurs sont divisés entre les autres options politiques et plus il a de chances de l’emporter. Toutefois, son bilan est critiqué et certaines politiques ont irrité de nombreux électeurs. Le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec cherchent donc à démontrer qu’ils sont l’alternative la plus valable. Dans le cas du PQ, ils misent sur des politiques sociales et économiques qui agiront comme leviers pour la société, notamment en misant sur l’investissement en éducation et les garderies, ce qui correspond à une position de centre gauche sur l’échiquier. Ils ont mis la souveraineté en veilleuse, mais ils espèrent conserver cet électorat. En ce qui a trait à la CAQ, elle cherche à offrir une troisième avenue, en étant à la fois proche du PLQ sur certains aspects, comme son approche économique et sa profession de foi fédéraliste, mais également du PQ, en cherchant à démontrer qu’ils sont également nationalistes et qu’ils veulent préserver certaines politiques sociales. Ils cherchent donc à séduire l’électorat du PQ et une partie de celui du PLQ. Québec solidaire ne cherche pas à prendre le pouvoir. Il cherche plutôt à offrir une position encore plus ancrée à gauche, en plus de parler de souveraineté, ce qui nuit au PQ, mais pas aux autres partis.

D’après vous, quelles sont les tendances pour cette campagne, les candidats oseront-ils sortir du discours politique plus traditionnel?

Les partis vont essayer de contrôler le discours des candidats, mais ils n’y arriveront probablement pas. Avec les récents changements d’allégeances qui ont eu lieu au PLQ et à la CAQ, il risque d’y avoir quelques couacs.

Les politiciens contournent de plus en plus les médias traditionnels pour aller directement vers les citoyens, notamment par le biais des médias sociaux. Ils ne sont donc pas toujours encadrés par leur parti et risquent ainsi de se mettre davantage les pieds dans les plats. 

Comme politologue, à quel type de campagne vous attendez-vous?

Les jeux sont loin d’être encore faits et l'on peut s’attendre à des surprises, surtout avec une longue campagne électorale.

Cette élection pourrait même être historique à plusieurs égards, notamment en ce qui a trait à un réalignement des partis ou au fait que trois des partis ont promis de changer le mode de scrutin s’ils sont élus. Le poids démographique des jeunes est également suffisamment important pour faire pencher la balance s’ils s'engagent dans la campagne, et surtout, s’ils vont voter.