Récipiendaires 2013

Guillaume Desnoyers - Sciences de la santé

Découverte de nouveaux mécanismes d’actions des petits ARNs régulateurs bactériens

Les entérobactéries sont responsables annuellement de millions d'intoxications alimentaires à travers le monde. Pour établir efficacement une infection, ces bactéries doivent s'adapter rapidement aux conditions changeantes de leur hôte (l'Homme) en modifiant l'expression de leurs gènes. Récemment, un nouveau joueur important dans la régulation génétique chez ces bactéries fut découvert, les petits ARNs. Ces petites molécules sont essentielles à l'adaptation aux stress en permettant à la bactérie de moduler rapidement l'expression de ses gènes. Les recherches que j'ai effectuées au cours de mes études doctorales ont permis de caractériser différents mécanismes ingénieux utilisés par ces petits ARNs et de mieux comprendre comment ils peuvent permettre à la bactérie de s’adapter rapidement à des conditions physiologiques changeantes. Plus particulièrement, j'ai caractérisé des mécanismes permettant au petit ARN RyhB d'aider la bactérie E. coli à survivre lors d'une carence en fer. De plus, j'ai démontré que le petit ARN Spot42 aide cette bactérie à utiliser les sucres les plus énergétiques disponibles dans l'environnement en réprimant l'expression de gènes impliqués dans l'utilisation de sucres moins énergétiques.

Même s'il s'agit de recherche fondamentale, la compréhension de ces mécanismes nous renseigne sur les stratégies utilisées par les entérobactéries pour coloniser leurs hôtes. Dans un contexte où plusieurs souches bactériennes sont devenues résistantes aux antibiotiques traditionnels, une meilleure compréhension des mécanismes d'actions des petits ARNs pourrait mener au développement d'une nouvelle génération d'antibiotiques.

Gabriel Mitchell - Sciences naturelles et génie

Contribution du régulon sigmaB à la panthogenèse de variants de Staphylococcus aureus formant de peitites colonies lors d’infections pulmonaires chroniques chez les patients atteints de fibrose kystique 

Bien que la fibrose kystique (FK) soit fondamentalement causée par une défectuosité génétique, les infections microbiennes représentent la plus grande cause de mortalité des gens qui en sont atteints. La bactérie Staphylococcus aureus est un des pathogènes les plus communs associés à cette maladie et est la cause d'infections chroniques. Des souches de S. aureus formant de petites colonies (les small-colony variants ou SCVs) sont associées avec la persistance des infections pulmonaires à S. aureus chez les patients FK. Mon projet de doctorat a consisté à déterminer les bases moléculaires de la persistance des infections à S. aureus chez ces patients. Mes recherches ont été orientées vers la compréhension du rôle de certains gènes et phénotypes influencés par le facteur de transcription sigma alternatif sigma B (SigB), dont l'activité est accrue chez les SCVs. Les mécanismes moléculaires par lesquels ce facteur de transcription influence l'adhésion aux tissus, la formation de biofilms et la persistance à l'intérieur des cellules de l'hôte ont été étudiés. J'ai également démontré que certains facteurs environnementaux tels que la présence d'antibiotiques et les co-infections avec Pseudomonos aeruginosa favorisent l'émergence du phénotype SCY et la formation de biofilms en activant SigB. Mes résultats suggèrent aussi que l'état proinflammatoire des tissus épithéliaux FK promeut la persistance du S. aureus à l'intérieur des cellules de l'hôte, conférant protection à la bactérie contre le système immunitaire et l'action de certains antibiotiques. Finalement, mes études ont été dirigées vers l'élaboration d'antibiothérapies alternatives permettant de combattre les infections chroniques à S. aureus et ont été couronnées par la découverte de l'activité antimicrobienne de l'alcaloïde stéroïdal tomatidine. La tomatidine pourrait être utilisée 'en thérapie combinée avec d'autres antibiotiques afin d'éliminer les formes persistantes de S. aureus.

Guillaume Rousseau - Lettres, sciences humaines et sociales

L’état unitaire et la décentralisation en France et au Québec : identité nationale et identités régionales

Ma thèse cherche à démontrer, à travers l'histoire du droit français des collectivités territoriales et celle du droit municipal québécois, que l'État unitaire décentralisé peut viser à concilier l'identité nationale et les identités régionales. La construction de l'État unitaire centralisé a favorisé l'émergence d'une identité nationale. Les premières grandes lois de décentralisation ont été adoptées et appliquées durablement au moment où l'identité nationale était sécurisée. Des politiques de régionalisation ont été mises en l'œuvre après que les identités régionales aient été considérées compatibles avec l'identité nationale, et ce, souvent par des auteurs favorables à la décentralisation. La décentralisation régionale a été réalisée en faveur de régions historiques. Elle a été l'œuvre de gouvernements et de parlementaires proclamant qu'elle vise à valoriser les identités régionales sans nuire à l'unité nationale dont l'État (unitaire) est garant. En France, des lois centralisatrices sont souvent adoptées à la même période que des mesures favorables à la langue nationale, alors que des mesures de régionalisation sont souvent adoptées à la même période que des mesures favorables aux langues régionales.

Les principales compétences portant sur des domaines davantage associés à l'identité nationale sont généralement centralisées. Les principales compétences portant sur des domaines associés autant à l'identité nationale qu'aux identités régionales sont habituellement en partie centralisées et en partie décentralisées, notamment vers des organismes régionaux. Les principales compétences portant sur des domaines davantage associés aux identités régionales sont souvent au moins en partie décentralisées en faveur d'organismes régionaux. Tous ces éléments de la démonstration sont révélés par une analyse de diverses sources, dont des lois, des textes de doctrine, des débats parlementaires, des jugements et d'autres décisions, des publications gouvernementales et des textes d'auteurs en sciences humaines. En conclusion, il est possible d'affirmer que l'État unitaire décentralisé peut chercher à concilier l'identité nationale et les identités régionales.