Récipiendaires 2008

Christiane Auray-Blais - Sciences de la santé

Association entre le génotype et l'excrétion du Gb3 chez les patients atteints de la maladie de Fabry et la gestion des biobanques dans la recherche en génétique humaine

D’emblée, il me faut vous dire que la thèse de Mme Auray-Blais a fasciné tous les évaluateurs. Non seulement cette recherche est-elle multidisciplinaire (radiobiologie et éthique), mais elle touche deux sujets hautement préoccupants dans notre société : la maladie et la recherche sur des sujets humains.

Dans le domaine de la radiobiologie, Mme Auray-Blais a mis au point une méthodologie pour l’analyse du biomarqueur Gb3 (je vous épargne son nom au complet !) qui permet le dépistage de la maladie de Fabry, une maladie héréditaire dont le diagnostic pouvait prendre plus d’une dizaine d’années. Cette nouvelle méthodologie permet de dépister la maladie par des échantillons d’urine séchée et conservée sur papier filtre qui sont analysés rapidement par un spectromètre de masse en tandem, un appareil de haute technologie. Ça vous semble simple ? Et ça l’est ! C’est là le génie de cette contribution innovatrice à notre société. Les porteurs de la maladie de Fabry peuvent désormais recevoir beaucoup plus tôt une évaluation thérapeutique et un suivi adéquat et ainsi voir leur qualité de vie améliorée. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé pour une personne de la région de l’Estrie, qui a été diagnostiquée lors des travaux de la recherche doctorale. L’impact de cette innovation est telle qu’elle sera employée pour une étude pancanadienne de dépistage de la maladie de Fabry. Les résultats de la recherche de Mme Auray-Blais font en sorte que Sherbrooke devient le centre canadien de référence pour l’analyse du Gb3 urinaire.

Dans le domaine de l’éthique, la contribution de Mme Auray-Blais est tout aussi majeure. En effet, comme la recherche en génétique humaine utilise des informations de biobanques et qu’on souhaite les utiliser pour des recherches ultérieures, il devient impératif de doter les institutions de recherche de mécanismes de gestion qui respectent l’éthique en matière de recherche avec l’Humain, c’est-à-dire qui protège l’intégrité des sujets participant à un projet de recherche. D’autant plus que beaucoup de chercheurs désirent des banques d’échantillons codés et non plus anonymes. Les travaux de recherche de Mme Auray-Blais l’ont conduite à proposer un modèle de gestion des biobanques basé sur deux séries de codes : la première étant gérée par le chercheur principal pour ses projets de recherche, la seconde par l’archiviste médical, qui relève de l’administration d’un centre hospitalier, qui est indépendant des projets de recherche et qui doit se conformer à la Loi sur les archives. Ce modèle a fait l’objet d’une lettre dans la prestigieuse revue scientifique Science. Quelle magnifique reconnaissance de la valeur des travaux de Mme Auray-Blais!

Mais encore une fois, il y a plus ! La lauréate a ajouté à son modèle de gestion des biobanques un modèle de formation continue en éthique pour le personnel impliqué dans la recherche en génétique avec des biobanques. Nous pouvons dire que la boucle est bouclée ! Vous comprenez maintenant pourquoi la recherche de Mme Auray-Blais a tant impressionné le jury. De telles recherches sont admirables, inspirantes et nous ne pouvons que souhaiter qu’elles servent de modèle de référence.

Mme Auray-Blais a communiqué ses résultats de recherche dans de nombreuses revues et congrès nationaux et internationaux. Présentement, elle effectue un stage postdoctoral dans le laboratoire du Dr David S. Millington à l’Université Duke. Sa carrière en recherche, amorcée depuis plusieurs années, se poursuit avec des demandes de subventions, des collaborations internationales, des partenariats scientifiques avec l’industrie. Mme Auray-Blais est également professeure associée à la Faculté de médecine et des sciences de la santé.

Philippe-Aubert Gauthier - Sciences naturelles et génie

Synthèse des champs sonores adaptive

Depuis quelques décennies, la réalité virtuelle s’installe progressivement dans nos vies et nous fascine. Je dirais, et vous serez certainement d’accord avec moi, qu’en matière de réalité virtuelle, nous sommes beaucoup plus familiers avec sa dimension visuelle qu’avec son aspect auditif. Pourtant l’ouïe participe autant de la réalité que la vision.

Dans sa thèse, M. Gauthier s’est attaqué au problème de la création d'une illusion spatiale auditive la plus proche possible du réel : le son virtuel et ce, pour une audience en mouvement.

Si la physique du son permet de sculpter des perspectives sonores (immersion, profondeur, distance, effet de perspective, etc.) dont les propriétés spatiales sont très proches de celles d'une scène auditive réelle, il reste que la présentation d'une acoustique virtuelle dans un lieu de reproduction quelconque (salle d'écoute, salon, etc.) se heurte à l’acoustique de l'endroit physique où est présentée la scène virtuelle. Pour que le son virtuel soit le plus fidèle possible au son réel, il faudrait pouvoir effacer l'acoustique du lieu dans lequel il est projeté.

Eh bien, c’est chose en grande partie faite! En effet, par ses travaux de recherche doctorale, M. Gauthier a défini une nouvelle stratégie de reproduction des champs acoustiques : l’Adaptative Wave Field Synthesis, connue sous le sigle de AWFS. Le mérite de l’AWFS réside dans l’atténuation de l'effet du lieu de projection sur la reproduction sonore virtuelle en améliorant la technologie de reproduction des champs acoustiques la plus en vogue à l’heure actuelle : la Wave Field Synthesis (WFS), utilisée, notamment, par les systèmes de cinéma maison à cinq haut-parleurs et les systèmes stéréophoniques. Un pas de géant dans le monde de la réalité virtuelle sonore !

Cette nouvelle approche, qualifiée d’originale et d’attrayante par les évaluateurs de la thèse, combine de façon simple et puissante les avantages de la WFS et la minimisation directe de l’erreur de reproduction. Astucieux et brillant !

Monsieur Gauthier, l’Université de Sherbrooke joint ses félicitations à celles des experts qui ont évalué vos travaux de recherche et qui ont louangé votre grande rigueur, votre audace, votre créativité et votre substantielle contribution au champ d’études. Les publications dans des revues de très haut niveau ont été nombreuses et elles confirment de l’excellence de votre recherche. Il en va de même pour votre obtention, lors du 123e congrès de l'Audio Engineering Society, tenu en octobre à New York, du prix étudiant 2007 qui couronne le meilleur article présenté par un étudiant. Bravo!

Mais il y a plus! Les impacts des travaux de M. Gauthier dépassent largement les frontières du monde scientifique pour pénétrer celui des arts. En effet, M. Gauthier étant lui-même musicien électroacoustique (Il a plusieurs performances à son actif !), ses recherches suscitent énormément d’intérêt dans le monde artistique : articles dans des revues d’arts sur le son, invitations à donner des conférences et des ateliers, présentations et discussions de ses travaux sur divers sites Internet et blogs d’artistes. Bref, M. Gauthier est un scientifique doublé d’un artiste !

François Melançon - Sciences humaines et sociales

Le livre à Québec dans le premier XVIIIe siècle : la migration d'un objet culturel

La thèse de Monsieur Melançon peut être comparée à un grand vent qui a balayé certaines croyances à la base de la conception de l’histoire du livre et de l’imprimé au Québec, histoire qui, en général, commence par Il était une fois une imprimerie… Or si la première imprimerie en Nouvelle-France est arrivée en 1764, sous le régime britannique, faut-il en déduire qu’avant, pendant le régime français, il n’existait aucun livre, aucun imprimé et que la monarchie française maintenait sa colonie dans une sorte d’obscurantisme? Absolument pas! L’analyse quantitative de diverses pratiques faite par M. Melançon permet d’estimer à un tiers la proportion de ménages qui possédaient au moins un livre aux débuts de la colonisation.

En fait, l’histoire de M. Melançon commence plutôt par Il était une fois des livres et des imprimés qui circulaient en Nouvelle-France, plus particulièrement dans la ville de Québec, de 1660 à 1760…

Grâce à sa lecture de milliers de lettres, de journaux de voyage et du dépouillement de dizaines de documents comptables, M. Melançon a découvert un monde inédit sur les modalités de circulation du livre et de l’imprimé. Ainsi, le livre n’a pas attendu une presse en Nouvelle-France pour apparaître. Il est arrivé en même temps que les premiers explorateurs et les premiers colons. On le gardait pour soi, on le bradait, on l’échangeait, on s’en servait dans l’administration (civile, militaire et religieuse) et dans les écoles. On le faisait venir de la mère patrie et on l’y faisait imprimer.

Les travaux de M. Melançon révèlent brillamment et incontestablement la contribution de la circulation du livre et de l’imprimé à l’enracinement de l’héritage français dans la colonisation de la vallée du Saint-Laurent et au façonnement du Québec contemporain... L’impact des travaux de recherche sont tels qu’ils obligent à une révision en profondeur des bases de la conception de l’histoire du livre au Québec et au Canada. Quelle belle page d’histoire!

M. Melançon est désormais une référence dans le champ de l’histoire du livre et de l’histoire de la Nouvelle-France. À preuve, il a été embauché comme consultant par les musées de la civilisation du Québec et du Canada. Il est également chercheur pour le projet pancanadien d’histoire du livre et de l’imprimé au Canada. Il a été invité à présenter ses travaux à plusieurs reprises et ce, dans divers contextes, dont celui des fêtes de la Nouvelle-France à Québec. Bref, son expertise de chercheur est déjà largement reconnue et elle ne pourra que s’accroître grâce au stage postdoctoral qu’il effectue au projet de Dictionnaire des métiers du livre au Québec et au Canada pour le Groupe de recherche sur l’édition littéraire au Québec, ici même à l’Université de Sherbrooke.