Métier : éditrice
Les exigences de la passion

Rencontre avec Geneviève Thibault, fondatrice du Cheval d'août

Se lancer en affaires n’est pas chose facile, loin de là, et ce, peu importe le marché qu’on souhaite percer. Il est toutefois indéniable que certains domaines sont plus exigeants que d’autres. L’édition est certainement l’un d’eux.

Une voie inattendue

Geneviève Thibault, fondatrice de la maison d’édition Le Cheval d’août, connait bien ce milieu. En déménageant à Montréal en 2006, après 12 ans en journalisme, elle a dû reconstruire entièrement son réseau. Elle s’est alors retrouvée de l’autre côté de la table. Elle a travaillé à l’édition de périodiques avant de rejoindre, quelques années plus tard, La courte échelle, où elle a mis sur pied une nouvelle division, La Mèche. « Je me suis rendu compte par la bande que j’étais plus une éditrice qu’une journaliste, explique-t-elle. J’aimais encore plus décider du contenu, être en coulisse, qu’écrire et être devant les projecteur. »

Un parc pour les vivants, premier roman de Sébastien La Rocque, publié chez Le Cheval d'août.

En 2014, Geneviève Thibault quitte La courte échelle et décide de fonder Le Cheval d’août. Cette décision, elle ne l’a pas prise à la légère. C’est suite aux encouragements de mentors et d’auteurs avec qui elle avait déjà travaillé qu’elle s’est finalement lancée. Évidemment, la somme de travail est énorme. Son mot d’ordre : la coopération. « Il faut s’assurer de connaitre le milieu et d’avoir du soutien, de bien s’entourer et d’aller chercher des alliés », confie-t-elle. Aujourd’hui, Le Cheval d’août a plusieurs titres à son actif, dont Les maisons de Fanny Britt, Autour d’elle de Sophie Bienvenu, Les filles bleues de l’été de Mikella Nicol et Un parc pour les vivants de Sébastien La Rocque.

Pour pousser plus loin ses connaissances

Au début de sa carrière en édition, malgré des études en littérature, un intérêt indéniable pour le monde du livre et une expérience grandissante, elle décelait quelques lacunes dans ses connaissances. Elle s’est donc tournée vers le microprogramme de 2e cycle en édition que l’Université de Sherbrooke offre à son campus de Longueuil. « J’ai choisi ce programme pour aller chercher les outils qu’il me manquait. Par ma formation initiale, je connaissais bien la littérature, le texte, le récit, mais, pour mener à bien un projet, ça prend un regard d’ensemble afin de se rendre jusqu’à la mise en marché », soutient Geneviève Thibault.

Elle a ainsi suivi, entre autres, des cours d’édition numérique, de marketing, de droit, de distribution et de diffusion. « Ils [ces cours] peuvent avoir l’air moins excitants, mais ils permettent de réfléchir sur les modèles et les manières de faire, ici comme ailleurs. On compare les marchés et on apprend beaucoup », précise-t-elle. Aujourd’hui, chacun de ces cours lui servent. Au Cheval d’août, elle fait tout de A à Z : révision, coordination, communication, mise en marché, etc. « Je suis vraiment une femme-orchestre », plaisante-t-elle.

Plus que de simples cours : des gens, des expériences

« J’ai eu la chance de tomber sur des professeurs avec une expérience concrète du milieu. Il y a l’aspect théorique, mais aussi pratique. C’est un gros plus. Les personnes qui ont une réelle expérience du secteur peuvent dresser un portrait concret et vif avec passion, raconte Geneviève Thibault. Les enseignants ont une véritable connaissance du monde du livre; ils sont aussi des experts, des chercheurs, des consultants et proviennent de différents paliers des maisons d’édition. »

Campus de Longueuil de l'Université de Sherbrooke

En 2007, l’UdeS innovait en étant la première université au Québec à offrir des formations complètes en édition. Conçues en fonction des besoins particuliers du monde du livre, elles permettent à des étudiantes et des étudiants provenant d’horizons divers d’acquérir les outils et les connaissances nécessaires en vue de travailler dans le secteur de l’édition. « Le programme offre un profil général, une culture générale de l’édition, et c’est parfait! C’est une bonne manière de se découvrir et de voir à quel milieu dans l’industrie ainsi qu’à quelle étape de la chaîne du livre on veut participer. L’édition se professionnalise au Québec. C’est donc devenu une formation un peu incontournable », affirme Geneviève Thibault.

Crédit pour la photo de Geneviève Thibault : Marie-Charlotte Aubin