Recherche

Raconter la recherche par la bande dessinée

Olivier Robin, à gauche, et Benoît Leblanc, à droite, sont les enseignants et concepteurs du cours EFD919 Communication scientifique par la bande dessinée, offert par le Centre compétences recherche+.
Olivier Robin, à gauche, et Benoît Leblanc, à droite, sont les enseignants et concepteurs du cours EFD919 Communication scientifique par la bande dessinée, offert par le Centre compétences recherche+.
Photo : UdeS - Michel Caron

Quand un nouveau cours proposé à tous les étudiants et étudiantes au doctorat et au postdoctorat de l’UdeS se nomme « Communication scientifique par la bande dessinée », on peut s’attendre à ce que l’achalandage soit au rendez-vous. Le cours EFD919 a effectivement affiché complet à l’hiver ainsi qu’à l’été 2020. Fait intéressant : toutes les facultés étaient représentées… sauf une. Comme le cours sera offert à l'hiver et à l'été 2021, le défi est lancé !

De la recherche, il s’en fait dans tous les secteurs d’enseignement, du droit au génie en passant par les sciences et l’économie. Faire sortir la recherche des labos et présenter les résultats que l’on obtient de façon accessible pour un large public est toujours un beau défi. Le faire via la bande dessinée amène une autre dimension à l’exercice.

Olivier Robin et Benoît Leblanc sont les enseignants et concepteurs de ce cours EFD919, offert par le Centre compétences recherche+. Ils en avaient long à dire sur les performances surprenantes des étudiants. « On est carrément tombés par terre, s’exclame Olivier Robin. Ils ont travaillé tellement fort et ils nous ont épatés en réussissant à réinterpréter leur projet de doctorat en images et en texte. Ils ont exprimé des choses d’une façon qui convient à leur cadre et leur vision personnelle. Ça fait du bien, c’est une bouffée d’air frais. » Et Benoît Leblanc d’ajouter : « La plupart d’entre eux ont affirmé être des néophytes complets en matière de BD au début du cours, mais ils ont quand même produit des œuvres de grande qualité, tant en termes de communication qu’en termes techniques. »

Bandes dessinées exposées sur le campus et à l'événement Art BD

Bande dessinée faite par Auréliane Michaud, étudiante au doctorat en biologie, dans le cadre du cours EFD 919 Communication scientifique par la bande dessinée.
Bande dessinée faite par Auréliane Michaud, étudiante au doctorat en biologie, dans le cadre du cours EFD 919 Communication scientifique par la bande dessinée.

Les résultats étaient si intéressants qu'une quinzaine d'étudiants de ce cours multifacultaire vont présenter leur bande dessinée à l’événement Art BD Sherbrooke qui aura lieu les 17 et 18 octobre prochains (sauf si la situation sanitaire ne le permet pas). Ces bandes dessinées seront exposées au Centre culturel Pierre-Gobeil de Rock Forest et soumises le dimanche après-midi au Prix du public lors du volet Vulgarisation scientifique par la BD! Aussi, elles seront présentées en exclusivité à l’UdeS juste avant Art BD, à différents endroits sur le Campus principal, du 14 octobre au 16 octobre, puis du 19 au 23 octobre. De plus, lors du volet Vulgarisation scientifique par la BD!, 3 bédéistes professionnels - Iris, Cathon et Pascal Girard - vont exposer leur BD de vulgarisation tirée de 3 textes de vulgarisation du Concours de vulgarisation scientifique de l’UdeS 2019.

Vulgariser en BD, c’est différent?

Avec la bande dessinée, on ne commence pas directement avec des images. On doit partir d’un texte vulgarisé, puis bâtir par la suite une histoire. « On ne vulgarise pas de la même façon avec la BD qu’avec le texte ou les images, explique Olivier. En fait, ce qui fait sa force, c’est que c’est une combinaison des deux. La BD suit finalement l’idée de la pensée visuelle. » Même son de cloche du côté de Benoît :

Si on veut montrer une cathédrale remplie d’hippopotames en monocycle faisant du tourisme et chantant la Marseillaise, la BD le permet sans effort supplémentaire, alors que la vidéo, par exemple, demandera pas mal d’effets spéciaux nécessitant temps, efforts et argent. Chacun de ces médias a bien sûr ses propres forces, mais la BD permet l’utilisation de toutes les astuces graphiques utilisées depuis que l’écriture et le dessin existent. Pensons à cet Égyptien dans Astérix légionnaire qui s’exprime en simili-hiéroglyphes que le lecteur parvient à lire quand même!

Savoir dessiner? Un détail!

Et non, contrairement à ce que l’on pourrait penser, on n’a pas besoin de savoir dessiner pour ce genre d’exercice. On est plus dans l’apprentissage de savoir cerner les bonnes idées, de trouver les bonnes séquences de découpage. Pour l’aspect dessin, il existe des outils numériques fabuleux. « Les logiciels de dessin numérique aident énormément, appuie Olivier. Certains préfèrent dessiner à la main et numériser. Par la suite, on peut se concentrer sur les polices de caractère et sur les autres informations en périphérie qui sont toutes importantes. Et il n’y a pas de règle en BD, c’est ce qui fait sa beauté. On se laisse aller ! »

Moi, je suis plutôt le scénariste, et Benoît est le bédéiste, précise Olivier. On a deux manières de voir les choses, on n’utilise pas les mêmes outils, on n’a pas la même approche. C’est un accès privilégié pour les étudiants à des informations tout à fait complémentaires. Le cours est interactif, on se challenge. On demande aux étudiants, par exemple, "Pourquoi tu ne ferais pas comme ça ?", "As-tu pensé à ça?". Moi et Benoît avons le rôle de catalyseurs et de boîtes à outils!

L’avenir de la BD comme outil de vulgarisation

Comme pour toutes les vulgarisations scientifiques, l’idée est de susciter l’intérêt du lecteur, de l’amener à se rendre au bout de la communication et d’en apprendre ainsi un peu plus sur un sujet donné. « L’acceptation de la BD comme moyen légitime de communication, un mouvement déjà partiellement entamé, est à encourager, affirme M. Leblanc. Une fois que le plafond de verre de la respectabilité sera franchi, il n’y aura pas de limites à ce que la BD pourra apporter. Il y a encore des gens qui disent “roman graphique” quand ils veulent parler de bande dessinée, parce que la bande dessinée, n’est-ce pas, c’est pour les enfants... »

Pour terminer, faits inusités

« Un sujet difficile à vulgariser? Je dirais tout ce qui touche la musique. On ne peut pas reproduire exactement la musique en BD. Tout au plus pourrait-on utiliser des partitions, mais ce n’est pas tout le monde qui peut en lire couramment. Et je doute que la lecture d’une partition évoque la même émotion qu’un air musical. »

- Benoît Leblanc

« La première thèse de doctorat en bande dessinée aux États-Unis a été publiée en 2015. Cela souligne une tendance en expansion. » 

- Olivier Robin

Une communication au 88e Congrès de l'Acfas à Sherbrooke
L'Université de Sherbrooke et l'Université Bishop's accueilleront conjointement le congrès annuel de l'Acfas, plus grand rassemblement multidisciplinaire du savoir et de la recherche de la francophonie, du 3 au 7 mai 2021. Le colloque Établir des ponts entre université et grand public : approches actuelles et perspective s’y tiendra à cette occasion. Le professionnel de recherche Olivier Robin est coresponsable de ce colloque avec Pre Nancy Dumais et Pre Fatima Bousadra.