Témoignages

La mort tragique de Joyce Echaquan a mis en lumière une problématique qui semblait inconnue pour la plupart : le racisme systémique envers les Premières Nations et les Inuits dans le milieu de la santé. Toutefois, ce n’est pas parce qu’il s’agit de la première fois que nous sommes confrontés aussi explicitement à ce racisme qu’il n’existait pas auparavant. Ce type de discrimination peut se manifester sous plusieurs formes : négligence, propos racistes, attitudes négatives, jusqu’à la difficulté à accéder à des soins appropriés ; tous des éléments nuisant considérablement à la santé globale de ces individus.
L’important, selon moi, est de reconnaître que ces mentalités ainsi que les actions qui en découlent émergent d’un manque de connaissances profond sur le passé des peuples autochtones. Il faut aller au-delà des notions enseignées dans les écoles afin de mieux comprendre le contexte actuel de ces nations et les problématiques vécues par celles-ci. Une éducation plus poussée contribue à briser les stéréotypes et les préjugés qui subsistent visiblement encore aujourd’hui. Je vous encourage donc à vous informer pour contrer l’ignorance collective et faire évoluer les mentalités.
Samuel Dupont, abénaki, étudiant en 2e année de médecine 

Le 6e sens

Par définition, le racisme est l’idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains, les « races » ; comportement inspiré par cette idéologie.
Kuei, je me présente Tshiueten innu de Pessamit. Je veux vous expliquer ce que je veux dire par le 6e sens des Premières Nations. Notre sens s’éveille dans le regard des personnes. Je peux le voir quand je suis dans un lieu public comme un objet sans intérêt ou un immigrant arrivé sous peu. Si nous parlons, nous suscitons la suspicion parce que nous ne nous exprimons pas dans la langue populaire. Les soupirs et les yeux en haut sont mon quotidien. Je fais semblant de ne pas entendre les murmures des gens dans les salles où je suis assis. Mais clairement, tout le monde dans la salle les entend. Je suis aussi la personne dont la réputation n’est plus à faire. Je marche avec des mots lourds comme drogué, alcoolique, mauvais parent, mauvais payeur, trouble-fête … J’arrive à percevoir dans le regard des gens les ombres qui me devancent. Je suis la victime de la transmission intergénérationnelle des méconnaissants ou des mensonges sur mon peuple.
Un texte de Tshiueten Canapé, étudiant en intervention sociale à l’UQAC