Colloque annuel
Le Centre de recherche SoDRUS a tenu son colloque annuel sur la transmission du patrimoine religieux
Requalifier le sacré : enjeux religieux, moraux et juridiques du patrimoine chrétien
Le Colloque annuel du SoDRUS s'est tenu à Humano District, un ancien couvent reconverti dont certains locaux appartiennent à la Faculté de génie de l’Université de Sherbrooke, les jeudi 4 et 5 juin 2026, sur la thématique « Requalifier le sacré : enjeux religieux, moraux et juridiques du patrimoine chrétien ».
Organisé par les professeurs Claude Gélinas (Département de philosophie et d’éthique appliquée, Université de Sherbrooke), Maurice Demers (Département d’histoire, Université de Sherbrooke) et Pierre Noël (Département de management, Université de Sherbrooke) et coordonné par Véronique Jourdain (étudiante au doctorat, CERC, Université de Sherbrooke), il a réuni plus de cinquante participantes et participants sur les deux journées. Les tables rondes ont valorisé l’expertise interne des communautés religieuses et celle des laïcs tandis que les panels ont permis le partage des travaux se penchant sur les divers enjeux entourant la requalification du patrimoine religieux. L’engagement des organisateurs et des partenaires de l’événement (Chambre des notaires du Québec, CIRRES, SoDRUS, Université de Sherbrooke) a grandement contribué au succès de ces journées.
Le patrimoine dans la perspective institutionnelle chrétienne
Plusieurs moments d’échanges riches ont rythmé le colloque. La première journée était consacrée à la perspective chrétienne du patrimoine religieux. Elle a commencé par une table ronde sur la perspective des institutions religieuses regroupant l’abbé Steve Lemay et Mme Andréanne Jalbert-Laramée. Cette première table ronde, animée par le Pr Pierre Noël, a permis de relever la richesse et la diversité des points de vue entre les différents acteurs sur l’éventail de possibilités de requalification des bâtiments religieux : certains priorisaient le respect de l’ancienne nature de l’édifice tandis que d’autres prônaient la créativité.
Le premier panel, animé par M. Messan Yabedjou Blantare, introduisit l’assemblée à la perspective des institutions religieuses sous la loupe du monde académique. Le Pr Pierre Noël nous a permis de mieux comprendre les enjeux de transformation des paroisses selon la perspective du droit canonique. Puis, le Pr Maurice Demers et M. Anthony Nollet ont analysé le cas historique concret de la paroisse Ste-Famille de Sherbrooke. Enfin, nous avons accueilli le Pr Gilles Routhier qui a partagé le point de vue du Séminaire de Québec.
Le patrimoine selon la perspective des communautés religieuses
La seconde partie de la première journée exposait la perspective des congrégations et communautés religieuses. Animée par le Pr Maurice Demers, la seconde table ronde de la journée a mis en lumière la manière dont les congrégations religieuses conçoivent leur transformation et la transmission de leur héritage vers le monde laïc. Elle a donné lieu à des témoignages riches et variés, notamment ceux de M. Denis Robitaille, qui a accompagné la transformation des Augustines de Québec et de Mme Geneviève Noël qui nous a offert son point de vue en tant qu’archiviste des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. Enfin, nous avons eu droit au témoignage français de M. François-Xavier Choutet qui a accompagné les transformations de nombreuses congrégations, tant en France qu’au Québec. Son témoignage a été agrémenté d’extraits vidéo. Chaque intervention a révélé une grande créativité et une remarquable résilience de la part des communautés religieuses.
Le dernier panel de la journée, animé par Mme Sonia Paradis, a exploré la perspective des communautés religieuses et des paroisses dans l’extérieur du Québec. Le Pr Yves Bernardo Solis a illustré cette perspective par le cas d’une paroisse mexicaine qui se réunit malgré la destruction partielle du lieu de culte. Mme Sara Teinturier a démontré différentes stratégies patrimoniales des congrégations enseignantes. Le Pr Pierre-Yves Kirschleger nous a présenté les diverses réactions des paroisses françaises face à la vente de leur patrimoine matériel. Puis, M. Joël Baraka Akilimali a exploré avec nous les enjeux politiques et juridiques reliés aux transferts du patrimoine des congrégations du nord vers les communautés du Sud global.
La journée s’est conclue par un souper au OMG resto, un choix qui a permis aux convives de rester immergés dans la thématique du colloque en présentant un cas concret de réutilisation du patrimoine religieux bâti après sa désacralisation : le OMG resto est en effet une église reconvertie en restaurant.
Le transfert du patrimoine religieux et société civile
La première table ronde de cette seconde journée d’échange, animée par le Pr Claude Gélinas, a démontré les divers enjeux rencontrés par les parties civiles qui choisissent de récupérer le patrimoine religieux. Mme Joanie Bellerose, conseillère élue de la Ville de Sherbrooke, a été impliquée dans l’achat et la conversion de l’église Ste-Famille. Elle nous a exposé les divers enjeux insoupçonnés reliés à la réutilisation de la bâtisse. M. François-Xavier Choutet nous a partagé son expérience française de requalification de bâtiments religieux. Enfin, le Pr Simon Roy nous a offert son témoignage en tant qu’ancien maire d’Ayer’s Cliff au moment du rachat de l’église par la municipalité. En écoutant ces témoignages, nous avons découvert que les différentes règles qui entrent en jeu lors de l’acquisition d’une église par le monde civil peuvent transformer un projet de reconversion en véritable parcours du combattant.
Le premier panel de la journée, animé par Mme Hanaa Sfeir, a exploré sous plusieurs angles les divers enjeux qui ont été relevés par le partage des participants de la table ronde. La Pre Anne Fornerod a abordé les dimensions juridiques du transfert du patrimoine en contexte français. La Pre Solange Lefebvre a plutôt démontré les enjeux sous un angle social, communautaire et religieux. Enfin, la Pre Claudine Déom a analysé les dimensions patrimoniale, architecturale, urbaine et historique de la transformation du patrimoine religieux matériel.
Le dernier panel de la journée, animé par Mme Véronique Jourdain, a continué l’exploration des divers enjeux rencontrés par l’acquisition du patrimoine religieux par le monde civil. Mme Hanan Sfeir a présenté divers cas sherbrookois de requalification d’églises. La Pre Isabelle Saint-Martin a mis en lumière les différents enjeux du tourisme religieux, tandis que M. Messan Yabedjou Blantare a retracé quelques difficultés reliées à la réappropriation citoyenne des monastères à travers le monde. Les panels et la table ronde de la journée ont donné lieu à des échanges très nourrissants.
L'ensemble de ces deux journées a confirmé la pertinence de croiser les perspectives civiles et religieuses lorsqu’il est question du patrimoine religieux. Les différents regards disciplinaires ont également permis de cerner un grand nombre d’enjeux pouvant compliquer la requalification du patrimoine religieux matériel. Les échanges soutenus et la qualité des débats témoignent de la vitalité de cette communauté de recherche et de la pertinence du sujet.